1. Retrouvé la beauté de M. dont je n'avais conservé, il faut le dire, qu'un souvenir un peu pâli. Devant la lumière de sa peau, le lac bleu-vert de ses yeux, et la rivière tiède de sa chevelure, j'étais le docteur Fadigati des Lunettes d'Or, assis au milieu des étudiants "comme un vieillard devant un bon feu".
Jusqu'à ce qu'il se soit approché de moi, alors que nous étions sur le canapé, pour qu'il n'y ait plus rien que lui autour de moi.
2. On tourne autour de son sujet, on le transpose, on le transforme, on le noie d'ornementations ou d'incidentes, on le transmute, on l'élague, on l'inverse, on l'assourdit ou on le nuance, on le fragmente, on le neutralise ou on le désarme, on l'installe dans un passé révolu ou dans un futur utopique, on en change les protagonistes, le début, le milieu ou la fin, on finit par le perdre de vue, on conteste même qu'il ait jamais été celui-là, et puis on tombe un jour sur une nouvelle de trente pages écrite par une femme, d'un autre pays, dans une autre langue, qui le dit exactement, sans embarras et sans aucune précaution, tel qu'il est, jeune et nu, superbe et désespéré. (...)
Je profite d'un certain embarras qui me prive d'un après-midi à l'opéra pour reprendre ici, sans effort d'écriture, quelques notes prises à la sortie de soirées récentes, seulement amputées de quelques détails qui compromettraient mon anonymat et celui de ceux que je fréquente. C'est dire si ce billet n'a sans doute aucun d'intérêt pour mes lecteurs, qui feraient sans doute mieux d'aller consulter les chats de Wolfi.
1. Eugène Onéguine, à Garnier (ballet).Décors et musique somptueux — vous me direz que c'est un medley de Tchaïkovski, et que j'étale à nouveau mon goût du joli et de l'effet facile. Certes, mais rappelez-moi la dernière fois que vous avez vu ou entendu du joli ? Lors de mon trajet pour l’Australie, j'ai vu sur un écran tout petit trois films ayant coûté plus de cent millions de dollars qui n'arrivaient pas à produire un seul effet. Il faut donc remercier ce qui nous procure un simple sentiment d'élégance, ce dont nous sommes si cruellement privés depuis, hem, quelques années déjà.
La chorégraphie est oubliable. D'ailleurs, je l'ai oubliée. Ah, si : chez Cranko, la ballerine est manifestement un sac de patates ; on la tire, on la traine, on se la fait passer sur l'épaule. Certes, un sac de patates qui se tient normalement sur ses pointes, mais qui ensuite ne subit guère que de la manutention. Les parties dansées par le corps de ballet sont terriblement pauvres (on fait bien mieux en danses folkloriques russes dans le reportage, réédité récemment, sur l'école de danse, et encore c'est pour un cours d'initiation). Le tout chaleureusement applaudi, mais il y avait beaucoup de province de passage dans la salle.
Le final est incroyable, au sens propre : Onéguine peut-il vraiment peloter ainsi Tatiana, avant de la renverser pour nous faire admirer son jupon ?
2. Soirée musicale chez Y. Un peu piqué qu’à ce dîner, le seul point qui fit l’unanimité est que la musique de ballet est décidément inaudible. W., passionnant critique, parce que mu par l’envie de décrire et de partager ses enthousiasmes, nous raconta avoir quitté à l’entracte une représentation de la Bayadère, avant cet acte des Ombres qui nous arracha des larmes à Yannick et à moi. Même Tchaïkovsky est vu comme un pénible pondeur de thèmes, qu’il ne sait ensuite que réorchestrer jusqu’à l’ennui. J’avais déjà croisé W. au salon d’***, lors d’un après-midi passionnant consacré à Wagner, qu’il nous fit partager sans s’arrêter de parler lorsque sa passion lui fit basculer son siège à la renverse.
L’apéritif fut néanmoins consacré à la littérature. Je racontai que je mis à profit mon récent séjour à Sydney pour acheter quelques livres de G.K. Chesterton, dans une curieuse libraire dont je découvris après coup qu’elle était confessionnelle. W., apparemment familier des bons mots de cet auteur, nous cita alors la joute entre G. B. Shaw et G. K. Chesterton qui tourna au désavantage de ce dernier :
Chesterton à Shaw (qui était filiforme) : à vous voir, on croirait que Londres subit une famine
Shaw à Chesterton (qui était énorme) : à vous voir, on pourrait croire que vous en êtes la cause.
La discussion tourna ensuite autour de Schubert, que Y. tenta de défendre contre Z., son ami pianiste, qui le juge très faible au regard du renouvellement apporté par Schumann , et finit par se mettre au piano pour une illustration sur la sonate n°1 de Schumann en la terminant d’abord comme l'aurait fait un piètre compositeur (Schubert) puis telle que brillamment conçue par Schumann.
Après le repas, Y. et Z. nous font découvrir un morceau stupéfiant d'un pianiste polonais contemporain, que nous écoutons dans le noir. On débat ensuite de Bruckner (j'ai lu depuis l'article hilarant de Rebatet sur Bruckner dans son Histoire de la musique, dans lequel il consigne les nombreuses bêtises du maître.)
L'orchestre Colonne fait l'unanimité contre lui, particulièrement le premier violon. En revanche, on loue la direction de Philippe Jordan dans des termes que j'aurais aimé conserver.
