De toutes les choses que notre époque emporte dans la tombe, la seule qui n'éveille chez moi aucune nostalgie et aucun soupir, c'est sans doute le ghetto (pour les parisiens, entendez : le marais). Je lisais il y a peu un papier qui expliquait que tout bien considéré, la principale conséquence de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe dans un pays, c'est la disparition des quartiers gays. La sociabilité homo y devient en effet plus diffuse et plus intégrée, et ne subsistent que les endroits pour baiser directement. La fermeture progressive des bars gays, dans ma ville, aura sans doute cet avantage merveilleux de réduire les propositions d'y prendre un verre le samedi soir, qu'il est difficile de décliner systématiquement. Et pourtant, comment peut-on finir dans une cave sombre et pas très nette, où l'on vous empêche de parler à coup de musiques consacrées par les NRJ music awards (merde déposée), avec des voisins gonflés et huilés qui n'auraient de toute façon à vous confier que leur importance ? La sociabilité gay, c'est l'a-sociabilité de celui qui n'est jamais qu'entre deux coïts.
Sans doute internet y a sa part, et il est devenu inutile d'aller tenter sa chance dans un bar, alors qu'on peut avoir en ligne facilement et préalablement à tout numéro de téléphone la photo de la bite et du trou du cul de celui dont votre souvenir se résumera à l'usage que vous avez fait de ces deux extrémités.
Mais même internet est mortel. Slate a ouvert sur son site un cimetière des services abandonnés par Google, et il pourrait faire la même chose avec Microsoft ou Apple. L'innovation, dans le monde 2.0, c'est la nouvelle collection printemps-été. D'ailleurs, si vous regardez un film d'une autre époque, ce qui vous permettra de le dater avec certitude, ce sont bien toutes ces choses dont on nous rebat les oreilles, du smartphone à la tablette. Montrez donc à un jeune homme un téléphone portable d'il y a deux ans, parlez lui du grindr qui faisait fureur il y a neuf mois, demandez-lui de vous ajouter sur facebook ou montrez lui l'imac de l'été dernier : il vous traitera de daddy.
Sans doute, je vais quand même sortir rejoindre quelques amis dans un bar inconfortable, plein de créatures satisfaites qui, entre deux silences de Lady Gaga, diront non à une proposition que je n'ai même pas envisagée, avant de dire oui à leur pitance du soir qui leur laissera quelques boutons mal placés. Et moi je penserai à cet article du New York Times sur lequel je suis tombé en faisant quelques recherches sur un garçon dont le travail me plaisait beaucoup ; article qui annonçait son mariage (gay) avec quelqu'un de mon âge, et, disons-le, de mon physique, tout en détaillant leur rencontre dans l'ascenseur qui les menait à une soirée d'anniversaire dans un grand loft qui rassemblait des artistes de toutes disciplines et des financiers, dans une ambiance qui a permis à mon sosie de rattraper par sa conversation une accroche un peu faible. Et dans ce marais qu'on nous propose comme seul horizon, si loin de toute culture et de tout goût, on se prend à rêver que vienne une présentatrice d'un autre monde qui tenterait de trouver aux crapauds que nous sommes un autre crapaud, pour l'amusement de ceux qui aiment regarder les crapauds en société.
Jean-François Copé, Christian Jacob, Brice Hortefeux, le Gud, Civitas, Frijide Barjot, et moi
1. Aujourd'hui, mon quartier sera livré à ceux qui manifestent contre l'ouverture du mariage aux couples de même sexes et ses conséquences. Ils seront vraisemblablement nombreux, car autour de moi je n'entends parler depuis plusieurs semaines que des préparatifs.
Du reste, j'étais dans la première manifestation contre le mariage gay. Entre les stations Passy et Motte piquet Grenelle. Je revenais de déjeuner chez mes parents, et j'ai dû laisser passer trois trains avant de pouvoir prendre place entre le tout paris. Les hommes avaient curieusement un côté très tapette, ce mélange maigre et pâle d'absence de vie et de nuance dans le regard. Les femmes étaient joyeuses, et les enfants, étouffés.
Dieu sait ce que je pense de la communauté gay et de certains droits dont je ne suis pas demandeur, mais pardon, voir cette foule si heureuse d'aller manifester contre l'amour chez certains de ses contemporains m'a plongé dans une tristesse absolue.
2. Le mot d'ordre de la manifestation d'aujourd'hui, c'est que la nature veut un papa et une maman. Un monsieur nous explique que les “enfants ne naissent pas dans les choux mais d'un père et d'une mère biologique, or il n'est pas bon de déconnecter cette réalité biologique de notre identité sociale”. On retiendra qu'en France, le seul sujet qui unisse plus de cinq cent mille personnes est le désir d'en revenir à l'animal.
Pardonnez-moi mais on peut faire dire n'importe quoi au biologique ou à la nature (plus exactement : on a toujours fait dire n'importe quoi au biologique, cf. la thématique des races humaines) parce que le biologique est purement muet, et que ce dont on parle, ce sont des institutions humaines dont aucune ne sort du biologique.
La mairie ne sort pas du biologique, me semble-t-il ? le code civil, les libertés publiques, les devoirs moraux ou légaux, la souveraineté du peuple, l'honneur et même la religion : rien de tout cela ne sort du biologique (il suffit de voir les efforts qu'il a fallu consentir pour les bâtir). Le biologique ne force pas un père biologique à s'occuper de son enfant, à l'élever (d'ailleurs, qu'est-ce que l'éducation “biologique” ?) à rester avec la mère biologique après l'accouchement biologique, à lui jurer soutien (biologique ?) et fidélité (biologique ?). Le biologique ne fait pas que les enfants aiment leur parents, et aucune chèvre ne dit “papa” ou “maman”. Même le sentiment filial n'est pas naturel, puisque la religion en fait un commandement. La notion de parent n'est plus biologique depuis…que le terme existe, le dépositaire de l'autorité parentale peut déjà être changé, et nous vivons depuis les lois de bioéthique avec des parents officiellement fictifs dans le cas de certaines techniques de procréation assistée.
Nous sommes d'ailleurs si peu sûrs de la notion de parents biologiques, qu'une très large partie de notre droit de la famille vise à s'immiscer dans les familles pour protéger les uns et les autres, parfois en retirant les enfants de leurs parents biologiques.