W. nous apprit après le dessert que la divine Montserrat Caballé, malgré son opulence, a osé la danse des sept voiles, chez elle, à Barcelone ; nous nous promettons d'en chercher le film, s'il existe. Renée Flemming apparaît liftée, vulgaire et rajeunie comme une première dame de France dans un album qui rassemble des morceaux adaptés à la disparition de sa voix, qui ne peuvent faire oublier la déchirante beauté de son Du Bist Die Ruh, que Y. m’avait passé quelques jours avant.
3. Minuit à Paris, de Woody allen
Vu longtemps après sa sortie en salle ce film de Woody Allen. Autour de moi, il avait déçu unanimement. Ainsi, la première partie était trop cliché — peut-être, mais à ce compte-là, pourquoi les mêmes ne jugent pas ainsi le début de Manhattan, qui tient de la carte postale pour jeune fille pré-baccalauréat ou du film de vacances sonorisé sur imovie ? Je vis à Paris, et n'était la couleur, forcée comme sur ces photos de téléphones sursaturées par des applications payantes, je vis la même chose que dans le film, et ce cliché est vrai et beau.
Le scénario, qui ressemble aux sujets de nos rédactions à l'époque où l'école avait l'ambition de nous apprendre à écrire (comme de nous donner un peu de cette culture générale qu'il est venu aujourd'hui comme novateur de supprimer), est aussi bien agréable, pour nous qui sommes un peu fatigués de notre époque, et assez tenté de regretter les autres (autre sujet de rédaction : vaut-il mieux les époques d'injustice, comme avant, ou de bêtise, comme aujourd'hui ?) Le propos pourrait passer pour facile, puisqu'il prétend réfuter la nostalgie en la montrant sévissant même aux temps que nous regrettons (un peu comme les simples d'esprit qui entendent réfuter toute possibilité de décadence en montrant qu'elle a déjà été dénoncée dans des temps anciens, comme si le temps ne pouvait pas être circulaire), mais on n'observe pas assez, je crois, que la fin du film dément en fait cette pâteuse morale qu'il affirme : le héros, qui reste aujourd'hui, n'y a trouvé, contrairement à toutes les autres époques qu'il a visitées, aucun contemporain intéressant, à part une vendeuse de souvenirs elle-même tournée vers le passé. Il reste donc, mais en se coupant du monde d'où il vient, vulgaire comme ses ex-beaux parents, et juste parce qu'il peut revenir à volonté dans ce monde disparu où seul il trouve la possibilité de conversations et de relecteurs. D'ailleurs, il y a une autre idée qui court le film et qui est profondément juste, que la création ne repose pas sur des individus isolés, qui créent dans la solitude, mais dans des relations entre plusieurs créateurs, qui se stimulent et se critiquent, se nourrissent et se contredisent. Le personnage principal est stérile, mais il est stérile comme son milieu ; il ne se met vraiment à écrire que relié à d'autres, que baigné dans un milieu créateur, éclairé non par une seule, mais par une abondance de rencontres. Cela nous excuse presque de ne pas faire d'oeuvre, aux temps de Valérie Pécresse et de Guillaume Musso. Il y autre une dernière chose, qui est particulièrement bien montrée dans ce film : le néant Carla Bruni, celui de la femme tirée et mondaine de plus de quarante ans.
[Colette, à Jean-Louis Bory : "Vous sentez la chair fraîche."]
M., qui m’avait rejoint après 22 h, me quitte avant 5 h. Nous fêtons Noël ensemble autour d’une copieuse bûche au chocolat, en discutant de musique, de danse, de physique fondamentale et de poésie. Sa conversation ne me lasse jamais : si nous sommes en désaccord sur le fond, il ne parle jamais que de ce qu’il connait, et il le fait toujours avec précision et exactitude. Froid, coupant, mais sans approximation, sans idée de seconde main, sans argument flou, même après avoir consommé la moitié d’une bouteille de whisky. M. est un classique; il aime l’ordre, la symétrie, le beau absolu ; la musique et le ballet le comblent, la poésie lui est incompréhensible (pourquoi ajouter des mots à l’expérience de la beauté ? me demande-t-il) Dans telle musique que nous adorons tous les deux et qui pourrait nous rassembler, nous aimons des parties différentes.
La contrepartie de son classicisme, c’est que son univers est clos ; il le purge petit à petit de tout à peu près, il le perfectionne, mais il ne l’étend pas. Et pourtant, il ne cesse de me relancer de questions dont il ne peut entendre aucune des réponses. Il me demande ce qu’il doit faire de sa vie, et comme je n’ai pas de réponse, si je suis satisfait de la mienne. Comment ne voit-il pas que ce moment avec lui est de ceux dont on cherche le souvenir juste avant d’être anéanti ?
Hier soir, il était encore à peine vêtu. Ses bras, son visage, ses lèvres, son sourire sont enfantins à un point qui n’est pas possible; sa froide perfection fait presque obstacle au désir. Chez moi (puisqu’il vient chez moi presque chaque soir) il tient presque de l’objet de décoration ou du bibelot précieux ; le visage impeccablement proportionné qui sertit deux yeux turquoises, une posture parfaite, il est exquis, il est raffiné, sa vénusté rehausse considérablement mon intérieur et mon existence. J’ai d’ailleurs instinctivement commencé à remplacer tout ce qui n’était pas à son niveau, parmi mes objets qui l’entourent lors de ses visites. Les meubles étaient déjà faits pour lui, il restait à changer les accessoires. Pour nos dîners, j’ai choisi les plus fins des ingrédients, les plus belles assiettes, les verres les plus purs, des champagnes rares et des vins profonds ; je me suis fait conseiller les interprétations les plus intenses des musiques les plus merveilleuses pour habiller nos conversations sur la beauté, ses formes et sa possession. J’ai aussi acheté les éditions originales des livres que je voulais partager avec lui, choisis dans son siècle qui n’est pas le nôtre. C’était ruineux, mais nécessaire. Comme le disaient les Goncourt : «la distinction des choses autour d’un être est la mesure de la distinction de cet être»
Lui-même m’a suivi dans cette ambition somptuaire quand il faisait les courses pour nous deux ou s’occupait de composer notre décor musical. Il a également supprimé de sa vie l’amollissement qu’il commençait de connaître lorsque nous nous sommes rencontrés. Je l’ai rendu à lui-même, en quelque sorte.
Il reste que cela ne règle pas votre seule question ; couchons-nous ensemble ? mais qui n’a de sens à mes yeux que réécrite en : comment coucher avec lui ? *** revenu un soir à la maison, j’ai ressenti immédiatement un désir sûr de lui et de ce qu’il faut faire pour le contenter; les lèvres et les fesses de *** indiquent d’elles-mêmes comment en jouir. Pas celles d’une sorte d’apollon classique, à moins de risquer le ridicule d’un moustique. Mon lecteur m’aura sans doute abandonné à ce point parce qu’il est de son temps, qui est celui du plaisir en quelques minutes et de la performance et parce que l’amour qui lui importe est l’amour-propre, qui aime à avoir possédé plutôt que posséder. Mais enfin, sur un tel garçon, on ne se livre pas sans composition préalable aux actes grotesques qui mènent à la jouissance, d’autant qu’il faut de surcroît arriver à s’empêcher d’y mettre trop de contemplation, trop de langueurs, trop de minutie, trop de vagabondage dans toutes les parties de son corps, pour leur donner l’intensité qu’il recherche.
Ceci ne valant que les soirs pendant lesquels il ne porte pas cet invraisemblable pantalon en velours qui nous rend toute notre lubricité (...)
J'apprends avec une grande satisfaction que Richard Descoings a réalisé le rêve de sa vie : supprimer l'épreuve de culture générale du concours d'entrée à l'Institut d'études politiques de Paris. J'y suis évidemment favorable : la maintenir eut été entretenir une fausse idée dans l'esprit des employeurs, qu'un élève issu de Sciences-Po, aujourd'hui, a une vague culture générale. Le problème n'est en effet pas que les étudiants qui y entraient à 17 ou 18 ans n'en avaient pas encore, comme l'indique un représentant de la scolarité, mais plutôt qu'ils n'en ont plus du tout à leur sortie. Au moins, il n'y a plus d'illusion. A ce compte-là, convenons qu'il faudrait également supprimer l'orthographe et la ponctuation de l'évaluation, puisqu'elles ne seront pas davantage pratiquées lors de ces études prestigieuses (après tout, nous l'avons fait nous-mêmes ur ce blog comme nous le reprochent certains de nos commentateurs).
J'aime beaucoup aussi l'idée de recruter sur la personnalité. C'est très lol, et le signe très sûr d'une civilisation qui progresse sur l'absence de discrimination. Comment voulez-vous discriminer, quand vous utilisez un critère aussi objectif pour retenir des candidats ? On se gardera ainsi d'avoir en classes de fâcheux esprits rétifs au bon esprit de Richard Descoings lui-même.
Je regrette sincèrement d'être si loin alors que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont si brillamment troussé leur seizième plan historique de sauvetage de la zone euro, mais croyez bien que je serai là pour le dix-septième.
Court séjour en Australie, pour affaires. J'arrive à dénicher une place pour le ballet donné au Sydney Opera House, Romeo et Juliette choregraphié par Grahem Murphy. Le décor inquiète : est-ce une bonne grosse comédie musicale française, échouée dans le harbour ? Après un début laborieux, la chorégraphie s’envole ; elle est, à défaut de génie, redoutablement efficace pour raconter et peindre (le moment interminable pendant lequel Roméo et Juliette essayent de s'embrasser est à pleurer) et il y a les jeux incessants et tendres de Mercutio et Benvolio par deux jeunes danseurs qui seraient interdits de diffusion en France tant ils invitent à la caresse. Un spectateur assis pas très loin de moi manifeste semble-t-il son contentement par des roulements sonores de sa morve dans le nez, effets qui assombrissent un peu mon plaisir je dois dire. Lorsque le rideau se baisse sur la première partie, ma voisine s'inquiète auprès de moi : this is not the end, is it ? Je lui réponds que non, car personne n'est mort, mais est-ce vraiment à moi, dans cette salle d’anglo-saxons, de connaître Shakespeare ?
Lors de la seconde partie, je dois me rendre à l'évidence : les danseurs de l’Australian Ballet sont tous très beaux. Pas un seul visage grotesque, alors qu'ils abondent, hélas, a l'Opéra de Paris, et pas de quadragénaire visible non plus, le fascisme du casting est très excitant. Combien de fois n'ai-je pas regretté dans d’autres ballets que le prétendu jeune premier ressemblât à un trentenaire de site de rencontres homosexuelles ? J’ajoute que l’on est dans un pays anglo-saxon, il y a donc des seconds rôles et ils sont excellents.