Et mon dieu, ne peut-on jeter un oeil dans les livres d'histoire ou la littérature, pour voir tous les avatars de cette prétendue famille biologique, qui a tellement changé de périmètre ?
Nous avons un mot, pour moi l'un des plus beaux mots de notre lexique, celui de civilisation, qui mesure exactement tout l'écart entre ce que nous vivons et le pur biologique. On peut discuter de choix de civilisation, on peut vouloir changer de civilisation, mais par pitié, qu'on ne nous demande pas de la supprimer. Même les hommes des cavernes faisaient de l'art dans leurs grottes.
2. Une autre série d'argument tient à la symbolique. Que d'horreurs trouvent leur source dans l'argument du symbolique : c'est au nom de la symbolique de l'euro qu'on détruit les économies d'Europe du Sud et qu'on plonge une génération dans le chômage. Un de mes amis, qui a vécu la moitié de sa vie des relations adultérines, n'était pas en reste sur ce thème de la symbolique du mariage, qui semble pourtant ne lui avoir créé d'autre obligation que des pensions. Je compte sur les doigts de deux mains ceux de mes amis qui ont grandi dans une famille non recomposée - mais l'abondance de faits contraires n'a jamais dissuadé les simples d'esprit de crier au symbole.
Du reste, on ne doit pas être aussi sûr du symbole, car on y a ajouté la vanité et les beaux sentiments. C'est donc au nom des enfants que l'on défilera et de leur intérêt; car c'est rien moins que leur construction qui est en jeu. Je n'ai pas vu un manifestant qui ne soit convaincu de tenter de sauver tous les enfants à naître. Comme le français a le souci des enfants des autres ! J'ai d'ailleurs envie de partager ce souci de la construction des enfants, quand je vois tant d'adultes aussi peu équipés pour se méfier de toute la quincaillerie pédo-psychiatrique que nous vendent des experts que tant d'affaires récentes avaient pourtant assez largement disqualifiés. Montrez-moi donc cette famille idéale que vous jugez seule naturelle, indiquez moi la part qu'elle représente pour les enfants dans l'histoire et dans notre société, et dites-moi ce qu'on fera de tous les autres enfants, qui sont la multitude ?
L'intérêt de l'enfant, pardon, mais c'est l'instruction obligatoire, c'est la protection de la jeunesse, c'est la visite médicale pour déceler les mauvais traitements, c'est la santé publique et toutes ces bonnes choses montrent qu'avoir un père et une mère biologique n'est ni nécessaire ni suffisant.
J'ai grandi dans une famille d'un père et d'une mère, qui s'aimaient, s'aiment encore et ne se sépareront qu'à leur mort. Ils sont issus de couples mariés qui se sont aimés aussi jusqu'à la tombe. Je suis un pur produit de ce modèle romantico-biologico-bourgeois que vous tenez pour obligatoire. Et pourtant, je suis une tapette. J'ai aimé et désiré des garçons hétérosexuels qui n'ont jamais accepté une seule caresse, alors qu'ils n'ont jamais connu leur père et ont été élevé par une mère seule et une grande soeur. Arrêtons de parler par clichés, je vous prie.
D'ailleurs, le discours des opposants n'est jamais net : le pathos biologique coule dans l'affirmation sociologique, qui se résorbe dans un postulat philosophique, avant de s'autoriser d'une évidence juridico-politique. Et ce n'est qu'en faisant fondre tous ces raisonnements malformés et inaboutis dans une marmite de bon sentiments portés à ébullition qu'on arrive à hurler dans la rue.
3. Le mariage à la mairie est une convention. La valeur derrière le mariage, ce n'est pas la famille, c'est l'amour. On imagine bien sûr la souffrance de ceux, minoritaires, qui s'entendent dire par une foule sotte que leur amour ne peut pas être reconnu. Mais peu importe : on finira bien par sortir l'homme de la bête.
1. Le français en voyage ne peut éprouver de joie plus grande que récupérer son bagage le premier de son vol. Il faut voir le regard comblé, le port de cou triomphant et même la dame qui pour une fois est fière de son mari. Ce que les médailles nationales ou les victoires de l'équipe municipale de foot provoquent chez d'autres ressortissants, le français l'éprouve peut être en plus fort encore lorsqu'il pousse son chariot pour sortir le premier de la salle des tapis de bagages.
2. «Les mœurs des Lydiens sont en général semblables à celles des Grecs, sauf qu'ils prostituent leurs enfants de sexe féminin.» (Hérodote)
3. Ils se souviennent d'avoir mangé des langoustes, d'avoir subi des insectes ou des diarrhées. Ils se souviennent d'avoir eu très chaud ou bien très froid. Et ils vous le racontent.
Ils parlent de leurs destinations comme G. me parlait de ses passades. Ils disent faire la Croatie, faire la Toscane ou l'Afrique du Sud. Et ils me demandent : «Vous avez fait Venise ?» comme mes lecteurs me demandent si j'ai fait Maxence. Il faut vraiment être un faiseur, aujourd'hui.
Ils filent des récits où il n'y a rien à part des noms de lieux qui font rêver et on se demande comment des gens qui ont tant de moyens ont si peu de culture.
4. « Ce que je cherche à dire c'est que si un homme âgé essaie de se rapprocher de jeunes gens (...), cela ne peut pas fonctionner parce qu'ils ne se comprendront jamais. A un moment donné Lietta, l'adolescente, demande au professeur: "Mais que faisiez-vous quand vous étiez jeune? Ce que nous faisons, nous, maintenant?" et il répond: "Surtout pas! J'ai étudié, j'ai voyagé, je me suis marié et mon mariage a été un échec. Soudain j'ai ouvert les yeux et je me suis trouvé au milieu d'un monde dont je n'arrive même pas à comprendre la signification."» (Visconti)
5. Donc, je pars. Avec lui et un de ses amis, presque son semblable, un mètre quatre vingt et les yeux bleus. Dans une chambre triple. Cela le fait rire : "imagine, le scandale, s'il t'arrive quelque chose et qu'on te retrouve dans la chambre de deux étudiants." Bon, la chambre triple a la taille d'un très grand appartement, grâce à un tarif de crise. Nous verrons bien, et je le raconterai peut-être ici. Je n'ai rien écrit, ou presque, de toutes nos soirées, parce que je n'en voyais pas l'utilité, et que je pensais m'en souvenir très bien. En réalité, quand je relis celles que je raconte ici, je ne m'en souviens plus du tout. Ce voyage achèvera tout, comme le duvet noir de son ventre pâle. Me voilà fatigué de sa jeunesse que ne parvient plus à contenir son intelligence.
Samedi soir, après le dîner, j'emmène W. faire un tour à la Nuit blanche, sans lui dire que je n'y suis jamais allé, et que j'ai choisi notre parcours que parce qu'il me permet de rentrer rapidement chez moi en cas de déconvenue.
Premier arrêt au Conseil économique et social, bâtisse qu'on répute Art Déco quand elle n'est qu'ennuyeuse. Dans une très grande salle, une installation d'Antony Gromley disperse des cubes blancs qui finissent par composer une silhouette. Admettons. Un grand panneau nous invite à assister à la conférence de Franck Gérard, ou Franck David, ou Franck Kevin, je ne sais plus, sans qu'on ne nous dise de quoi elle parlera ni qui est ce Franck Raoul. Dans la salle du conseil, passablement fatiguée par des visiteurs qui entrent et sortent, le Franck John en question présente depuis la tribune ses photos de vacances en essayant de trouver quelque chose à dire, tout en jouant avec l'une des dizaines de bouteilles d'eau en plastique vides qu'il a amassées près de lui. Quelques personnes prennent des photographies de ses photos, ou de lui, ou de la salle, ou bien du tout.
Nous partons sans nous émerveiller de la photographie que Franck George a prise de l'agence CIC de Pont-à-Moussin, mais Franck Benoît nous remercie au micro de notre visite. De l'autre côté de la rue, le musée Guimet est ouvert ; j'en profite pour montrer les collections à W., enfin, les pièces que je connais, et la bibliothèque qui curieusement n'est peuplée que de jeunes gens élégants. Nous montons à la rotonde (puisque c'est le thème de cette nuit, le belvédère) où on nous demande de nous déchausser. Dans une odeur de pieds, nous découvrons une sorte d'atelier de collages, et quelques réfractaires de dos qui prennent la tour Eiffel en photo avec leur iphone.
Je propose à W. de pousser jusqu'au Palais de Tokyo, puisque dans ma pingrerie je me dis que c'est l'occasion d'une visite gratuite. Nous entrons par le parking public, qui est l'entrée, puis nous poussons jusqu'au parking public principal pour voir des néons et quelques photographies, mais il faut payer un ticket. Pourquoi cela ne s'appelle pas Vinci Park, me demande W. Nous finissons au parking public du sous-sol, qui bruit de l'extase d'une foule érudite et sensible, réunie dans une même ferveur artistique et noctambule devant un spectacle des guignols de l'info en direct. On rit beaucoup ; preuve que l'art le plus contemporain sait se faire accessible, drôle, sans rien abandonner de sa subtilité et de son exigence.
Nous nous décidons à sortir de l'extase, et nous convenons tous les deux, malgré notre très grande différence d'âge, que nous avons vu le spectacle d'un peuple sot et qui entend bien le demeurer. Qu'après au moins dix années d'instruction obligatoire, aucun des participants, par ailleurs manifestement gâté par la vie, ne s'élève pour dire que ce qu'il voit est bête et inadmissible dans un lieu public et administré, c'est vraiment une pensée désolante. Que des pouvoirs publics entretiennent chez ceux qu'ils doivent servir cet abrutissement content de lui-même, c'est le signe le plus sûr d'une intention totalitaire. Que la brochure soit signée d'un maire et d'un adjoint qui sont des tantes, cela ne nous guérira pas de notre désespoir de constater la contribution désormais négative de notre communauté à la civilisation.
Imaginez donc mon énervement le lendemain, d'autant que cette soirée devait me consoler de la distance nouvelle que m'opposait M, distance que tout justifie, mais, comme pour tous les gens que nous aimons et qui nous dépassent, en crée une aussi insurmontable entre moi et ceux qui ne sont pas lui. Pourtant, au réveil, j'ai un message de lui qui me propose de déjeuner. [Netromain, ne réponds pas oui]. "Avec plaisir"
Me voilà parti pour cuire, devant sa chemise blanche, sa braguette légèrement ouverte, sa chevelure maîtrisée pour me revoir, et surtout, sa conversation sans chaleur, certes, mais si pleine d'humanité ; je ne veux pas faire de grands mots sur un billet qui va finir entre des photos de châtons et d'autres de trentenaires culs nuls avec la peau épilée, mais enfin, à côté des imbéciles heureux de la nuit précédente, que rien n'honore, quelle splendeur que sa conversation, ses études, le milieu exigeant dans lequel il travaille, sa curiosité pour les domaines qu'il ne connaît pas, et quand on tente de les lui faire découvrir, son intolérance à des références qui ne sont pas de première main. Pardon de ne pas retranscrire ici sa conversation, mais ce serait le découvrir. Nous poursuivons la promenade jusqu'au Musée d'art moderne de la ville de Paris, parce que j'ai un tableau à lui faire voir, qui lui plaît beaucoup en effet, et que je lui dois bien cela puisqu'il m'agrandit.
Vous vous consolerez en vous disant qu'après tout, hein, c'est pas comme si on était en couple. Après tout, je ne fais souvent que baver. Ce n'est pas tout à fait exact : de la presque année que nous avons vécu ensemble quasiment en concubinage, pendant laquelle je n'ai finalement presque rien écrit même lors qu'il y avait des délices, il me restera cent quatre-vingt dix-sept photos de lui. Ce qui constitue sans doute la plus grande collection privée de photographies de M.
Le lendemain, retour au travail, un travail qui fournit une fenêtre grande ouverte sur la situation de l'Europe. Réunion pour réagir à la dernière idée qui a surgi de ceux qui ont autorité ; je vois les regards accablés des plus jeunes, qui viennent de commencer à travailler, et qui viennent de commencer à comprendre ; je prends la parole, et offre à tout le monde la possibilité d'en rire librement, d'en rire à gorge déployée, pendant quelques minutes, avant de nous remettre au travail.