La morve de mon voisin à dû s'approcher dangereusement de l'air libre car il l'aspire puissamment alors même que Juliette se lamente en tournant sur elle-même, ce qui est également notre façon de nous lamenter. Un ballet, avouons-le, donne l'occasion de comparer des fesses (et des jambes) masculines parfaites : celles de Benvolio sont celles de ***, comme celles de Romeo sont celles de M. Il n'y a pas d'autre modèle acceptable, et mes deux derniers amoureux, danseurs, m'auront donc enflammé des deux seules manières possibles dans l'univers. Un frisson parcourt la salle ; Roméo est-il vraiment en train d’enlever son collant, pour faire l’amour à Juliette ? Mais oui ; on regrette que la distribution n’ait pas été celle donnée le soir d’avant. Pourtant, le Romeo est un jeune blond d'une stature imposante ; il me rappelle les beaux vers découverts le matin:
A young Apollo, golden-haired,
Stands dreaming on the verge of strife,
Magnificently unprepared
For the long littleness of life
Romeo et Juliette finissent par expirer sur un lit de crânes, mes yeux sont humides comme ce que mon voisin tient tellement à conserver dans son nez, quoique un peu plus clairs.
Les applaudissements sont mérités : on a si gracieusement mis en scène l'amour, et pas seulement entre Romeo et Juliette. Ma voisine elle-même est si émue, qu’elle peine à ramasser son immense sac de plage, son parapluie, son châle et son manteau.
Je dîne dehors, en contrebas de l'Opéra et face au pont, l'esprit encore plein de Bonvolio, quand je m'avise qu'il me fait face, à une rangée à peine, en train de prendre un verre avec un inconnu. Il ne serait pas acceptable de ne pas saisir une chance pareille, je délaisse donc mon federation burger trop cuit et m'apprête à aller le féliciter, quand je m'aperçois que l'inconnu est sa maman.
Finalement, je n'irai pas voir le spectacle de drag queens du Metropole Hotel. La nuit était tiède, une sorte d’éclipse se préparait. Du reste, j'avais eu mon comptant de drags, la veille, en traînant dans les bars d'Oxford Street. Les meilleurs, en principe, garantis sur brochure avec «best djs in town» ce qui signifie qu'ils passaient tous des versions longues des titres de Lady Gaga. Au Stonewall, je m’aperçois que si les australiens sont généralement grands, les australiens gays sont petits. A l’écran, on devine la tour eiffel derrière les corps de rugbymen français recouverts d’acides gras saturés et brillants. J’engage la conversation avec un agréable jeune homme, pretextant que j’écris pour une revue gay française un papier sur la nuit australienne et la qualité des baisers d’australiens. Comme il sourit, je lui rappelle que lors de la construction de l’opéra de Sydney, un concours de baisers fut organisé à la mairie, et que l’architecte lui-même paya cent dollars pour déposer ses lèvres sur la joue d’un tendron (anecdote tirée d’un ouvrage sur le bâtiment lu dans l’après-midi). J’adore cette histoire, je sens que je vais la raconter à tout propos, d’ailleurs, je viens de le faire. La version longue de Lady Gaga n’est pas terminée que j’ai déjà envie de repartir, et je le signale à mon interlocuteur, qui s’étonne que je puisse ne pas attendre la fin.
Non, je ne parlerai pas de la lamentable prostitution du candidat PS auprès d'une vieille bique stupide qu'on appelle par contresens Joly et de sa troupe de tristes sires qui ne représentent même pas eux-mêmes vu qu'ils ne savent pas très bien ce qu'ils veulent ; les plus convaincus par le projet socialiste de mes amis ont quand même du mal à souhaiter confier des responsabilités à un flambi capable d'une telle veulerie pour un amas aussi négligeable de voix (car en dehors d'un millier de personnes, qui a jamais voté pour ces peine-à-jouir autrement que par simple envie de râler ?). Tout cela sent tellement mauvais, qu'on craint en fait d'en laisser l'odeur sur ce blog s"il devait en parler.
Réjouissons-nous plutôt de l'ampleur de vue d'autres hommes politiques. Je lis dans Le Monde une phrase prononcée par Laurent Wauquiez sur BFM-TV : "Si jamais, quand vous tombez malade, cela n'a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n'est pas très responsabilisant." En effet, être payé quand on est malade, ce n'est pas très responsabilisant. Ce qu'on aime, chez Laurent Wauquiez, c'est l'étendue de sa pensée, qui embrasse dans peu de mots et un heureux néologisme à la fois une puissante théorie économique et une weltanshauung morale convaincante et particulièrement adaptée à notre temps. D'ailleurs, je vous propose de l'appliquer avec moi à d'autres aspects de notre vie, en choisissant à chaque fois la phrase que pourrait prononcer Laurent Wauquiez
- Être soigné quand on est tombé malade :
a) C'est bath
b) C'est lol
c) Ce n'est pas très responsabilisant
- Être payé quand on est au chômage ou ministre de l'emploi alors que le chômage flambe et qu'on ...euh...passe son temps à la radio
a) C'est cool
b) C'est mdr
c) ce n'est pas très responsabilisant
- Être pris dans les bras par un ami quand on se rend compte que M* vous échappe
a) C'est peu hygiénique
b) C'est tout doux
c) Ce n'est pas très responsabilisant
- Si la mort est l'anéantissement définitif de tout être
a) Niquons rapidement ensemble
b) C'est ptdr
c) Ce n'est pas très responsabilisant
C'est au tour de Bruno Lemaire d'être frappé par la Jouyetomanie. Voilà que ce bien transparent ministre, dont le seul éclat dans l'existence a jusqu'à présent consisté à trahir la confiance de ceux qui l'ont nourri en caftant, est maintenant convaincu qu'il est en guerre. Contre qui ? les marchés. Le prochain plan de sauvetage de l'hyperPrésident Sarkozyste sera donc communiste ? Le bras armé Jouyetiste s'abattant sur ceux qui osent douter de la qualité de la dette française, il ne restait en effet plus qu'à lancer des frappes ciblées sur ceux qui ne veulent pas acheter des OAT. L'ensemble de l'interview est si consternante que l'absence de démission de Bruno Lemaire dans les quarante-huit heures dira assez l'état de notre vie politique.