Jeudi soir, exposition Richter à Beaubourg. Après une première salle grise et floue de peintures grises et floues comme des photographies grises et floues, une grande salle qui se permet le nom "Libérer l'abstraction" présente des toiles aux couleurs criardes appliquées en jets, de grand format. Nous sommes quatre, peut-être cinq, en comptant B. Une femme nous dépasse, se plante devant la plus grande des toiles, et pète.
Capri, juillet dernier. Un jeune homme aux formes délicieuses déchire notre billet pour le funiculario dont le tourniquet est hors d'usage. Il y a cent ans peut-être, il aurait accepté contre quelques pièces de venir en pâtre dénudé à quelque soirée d'aristocrate ou d'écrivain inverti - on mesure le progrès de la civilisation. Hier, à Naples, comme nous dînions en terrasse, un convive français nous avertit que Capri était la capitale historique de la tarlouzerie européenne. Certaine dame, sentant le risque que j'en prisse ombrage, voulut alors hésiter une défense et illustration de l'homosexualité, bien inutile me semble-t-il, car j'ai sans doute les mêmes préjugés que ce monsieur mais en les limitant à mes contemporains. Je voulus répondre qu'il m'était difficile de ne pas préférer Capri d'alors, remplie de nobliaux et d'écrivaillons pédés avec des moyens et du goût, à celle d'aujourd'hui, piétinée l'été par des femmes obèses et leurs maris commerçants, mais il n'y avait à table que des femmes obèses et des maris commerçants. Le monsieur, apparemment informé, aurait pu néanmoins m'objecter Sitges, à quoi je n'aurais pu lui rétorquer M. dont l'atroce beauté rend magnifique l'homosexualité. Nous avons filé à Anacapri visiter la villa d'Axel Munthe. Jardin délicieux, patio rempli de pièces antiques, et un belvédère saisissant, orné d'une sphinge qui garde la baie, plusieurs centaines de mètres sous elle. Je m'assois pour rêver, et ma compagne d'insister : "on ne va pas y rester trois heures quand même."
La fin de la mort à Venise, le ballet de Neumeier (disponible en DVD) seule adaptation qui se mesure à celle de Visconti, je crois. Quel Tadzio ! Le ballet lui-même est plein d'intelligence (Neumeier a, comme Visconti, ajouté beaucoup de choses très convaincantes à la nouvelle de Mann, qui à la relecture n'offre pas autant de subtilité que ces brillants commentaires) mais parfois insupportable de gaucherie (pourquoi ces gestes saccadés comme dans une chorégraphie de compagnie subventionnée de province ?) et dansé sur une musique somptueuse, notamment le finale déchirant et joyeux.
Le Revel de Pour l'Italie relevait l'absence curieuse de littérature romanesque italienne jusqu'à une date très récente. Mais quelle revanche ensuite ! après avoir lu Bassani et Lampedusa, et même le seul roman de Saba, je reste stupéfié par leur audace, leur subtilité et leur générosité. Et si j'avais du courage, je pourrais aussi parler de la nullité déprimante des films de Truffaut, comparés à tout ce que j'ai vu du cinéma italien de la même période. Truffaut a-t-il jamais dit ou montré quelque chose qui importe ? Ses femmes sont des caricatures, ses enfants sont des caricatures, ses situations sont des caricatures. On s'y ennuie sur une musique qui saoule, comme dans une soirée gay en somme.
Sur facebook, un haut fonctionnaire international qui aime fister les jeunes gens qui dorment chez lui étale des photographies de vacances par centaines sans doute pour qu'ils soient assurés qu'il a autant d'argent que de mauvais goût. Et parce que certains pourraient être abusés, à l'occasion, par quelque photo où il ne paraît pas avec une coupe de champagne et un polo ralph lauren, il a pris soin de publier de courtes Travel Notes, sans doute des pages de son journal intime, dans lequel il indique pour chaque ville à quel endroit il faut être vu manger les prétendues meilleures pizzas ou descendre les meilleures caipirinhas.
Najat Vallaud-Belkacem souhaite interdire la prostitution parce qu'elle dégrade l'image de la femme. On suggère à la ministre qu'à ce compte, il serait plus efficace d'interdire la femme, qui est la principale cause de dégradation de l'image de la femme. Maintiendra-t-on alors la prostitution masculine, ou considère-t-on qu'elle dégrade elle aussi l'image de la femme ? Je me garderai bien d'entrer dans une discussion trop détaillée de ce sujet, car point le jour où on pénalisera aussi la négation du crime qu'est la prostitution, et il me faudra supprimer mon blogue. Notez bien que je ne souffrirais pas d'un monde où il n'y aurait plus de commerce des corps ; car j'ai perdu longtemps tout espoir d'y gagner ma vie, et je ne pourrai jamais y dépenser quelque argent car j'ai trop peur d'attraper des maladies. Et puisque l'interdiction du proxénétisme n'a jamais fait débat, on peut en venir à l'essentiel, qui est que je n'arrive pas à comprendre qu'on considère comme plus grave de louer son corps que de louer son esprit. J'ai déjà dû l'écrire, mais une pute peut rêver à autre chose pendant qu'elle travaille, alors que moi je ne le peux pas. La prostituée a toujours le cerveau libre, quand le mien est dirigé par un autre douze heures par jour. Et quand je vois tous ces jeunes cadres qui vont se chercher un sandwich pour manger devant leur ordinateur, je me dis que cela doit quand même être rare, une prostituée qui mange en travaillant (je n'ai pas dit : qui avale en travaillant), preuve suffisante du caractère bien préférable, du point de vue moral, de la prostitution sur la subordination.
N'oublions pas tous ceux qui se sont battus pour que nous puissions, à quarante ans passés, nous habiller en marin de cuir avec des bracelets de force, le cul épilé nu et offert.
Les bars gays sont la preuve de l'inutilité du voyage au vingt-et-unième siècle. Dans une ambiance standardisée comme la température d'un hôtel de standing, ils diffusent une musique identique à des tribus qui portent le même uniforme : barbus taillés pareillement, chevelus semblables aux côtés rasés, muscles sans sourcils, ambiance égale. La communauté gay, c'est le club méditerranée à travers le monde : mêmes villages, mêmes spectacles le soir, et mêmes colliers de boules (pour les passives). Après l'Australie, l'Afrique du Sud démontrent qu'il ne sert à rien de courir le monde pour espérer trouver des gays différents.
Bubbles Bar, 125 watergang street, au Cap. Je me fais déposer devant par le chauffeur du Cape Grace Hotel (qui est une femme !), le temps d'un show de drag. L'endroit est recommandé ("Life's not worth a damn till you can say you've been to Bubbles Bar" prétend le guide gay local), mais ce soir c'est majoritairement lesbien. C'est petit, mais on y donne des spectacles de drag queens, qui me manquent tant à Paris.
Après un show tonique, la drag queen nous laisse en compagnie d'une très jeune troupe d'apprenties drag-euh-kings, qui s'en sortent pas trop mal. There's nothing like a drunk lesbian nous explique la drag queen, pour les pousser au cocktail du soir (une double vodka-sprite à deux euros cinquante). Mais je crois qu'en réalité, il n'y a rien de tel qu'une lesbienne qui s'est lavé les cheveux. D'ailleurs, il n'y en a pas ce soir.
(...)
Le bar s'est rempli, et les garçons sont redevenus majoritaires, malgré la jeune fille de cent vingt kilos pour un mètre cinquante qui se prend sur scène pour Freddy Mercury. Le plus beau porte un polo à rayures impossible. Il n'y a que lui et M. pour porter ce type de rayures, sans doute parce que ces deux là savent que rien ne peut assombrir leur vénusté. D'ailleurs, contre moi, je m'aperçois qu'il y a un sosie de M. : que la beauté puisse exister en autant d'exemplaires dans l'univers, au même moment, sans qu'un seul ne soit dans nos bras est la plus grande douleur métaphysique qu'on puisse physiquement ressentir. Cela tombe bien, car la drag queen est précisément la seule réponse valable et nouvelle que notre époque ait trouvé au problème de l'absurdité de la vie. Un homme déguisé en femme, sur-maquillé, qui chante et danse en playbackdes chansons d'amour raté, qu'y a-t-il de mieux pour moquer le néant qui ne nous a tiré de lui que pour nous vaincre ? Notez que Yamina Benguigui, qui a la forme d'une drag-queen, ne peut remplir le même rôle, faute de tragique assumé. La drag-queen se sait drag-queen ; Yamina Benguigui est seulement grotesque.
Dehors, prennent l'air quelques spectateurs, sous les étoiles. Une grosse BM arrive : c'est le chauffeur de l'hôtel, toujours un peu surpris par l'endroit et ceux qui y trainent.
Cocktail au premier étage du ... . Une dame me demande si j'ai vu telle pièce donnée il y a quelques temps à la Comédie française. Un pressentiment me fait lui dire que j'aime beaucoup son auteur, et elle de me répondre : "C'est mon ancêtre, voyez-vous. Son style tient encore la route, mais sa vie était impossible : il l'a passée au bordel." Elle me conseille une biographie récente : "Donnez-moi votre carte, ma secrétaire vous déposera le livre." Evidemment, je n'ai pas de carte. "Ah, vous n'avez pas de caarte. Donnez-moi votre numéro et votre adresse." Au nom de la rue : "Ah, c'était le grand ami de ma grand-mère". Elle me parle de la seule trace de l'âge qui a résisté chez elle à la chirurgie : "C'est pareil chez toutes les femmes (suit une liste de dames du monde que j'éviterai de reprendre ici pour la tranquillité juridique du site). Il y avait bien le docteur X, avec ses crèmes interdites, mais il a cessé son activité sans en livrer la formule." Elle sait pourtant que l'un de ses amis continue à les utiliser : "Vous le verriez, à soixante-douze ans, il court encore les minets !" Heureusement, je suis arrivé après le départ de X., starlette française et héritière, à qui j'ai eu l'honneur de donner au siècle précédent des leçons inutiles et désespérées.
Pour moi, le choix est enfin fait. Ce sera Jacques Cheminade, sans hésiter. Cela étonnera peut-être mes lecteurs (mais ai-je encore des lecteurs ?), ce qui m'étonnera moi-même, tant tous les autres choix me paraissent impossibles. Nicolas Sarkozy commence à dire des choses grossièrement fausses à sa deuxième phrase ("Nous sommes le seul pays en occident, vous m'entendez, le seul pays à etc.") ; François Hollande peut rester un millier de phrases sans avoir dit quelque chose. L'écologie s'étale comme une imposture grotesque, François Bayrou hurle, les autres candidats de gauche ne viennent qu'avec une idée de révolution : je n'ai vraiment pas l'impression de choisir l'aventure, avec un personnage au programme modéré, réfléchi, et simplement, dans les domaines que je connais ou que j'étudie, au minimum envisageable. Cela ressemble à cette forme d'organisation que nous avons connu pendant les trente glorieuses ; une confiance dans l'intelligence des hommes quand on la force à travailler ses sujets ; un souci d'organiser le secours mutuel plutôt que des concours de déclarations de nobles sentiments.
Les commentateurs politiques se perdent dans un programme qu'il faut lire et, comme les étudiants de sciences-po qui portent le deuil, ne peuvent s'imaginer dirigés par quelqu'un qui n'est pas, ou n'affecte pas, d'être aussi simple d'esprit qu'eux. Mais les objections qu'on lui (col)porte à Cheminade ne sont pas sérieuses. Il parle d'un programme de long terme pour aller sur Mars ? Est-ce que vraiment le niveau est devenu si bas que de faire un programme pour plus que les six premiers mois d'après l'élection soit devenu un motif d'hilarité ? Faudrait-il donc systématiquement appeler à la recherche et à l'innovation dans une géniale ouverture de fin de discours, sans jamais indiquer ce qu'on entend rechercher ?
Et comment ne pas être sensible au seul candidat qui parle en termes adéquats de la situation grecque, et plus généralement celle de la zone euro, à l'exception bien sûr de la presse internationale, de la quasi-totalité des économistes qui ne sont pas au conseil d'analyse économique ou à l'institut Rexecode ?
On dit encore que Jacques Cheminade est sulfureux (sic). Je trouve ce côté sulfureux bien supportable, après cinq années consternantes de corruption. Je déjeunais l'autre jour avec un haut fonctionnaire proche de la retraite, qui, manifestement accablé d'une décoration de nouveau scandaleuse (il aurait supporté plus facilement que l'impétrant se fusse contenté d'une très grasse rémunération mi-publique mi-privée), me confia qu'il envisageait presque de fournir quelques détails au Canard enchaîné. N'avons-nous pas eu assez d'affaires, pour qu'on nous évite le coup un peu facile du candidat sulfureux ? D'ailleurs, la répartie de Jacques Cheminade, lors de mots croisées, à ces insinuations fut très savoureuse.