Il plaira sans doute à mes lecteurs qui trouvent que je daube un peu facilement le Fond de stabilité Merkel-Sarkozy, qui correspond à leurs XXIV à XXXIIIèmes plans hebdomadaires historiques de sauvetage définitif, de savoir qu'en fait de 1000 milliards d'euros, celui-ci n'a pas même réussi à emprunter trois milliards d'euros sans ...se les prêter àlui-même. Ambiance.
Vivement que l'infanterie commandée par Bruno Lemaire vienne occuper chaque investisseur pour s'assurer qu'il achète de l'OAT.
Se dire que tout ce qu'on a patiemment construit pour vivre une vie acceptable, toutes les heures précieuses qui nous restent à jouir des oeuvres de l'esprit et du goût, toute la beauté que l'on essaye tant bien que mal de provoquer, tout cela peut être réduit à néant par un horrible gamin qui fait encore dans sa culotte, parce que ses parents ne savent pas en faire un être humain.
Et dire que ni la civilisation, ni les convenances, ni l'argent, ni l'éducation, ni la pitié, ni le droit de notre époque ne peuvent rien contre cette barbarie.
Le tout Paris le disait depuis longtemps déjà, mais c'est maintenant confirmé par son entretien dans le Figaro : Jean-Pierre Jouyet est devenu fou.
Le Figaro — Pourquoi l'AMF a-t-elle décidé d'ouvrir d'une enquête sur l'erreur commise par S&P ?
Jean-Pierre JOUYET. - Soyons clairs : l'ouverture de cette enquête a avant tout [sic] valeur de signal politique fort. Rendre publique notre démarche - ce qui est une dérogation officielle à nos règles de confidentialité - est aussi important [sic] que l'enquête elle-même. L'AMF agit ici comme gendarme du marché bien sûr, mais aussi [sic] comme bras armé de la République française [re-sic], pour montrer la détermination des autorités publiques de ce pays. (...)
Passons que pour Jean-Pierre Jouyet, très sarkozyste sur ce point, l'apparence a au moins autant d'importance que le fond (mais osera-t-on rappeler qu'il s'agit néanmoins d'une enquête, de la part d'une autorité douée du pouvoir de sanctionner, dont on aimerait qu'elle sache placer le fond de son action avant l'apparence de son action, dans son intérêt, le nôtre et celui de ceux sur lesquels elle enquête, à moins de nous ramener au temps de la sainte inquisition ?) et que, comme les gens de son âge, la partie importante de ses phrases est toujours manquante (la détermination à quoi, tata Jouyet ?) mais nous reprochera-t-on de rappeler que l'AMF, d'après la loi n°2003-706 de sécurité financière du 1er août 2003 "est un organisme public indépendant, doté de la personnalité morale et disposant d'une autonomie financière, qui a pour missions de veiller :
à la protection de l'épargne investie dans les instruments financiers ;
à l'information des investisseurs ;
au bon fonctionnement des marchés d'instruments financiers.
Le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie désigne le directeur général du Trésor ou son représentant qui siège auprès de toutes les formations, sans voix délibérative.
Maintenant, pour mes lecteurs étudiants à sciences-po, puisque vous ne voulez pas venir dîner à la maison, cherchez donc dans les missions de l'AMF quelque chose qui ressemble au "bras armé de la République française" surtout quand il s'agit de défendre coûte que coûte le crédit des titres émis par cette République, même si au fond tout le monde voit bien qu'une éventuelle baisse de la notation ne ferait qu'entériner la situation actuelle, plutôt que de changer celle-ci.
Demandez-vous également pourquoi ne pas remplacer Jean-Pierre Jouyet par le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie ou le directeur général du Trésor, si la mission de l'AMF devait être celle vue par tatie Jean-Pierre.
Ou, si vous considérez que j'exagère, réclamez donc auprès de votre député que soit puni d'une peine d'emprisonnement de cinq ans, et un million de ...euh...euros le fait de publiquement mettre en doute la notation triple A® de la France, ou de s'en foutre.
Non, vraiment, la situation commence à sentir vraiment mauvais.
Une du Point : "les plus grandes erreurs de l'Histoire" avec parmi elles "l'entrée de la Grèce dans l'euro". Hum. Osera-t-on faire respectueusement remarquer aux journalistes du Point que si la situation est grave, ce n'est pas à cause de la Grèce, mais à cause de l'Italie, avec très vite peut-être la France ? Sans doute ces journalistes n'ont jamais ouvert un manuel de macro-économie (dans lequel ils liraient que le problème de la Grèce dans l'euro, c'est la conséquence du problème de l'euro) ni un journal non-français (dans lequel ils liraient que l'erreur historique, c'est l'entrée de l'Allemagne dans l'euro).
D'autres journalistes paraissent considérer que le départ de Papandréou et de Berlusconi devrait rassurer les marchés. Peut-on leur faire remarquer que les marchés voient, à juste titre, que rien de bon ne sera possible tant que le duo fou et désespéré Merkel Sarkozy ne sera pas définitivement écarté des responsabilités ?