La vérité est que nous n'avons sans doute aucun homme d'Etat qui brigue nos suffrages. Nous pouvons voter blanc, ou porter nos suffrages vers le seul qui a fait un effort honnête de programme acceptable, correspondant à des valeurs estimables, portant seul le débat public au niveau d'information, d'argumentation, de précision et d'ambition en deçà duquel une élection perd son sens.
La nullité du débat public actuel a quand même ceci de merveilleux qu’elle parvient chaque jour à se renouveler. Le ministre de l’intérieur aurait déclaré que toutes les civilisations ne se valent pas. Les bons esprits se pressent pour dire qu’ «évidemment», c’est «faux», avant d’ajouter que c’est «détestable», ce qui n’est quand même pas tout-à-fait la même chose. Deux plus deux égale cinq est faux, mais qui dira que cette erreur est détestable ? Notre Président, lui, rattache cette thèse à du simple "bon sens" dont il a fait, comme on sait, la pierre de touche de son action présidentielle.
Posons donc avec Jean-Michel Apathie et François Bayrou que, de toute évidence, toutes les civilisations se valent. Je dois immédiatement concéder une ignorance, car je ne sais guère de civilisations qui aient affirmé leur équivalence à toutes les autres. Je ne me souviens pas de proclamation attestée de l’Empereur de Chine, du souverain de la sublime Porte ou des Incas que leurs croyances, arts, rites, peuples valaient tous les autres, concomitants, passés ou postérieurs. Ce qui nous ferait peut-être deux tas, finalement ; celui des civilisations qui affirment que les autres les valent, et celui de celles qui n’affirment pas que les autres les valent (généralement, pour considérer qu'elles l'emportent). Est-ce qu’une civilisation du premier tas vaut alors une civilisation du second tas, pour celui qui tient qu’elles se valent toutes ? Mais alors, celui-ci ne devra-t-il pas en déduire que l’affirmation qu’elles ne se valent pas vaut l’affirmation qu’elles se valent ?
D’ailleurs, si toutes les civilisations sont équivalentes, on comprend mal qu’on n’en change pas régulièrement. Pourquoi n’adopterait-on pas une civilisation le lundi, une autre le mardi, une troisième le mercredi, et ainsi de suite jusqu’à épuiser toutes les civilisations possibles ? Comment admettre de se borner à une seule, quand on peut sans encombre, sans perte, sans préjudice, les vivre toutes ? A la fin, on comprend mal comment les civilisations peuvent bien apparaître, puisqu’elles n’ont guère à proposer qu’une stricte égalité avec celles qui lui ont précédé, et que leur différence est, au sens propre, égale à zéro.
Il n’est donc peut-être pas si évident que les civilisations se valent, puisqu’au bout de cette idée, nous faisons disparaître l’idée même de civilisation. Croyez bien qu’on pourrait prolonger le jeu à l’infini dans cette thèse,et dans son opposée (c’est précisément l’objet de la dissertation, non ? ) et qu’on finirait bien par s’accorder sur le fait que ...le problème posé dans ces termes est tout simplement mal posé, ce qui revient à dire exactement l’inverse de Jean-Michel Apathie, François Bayrou, Claude Guéant, Nicolas Sarkozy et son «bon sens» : qu’il n’y a sur ce sujet aucune évidence.
C’est là, d’ailleurs, que le débat (jusqu’à présent d’un niveau de lycéen) devient proprement consternant ; c’est quand on nous presse de nous attaquer aux fameux vrais problèmes. Jean-Michel Apathie et François Bayrou dixunt : le déficit commercial a atteint un nouveau record (69 milliards d’euros), et derrière ce nombre, il y a la désindustrialisation (sic), le chômage (re-sic), la pauvreté (re-re-sic). Oserait-on faire la fine bouche, quand il y a urgence nationale, et demander simplement que l’on rapporte le montant de ce déficit à celui du PIB, juste...euh...pour rire ?
Alors, voyez, moi je commence à en avoir un peu assez de ce ton déclamatoire, menaçant, péremptoire, pour annoncer des âneries qui vaudraient zéro à un lycéen. Hier soir, notre énergique Président a ainsi, d’un regard très dur, affirmé devant deux journalistes interdits, qu’il avait engagé la parole de la France sur le projet de traité (dont on nous dit qu’il doit nous sauver de dégradations futures de notre notation par les agences, alors que le communiqué de S&P vise expressément le plan européen comme cause de celle qui est intervenue dernièrement) et que le futur Président ne peut pas revenir dessus, à moins de...piétiner l’état de droit, et de ne pas être un homme d’Etat (garder le doigt en l’air, maintenir le silence et s’abstenir de ciller quelques secondes). Où diable avais-je appris que c’était le parlement qui était constitutionnellement investi du pouvoir de prendre des engagements internationaux dans notre état de droit ? Qu'un traité n'engage la France que s'il est ratifié ? Que le Président n'est, dans notre constitution, ni un Conducator ni un Duce ? Quelle folle je fais, devant un aussi fin avocat que Nicolas Sarkozy.
Tenez, finalement, je me range à l’avis de Guéant. Notre civilisation ne vaut pas les autres.
Je reste encore sous le choc des images du dernier concert de Kylie Minogue (Aphrodite/Les Folies). Je jure que de ma longue vie, je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi laid, aussi longtemps, et avec autant d'acharnement. La rencontre entre Lady Gaga et Coco, si vous voulez, la concentration du mauvais goût queer, lesbien et transgenre qui n'aime que le faux brillant, le peinturluré, le stuc, la quincaillerie des anges et les sourcils grotesques, de paysage marlonphotographie colorisé par Donatella Versace, de Flash Cocotte qui aurait brûlé tout le Louvre pour couler des godes géants dorés.
Que des êtres humains libres et ayant reçu une éducation secondaire puissent danser sans s'évanouir dans ce paysage insoutenable et devant des costumes aussi repoussants ne doit pas étonner ; l'époque est au triomphe de la civilisation gay adolescente, et elle s'en ressent. Car aujourd'hui, ce type de spectacle (comme celui, tout récent et tout aussi écoeurant, de Madonna au Superbowl ou encore le style pompier de Lady Gaga) est manifestement exactement calibré pour plaire au gay de moins de trente ans, qui tient le goût de l'époque. Or celui-ci hélas, n'a rien d'autre en vue qu'un monde fait de mini-shorty or.
Adolescent, le jeune gay refuse d'écouter, car il se sent différent. Majeur, le jeune gay n'accepte plus que ce qu'il tire du fond de son être, puisqu'il réussit à ce qu'on lui tire le même endroit. Son éducation s'arrête le jour de sa première queue : son goût devient alors incontestable, puisqu'on le tringle. Et nous, qui pensons que le goût se cultive, est un effort et une mémoire, nous avons culturellement tort, puisque nous sommes sexuellement moins compétitifs.
Dans mort à Venise, Tadzio montre l'azur. Aujourd'hui, Tadzio nous montre la file pour la boutique Abercrombie & Fitch, dans laquelle nous devons comparaître pour obtenir le permis de lui parler. Notez que ce monde n'a pas que des inconvénients : La vie d'Aschenbach y est tellement plus simple ! Le jeune gay n'est pas difficile: il vous dit oui ou non, mais il le fait dans la minute. Ce n'est pas avec lui que vous perdriez des mois à soupirer en pure perte ou des fortunes à faire cadeaux et invitations préalables. C'est pour notre jeune homme une pratique incompréhensible que de lui faire la cour, et toute tentative en ce sens vous attire la même stupéfaction parfumée que si vous prétendiez ignorer le génie de Lady Gaga.
Si le oui vous apporte un plaisir dont les détails seront le soir même disponibles sur son wall, le non ne vous procure finalement qu'un désagrément passager. Car le jeune gay est avant tout et passionnément identique à tous les autres jeunes gens gay de sa génération (celle qui vous affole). La loi des grands nombres vous assure donc, au prix d'une connexion internet et d'une série de photos convaincante, un partenaire de substitution sous quarante huit heures dans les grandes villes. De sorte que la prostitution pour le sexe est une chose sans avenir dans le milieu homosexuel, alors qu'elle va sûrement se généraliser pour la romance. Voudrez-vous dîner avec un joli garçon ? Il ne vous restera bientôt plus qu'à chercher un escort, parce que le tendron que vous aimez bien ne sait que se faire baiser ou acheter pour lui-même un sac de femme chez Louis Vuitton (ce qui est encore une autre façon de se faire baiser).
Du reste, on ne croise déjà à l'Opéra ou à Florence, au Park Hyatt de Tokyo ou au Gritti de Venise que des escorts avec les mondains parisiens, non parce que ces derniers sont seuls, mais parce qu'il leur semblerait invraisemblable d'y amener leur copain régulier, qui ne veut pas manquer la flash cocotte et le sunday marcel. Etre escort, dans le milieu gay de l'avenir, ce sera avoir fait de belles études et pouvoir soutenir une conversation de qualité. Pour le reste, nous aurons les garçons d'internet et des soirées.
1. M. sort de l'ascenseur très rouge, amusé et stupéfait : la voisine du septième, une femme presque dans sa soixantaine, après l'avoir complimenté sur sa beauté, a essayé de le caresser dans la cabine exiguë.
Je me gardais de mes prétendus amis pour tenter de lui mettre la main dans le caleçon, et c'est ma voisine qui me trahit.
L'autre soir, il m'a admis davantage dans sa vie et il m'a transmis un peu de sa science, qui est considérable. Ce sont des conversations qui, me semble-t-il, devraient se tenir dans un lit, dans ses bras, contre ses lèvres ou son nombril, entre ses jambes ; mais je sais bien que je l'écouterais à peine si nous passions aussi vite au lit.
Il y a la matière d'un beau roman dans le récit de son enfance et de son adolescence ; d'ailleurs, il existe pour partie, je l'ai lu très ému quand j'étais en prépa.
J'aimerais garder ma relation avec lui parfaitement secrète, parce qu'elle est incompréhensible, et que je m'épuise, à chaque fois que j'en discute, à lui donner un sens qu'elle n'a pas. En somme, je perds sans doute mon temps (et il ne m'en reste pas beaucoup de valable) mais je n'arrive pas à ne pas préférer mon échec avec lui que mes autres succès.
Bien sûr, je m'efforce à faire d'autres rencontres, à ne jamais le relancer, à me répéter qu'il faut que je m'occupe de moi et des autres, mais je suis incapable de refuser ses propositions, de lui refuser une soirée d'autant qu'elles se passent chez moi. Il y a quelques jeunes gens beaux comme un coeur que j'aimerais entreprendre, mais ils font les difficiles alors qu'ils n'ont qu'un éclat provisoire et une vie ennuyeuse. Tout effort pour quelqu'un qui n'est pas lui me paraît inconcevable ; en revanche, je suis très disponible pour B. qui ne m'en demande aucun, et il ne tient qu'à lui de me ravir à cette fascination, je saurai bien l'en récompenser.
2. Spectacle lamentable d'un Président à bout de souffle, qui n'arrive plus à nous servir comme discours que ce qui lui paraît évident. Sarkozy est tellement nul que le débat politique qu'il ouvre n'est même plus de discuter de l'adéquation des mesures qu'il propose aux objectifs qu'il soutient, mais de constater que la base factuelle sur laquelle il se repose est grossièrement fausse. C'est si compliqué de comparer le coût horaire du travail en France et en Allemagne ? C'est si difficile de comparer la croissance du PIB par tête entre l'Allemagne et la France depuis les fameuses mesures teutonnes pour développer la compétitivité ? C'est si ardu de relever que la question de la compétitivité de l'économie française, en admettant qu'elle ait un sens (ce qui disparaît après une première année d'enseignement d'économie internationale, au regard de la compréhension de ce que c'est qu'une balance des paiements d'une part, et d'une analyse très sommaire de ses agrégats pour l'économie française), n'est de toute façon pas prioritaire, au moment où nos partenaires entrent dans au mieux un fort ralentissement ? Et n'était-il pas permis d'espérer que les journalistes, avisés de ce que des sujets économiques pourraient être abordés, aient fait quelques recherches avant de venir à l'Elysée, à défaut de michelemercier et Benjamin Lancar ?