Sarkozy et Fillon nous servent un nouveau plan de rigueur ; peut-on faire remarquer à ceux qui en débattent que si la France perd son fameux AAA, ce sera à cause de l'absence de croissance, pas d'autre chose (les observations des agences de notation sont facilement disponibles), et que donc le plan de rigueur aggrave ce risque ?
M* recevait à dîner quelqu'un du cabinet de *** ; elle m'appelle, désespérée ("Il ne se rend pas compte du tout de ce qui se passe, c'est comme en 2008"). R. me montre les photos sur citegay d'un type qui le draguouille et probable candidat à l'élection présidentielle, la bite à la main (le candidat, pas R.).
La crise grecque aura fait voir le vrai visage de l’Europe, et il est horrible. Cette ancienne courtisane qui n’est plus aujourd’hui qu’une immonde charogne ne trouve de contentement à sa folie que dans les révocations successives de tout ce qui dément sa démence : après la théorie économique, les données économiques, les marchés financiers, voilà maintenant qu’elle entend abolir les peuples et la démocratie.
Résumons-nous : le moment est unique. Jamais peut-être avant n’a-t-on vu coïncider ainsi le jugement des savants, les données de l’expérience, les réactions des marchés financiers, et l’opinion publique ; tous veulent avant tout de la croissance et considèrent qu’on a déjà assez vu l’échec de ce qui est fait depuis trois ans par rapport à cet objectif là. Angela Sarkozy et Nicolas Merkel, ainsi qu’une rimbambelle de fonctionnaires européens grassement payés sous le bénéfice de la plus avantageuse de niches fiscales dans le plus idyllique des paradis fiscaux, la commission européenne, veulent eux la zone euro, le monde dût-il périr. Les bouffées délirantes de notre président se succèdent désormais à un rythme effréné ; après un plan de sauvetage définitif et historique par semestre, il nous en assène désormais un toutes les semaines. La France, l’Allemagne sont désormais à la limite de la récession, tandis que les grecs se voient imposer vingt ans d’appauvrissement eux qui sont déjà tellement plus pauvres que nous : on ne nous promet en échange que de sauver notre monnaie commune.
Il faut ici, avant que cela ne devienne illégal, revenir à la réalité. Non, ce qui a fait de nouveau chuter les marchés, ce n’est pas le risque d’un vote grec, mais la prise de conscience que le plan arrêté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel était un pur mensonge ; non seulement la dette grecque n’était pas allégée comme annoncé (car ils ne parlaient que du sort d’une cinquantaine de milliards de titres, ceux détenus par les banques non grecques, sur les trois cent cinquante milliards en question) mais le fonds de stabilité promis était le plus gigantesque des bluffs de l’histoire, car personne ne savait comment on allait atteindre les mille milliards promis, à moins de recourir à des ficelles d’une telle grossièreté que personne n’aurait pu espérer qu’elles eussent abusé qui que ce soit à part peut-être leurs auteurs. Il fallait être bête comme un Christophe Barbier pour disserter de l’influence chinoise, à laquelle on ne prêtait somme toute qu’un concours de quarante milliards, laissant mystérieuse la provenance des neuf cent soixante autres milliards.
Et aujourd’hui, la situation devient proprement apocalyptique, non pas à cause de la Grèce, mais à cause de l’Italie, placée sous surveillance par le FMI (Mon Dieu, Christine Lagarde n’a donc aucun honneur pour ne pas démissionner alors qu’elle est appelée pour sauver ce qu’elle a compromis de manière itérative dans ses fonctions précédentes ?) et qui emprunte à un taux insoutenable pour elle, rendant le fonds de stabilité impuissant même si on lui fait crédit de mille milliards inventés par un Président peut être sous substances. Italie pourtant techniquement en meilleure situation que nous, puisque ses recettes fiscales sont supérieures à ses dépenses, hors intérêt de la dette.
Je connais des gens près de moi qui me disent être attachés à l’avenir de l’euro ; je pense alors au mot de Montherlant : «si les hommes faisaient pour ce qui est tout ce qu’ils font pour ce qui n’existe pas…» et je me demande ce que les générations futures penseront de nous, qui avons fait fermer des écoles et des hôpitaux pour conserver un nom sur un billet de banque.
On lit que Nicolas Sarkozy doit très prochainement s'adresser aux français sur la crise, et qu'il fera des annonces. Comme j'aime mes lecteurs, qui me le rendent bien, je veux ici leur livrer de manière exclusive et en avant première les paroles présidentielles.
En premier lieu, le Président relèvera que la crise est historique. Qu'elle est grave. Il y aura un silence qui permettra à chacun de réaliser l'ampleur de cette révélation et peut-être d'adresser une prière. Remarquez, on aurait pu s'en douter : le Président n'a-t-il pas appelé aux finances François Baroin, ancien élève de l'Institut supérieur de gestion et ancien journaliste à Europe 1, et au budget Valérie Pécresse, ancienne brune, soit deux hommes d'Etat de premier plan pour occuper des fonctions aujourd'hui si délicates ?
Après ce silence majestueux, donc, notre Président nous assurera en levant le doigt qu'il permettra jamais (je supprime le ne qui ne sera pas prononcé) qu'on laisse tomber l'euro, la Grèce, notre triple A, les français, les banques, Michel Pebereau, François Perol, l'amitié franco-allemande, l'unité, le rassemblement, ceux qui se lèvent tôt, la suppression de la tva dans la restauration et les infirmières bulgares. Jamais, vous entendez ?
Et pour cela, il annoncera le XXVIIème plan mensuel de sauvetage définitif de tout cela, ou le XVIème sans Christine Lagarde, qui passera par un renforcement de l'Europe, la création d'un ministre européen du sauvetage, la mise en place d'un fonds européen de stabilisation du fonds européen de stabilité financière, un nouveau logo pour l'Europe, la légion d'honneur à l'euro, la lecture dans toutes les classes de primaire, le 3 de chaque mois, de la liste des coupures en euro. Tous les journalistes seront alors stupéfaits du style combatif du Président, à ce moment du discours, et Dominique Reynié signalera que le Président se pose ici en Président à quelques mois des élections présidentielles, tandis que Pascal Perrinneau notera que le choix du 3 de chaque mois est une concession faite à l'électorat tenté par Marine Le Pen, pour une raison que je n'ai pas très bien comprise.
Le Président poursuivra sa keynote en nous apprenant qu'il entend dès le lendemain confier à son premier ministre (le nom va me revenir) la mission de lui faire des propositions pour résorber le déficit en examinant l'opportunité d'un relèvement des taxes sur les smarties et l'instauration d'une contribution exceptionnelle de 1 pour mille pour les revenus supérieurs à un million d'euros pour la tranche allant de zéro à sept cent trente quatre euros.
Il dira aussi qu'il saura, à ce moment, compter sur l'engagement total de chacun et de Frédéric Lefevre, et qu'il n'hésitera pas à demander à Eric Woerth et Ziad Takkiedine de fournir de la liquidité en valises aux banques françaises, et à recapitaliser leur sigle (BNPP c'est en effet plus joli que bnpp) n'en déplaise à Christian Noyer qui trouve que Bnpp c'est déjà assez capitalisé (on sait les discussions interminables qu'il a eu à ce sujet avec Christine Lagarde qui trouve que BNpp serait quand même mieux capitalisé).
Puis, comme le soulignera Fabien Namias, le Président n'oubliera pas qu'il est dans la course présidentielle, en critiquant la mesure proposée par François Hollande qui consiste à faire un contrat de générations entre Inspecteurs des finances qui permettrait aux banques françaises d'imputer toutes les pertes provoquées par l'Inspection des finances sur les conventions de compte de leur clientèle particulière et de verser des golden parachutes aux actuels parachutés qui ont tout fait chuter.
Après avoir dit au revoir à M. qui me quitte pour les vacances et n'a pas voulu le faire sans me laisser assez de lui récent pour rêver ces longs jours d'attente, je me trouve bien malgré moi embringué dans une soirée très nettement homophobe, la doctor love. Le principe est qu'il y a surtout des garçons, et qu'ils sont tous déguisés en pédés, en tapettes, en fiottes, mais d'une manière caricaturale et insultante pour une communauté qui a tellement donné à Lady Gaga et à Rihanna. Il semble que tous ces gens s'imaginent que les vrais pédés sont forcément crèmés, tirés, souriniants et moulés, mais cette cage aux folles outrancière n'amuse pas une seule seconde, d'ailleurs leurs regards sont d'une tristesse vide. Une stigmatisation si grotesque et si rudimentaire est proprement consternante. Imagine-t-on d'ailleurs un seul instant que l'homosexuel, par nature sensible, artiste, créatif, poète à ses heures, irait passer sa nuit, ou plutôt chaque nuit, dans un endroit organisé méthodiquement pour prévenir la conversation, le bon mot, le lyrisme et l'hygiène, sur un fond musical aussi également laid, quand on excepte ce qu'on reconnaît de Madonna et de Whitney Houston sous des arrangements de comédie musicale pour palais des sports de la porte de versailles ? Laissez faire, et bientôt les homophobes nous inventeront des saunas gays ou même des blogs gays de photographies de ventres mouillés ou de chats. Que Louis-Georges tinte au plus tôt, que Louis-Georges tonne (il s'en faut de peu que le pluriel soit nécessaire), mais que ce crime ne reste pas plus longtemps impuni.
Parce que l'homosexualité, mes amis, c'est ce qui se passe, depuis le 22 août, chez moi.
Nous nous remettons sur la page que nous avions laissée dans un état qui me semblait pourtant acceptable. Il relève une correction à apporter, puis me demande si, vraiment, il n'y a pas moyen de l'améliorer encore. J'ai une première idée, ses yeux s'éclairent ce qui m'en suggère encore une autre, et nous remanions ainsi assez largement deux paragraphes. Il se plaint qu'il n'y a pas de musique, et branche son ipod pour nous servir du Pink Floyd. Shine on You, Crazy Diamond. Il porte une nouvelle marinière, ses cheveux sont courts, il a son rire gamin à mes bons mots. Quand il change de musique, je songe, la main sur sa jambe, que ce qu'il nous fait écouter est précisément ce qui suscitait chez moi, il y a un an, une curieuse émotion, comme de la nostalgie chez un amnésique.
Nous incluons une citation qui l'amuse. Il me réclame les phrases qui m'ont le plus marqué dans toutes mes lectures : je plaide que je réserve ces trésors pour celui qui me fera l'honneur de sa vie, mais bientôt je cède, heureusement d'ailleurs quand je vois à ses yeux et ses lèvres qu'elles produisent chez lui la même stupeur que chez moi.
Il chante sur les mesures qui me faisaient naguère pleurer ou exulter sans explication : j'allège deux phrases. Il se rapproche : j'ajoute un mot qui va plus loin. Il veut encore plus d'exemples, je prélève d'autres livres de ma bibliothèque, nous cherchons comment Chateaubriand ou Bossuet ont résolu notre problème, puis comment Pessoa a parlé du corps d'Antinous parce que, comme moi, il était né trop tôt pour parler de celui de M., et nous finissons par les Écritures, dans lesquelles il y a tout, y compris l'état dans lequel il me met (qui est sans doute exagérément attribué à Dieu).
Il est plus de deux heures, je ne dormirai pas avant quatre heures. Il veut publier un extrait de nos gribouillages sur son facebook ; il s'ensuit un match de petites phrases avec ses amis encore éveillés ou new yorkais ; on nous attaque, il me demande une répartie assassine, cela se poursuit jusqu'à notre complète victoire.
Henri Guaino, après Jean-François Copé, aurait indiqué qu'il regrettait que la primaire socialiste ait occulté les autres sujets. On ne peut pas mieux dire le fond de ma pensée. Depuis l'avant premier tour, on ne parle plus en effet des poursuites pénales engagées contre l'ancienne ministre des finances de Nicolas Sarkozy, ni de celles touchant l'ancien ministre du budget de Nicolas Sarkozy, et pas davantage l'enquête menée sur les agissements de l'ancien ministre de l'intérieur de Nicolas Sarkozy ; on ne sait pas très bien non plus ce que donnent les différentes informations lancées sur des financements en liquide de campagnes électorales de la majorité. Et la presse est curieusement discrète sur l'ample plan lancé par François Fillon pour juguler la crise, avec cette courageuse et inédite taxation de un centime des canettes de soda.C'est dire en effet le dommage que l'attention à la primaire a fait au débat public.
On annonce que François Hollande arriverait très largement en tête. Nicolas Sarkozy contre François Hollande : Les français préfèrent donc, pour l'élection présidentielle, des candidats qui ne comprennent pas plus qu'eux ce qui est en train de se jouer en Europe.
A mesure que son pantalon et son t-shirt s'écartent, la peau de coton blanc qui se dévoile me met en feu. Il brûle encore le lendemain, malgré le manque de sommeil.
Certes, le sauvetage de la banque Dexia en 2008 a coûté plus de trois milliards d'euros aux finances publiques, manifestement pour rien — Mais comme nous l'expliquait alors Nicolas Sarkozy, il s'agit d'un groupe belge, donc le sauvetage des banques françaises n'aura bien rien coûté — Mais que dis-je ? Le sauvetage a réussi. Pierre Richard, le président du conseil d'administration, a été placé par la France comme expert auprès du conseil d'administration de la Banque européenne d'investissement ; cela doit lui apporter un complément bienvenu, et mérité, à sa maigre retraite annuelle de 538 000 euros versée par Dexia et donc, euh, nous.
Bruno Deletré, son acolyte, dont nous avons déjà parlé, est venu travailler auprès de la grande Christine Lagarde sur la supervision financière, avant de retrouver un poste de dirigeant de banque, au Crédit foncier, dans lequel son expérience de la d'une quasi-faillite bancaire sera sans doute précieuse, et justement rémunérée.
Il pose son verre de whisky sur le rebord de la cheminée, se déchausse, se place au milieu du salon, et le regard un peu ivre exécute un «entrechats quatre». Je prétends ne pas avoir vu de quoi justifier le quatre, pour qu’il recommence. Il me fait aussi une pirouette, malgré l’alcool et les deux heures du matin. Je pense à la même scène, dans Chéri, par un garçon moins beau il faut dire.
Avant, nous avions regardé ensemble A Single Man; j’étais saisi, à la fin du film, par la proximité que prend alors l’histoire avec ce que j’étais précisément en train de vivre, et plus je me tournais vers lui et ses yeux aussi bleus que ceux du jeune homme, et plus je comprenais qu’il ne voyait pas toute la beauté dont il me régalait.
Plus tard, je lui ai dit que j’étais dangereusement amoureux de lui. Il m’a répondu qu’il ne fallait pas, que je ferais mieux de me trouver un grand blond musclé, et que je savais bien que c’était ce qui cherchait en ce moment. Je lui ai demandé de me ramener la spécialité de sa grand-mère, dont il raffole et qui me paraît parfaitement impropre à la consommation, «pour mon suicide romantique» : «C’est quoi, un suicide romantique ?» m'a-t-il répondu.
Romps là, l'ami, avec tes coquetteries de vieille tapette obsolète, et cesse de te la péter: tu n'es qu'une merde, banale, malodorante et putride qui s'ignore encore. Griffin
La façon inimitable qu'a la personne-à-laquelle-je-pense [lisez : Netromain] de se rendre odieuse par sa morgue et sa pompeuse prétention, tout en ne cessant de se plaindre qu'on la trouve peu aimable (du coup, il est à craindre que le processus n'ait pas de fin)...
Ronan
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour
Ce qu'on peut lire comme conneries.... Ronans
Et vive les donneurs de leçon Fantin
Résumé des épisodes précédents
C'est sûr, nous sommes plus malins que ce vieux Von Aschenbach, puisque nous avons goûté à Tadzio, nous l'avons mis dans notre lit et nous savons, nous, ce qu'il y a sous son maillot à rayures (...)6 janvier 2011
Dîner d'affaires à Hong Kong. Je pense à ses fesses, dénudées dans la pénombre de notre chambre d'hôtel, à Budapest, il y a trois jours. Ma tête est encombrée de son prénom. Mon estomac est encombré de la soupe de porc et des méduses du déjeuner.13 mars 2009
Et me voilà tout seul dans un décor de partouze, ce qui est le plus juste résumé de mes dernières années d'existence"15 août d'une année bien révolue
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004