Je veux bien penser à autre chose qu'à M. mais hier soir, c'était vraiment difficile.
3. Soirée crêpes chez un couple de voisins. Court-circuit temporel : ils ont l'âge que nous avions quand nous habitions, Vincent et moi, dans un petit deux pièces très semblable (ahem, enfin, si on prend mon âge d'alors, pas celui de Vincent). La tendresse de ce couple m'émeut, mais elle se fracasse sur leur recherche permanente d'un troisième larron pour égayer leurs sens. Je me sens tellement vieux jeu.
1. Retrouvé la beauté de M. dont je n'avais conservé, il faut le dire, qu'un souvenir un peu pâli. Devant la lumière de sa peau, le lac bleu-vert de ses yeux, et la rivière tiède de sa chevelure, j'étais le docteur Fadigati des Lunettes d'Or, assis au milieu des étudiants "comme un vieillard devant un bon feu".
Jusqu'à ce qu'il se soit approché de moi, alors que nous étions sur le canapé, pour qu'il n'y ait plus rien que lui autour de moi.
2. On tourne autour de son sujet, on le transpose, on le transforme, on le noie d'ornementations ou d'incidentes, on le transmute, on l'élague, on l'inverse, on l'assourdit ou on le nuance, on le fragmente, on le neutralise ou on le désarme, on l'installe dans un passé révolu ou dans un futur utopique, on en change les protagonistes, le début, le milieu ou la fin, on finit par le perdre de vue, on conteste même qu'il ait jamais été celui-là, et puis on tombe un jour sur une nouvelle de trente pages écrite par une femme, d'un autre pays, dans une autre langue, qui le dit exactement, sans embarras et sans aucune précaution, tel qu'il est, jeune et nu, superbe et désespéré. (...)
Je profite d'un certain embarras qui me prive d'un après-midi à l'opéra pour reprendre ici, sans effort d'écriture, quelques notes prises à la sortie de soirées récentes, seulement amputées de quelques détails qui compromettraient mon anonymat et celui de ceux que je fréquente. C'est dire si ce billet n'a sans doute aucun d'intérêt pour mes lecteurs, qui feraient sans doute mieux d'aller consulter les chats de Wolfi.
1. Eugène Onéguine, à Garnier (ballet).Décors et musique somptueux — vous me direz que c'est un medley de Tchaïkovski, et que j'étale à nouveau mon goût du joli et de l'effet facile. Certes, mais rappelez-moi la dernière fois que vous avez vu ou entendu du joli ? Lors de mon trajet pour l’Australie, j'ai vu sur un écran tout petit trois films ayant coûté plus de cent millions de dollars qui n'arrivaient pas à produire un seul effet. Il faut donc remercier ce qui nous procure un simple sentiment d'élégance, ce dont nous sommes si cruellement privés depuis, hem, quelques années déjà.
La chorégraphie est oubliable. D'ailleurs, je l'ai oubliée. Ah, si : chez Cranko, la ballerine est manifestement un sac de patates ; on la tire, on la traine, on se la fait passer sur l'épaule. Certes, un sac de patates qui se tient normalement sur ses pointes, mais qui ensuite ne subit guère que de la manutention. Les parties dansées par le corps de ballet sont terriblement pauvres (on fait bien mieux en danses folkloriques russes dans le reportage, réédité récemment, sur l'école de danse, et encore c'est pour un cours d'initiation). Le tout chaleureusement applaudi, mais il y avait beaucoup de province de passage dans la salle.
Le final est incroyable, au sens propre : Onéguine peut-il vraiment peloter ainsi Tatiana, avant de la renverser pour nous faire admirer son jupon ?
2. Soirée musicale chez Y. Un peu piqué qu’à ce dîner, le seul point qui fit l’unanimité est que la musique de ballet est décidément inaudible. W., passionnant critique, parce que mu par l’envie de décrire et de partager ses enthousiasmes, nous raconta avoir quitté à l’entracte une représentation de la Bayadère, avant cet acte des Ombres qui nous arracha des larmes à Yannick et à moi. Même Tchaïkovsky est vu comme un pénible pondeur de thèmes, qu’il ne sait ensuite que réorchestrer jusqu’à l’ennui. J’avais déjà croisé W. au salon d’***, lors d’un après-midi passionnant consacré à Wagner, qu’il nous fit partager sans s’arrêter de parler lorsque sa passion lui fit basculer son siège à la renverse.
L’apéritif fut néanmoins consacré à la littérature. Je racontai que je mis à profit mon récent séjour à Sydney pour acheter quelques livres de G.K. Chesterton, dans une curieuse libraire dont je découvris après coup qu’elle était confessionnelle. W., apparemment familier des bons mots de cet auteur, nous cita alors la joute entre G. B. Shaw et G. K. Chesterton qui tourna au désavantage de ce dernier :
Chesterton à Shaw (qui était filiforme) : à vous voir, on croirait que Londres subit une famine
Shaw à Chesterton (qui était énorme) : à vous voir, on pourrait croire que vous en êtes la cause.
La discussion tourna ensuite autour de Schubert, que Y. tenta de défendre contre Z., son ami pianiste, qui le juge très faible au regard du renouvellement apporté par Schumann , et finit par se mettre au piano pour une illustration sur la sonate n°1 de Schumann en la terminant d’abord comme l'aurait fait un piètre compositeur (Schubert) puis telle que brillamment conçue par Schumann.
Après le repas, Y. et Z. nous font découvrir un morceau stupéfiant d'un pianiste polonais contemporain, que nous écoutons dans le noir. On débat ensuite de Bruckner (j'ai lu depuis l'article hilarant de Rebatet sur Bruckner dans son Histoire de la musique, dans lequel il consigne les nombreuses bêtises du maître.)
L'orchestre Colonne fait l'unanimité contre lui, particulièrement le premier violon. En revanche, on loue la direction de Philippe Jordan dans des termes que j'aurais aimé conserver.
W. nous apprit après le dessert que la divine Montserrat Caballé, malgré son opulence, a osé la danse des sept voiles, chez elle, à Barcelone ; nous nous promettons d'en chercher le film, s'il existe. Renée Flemming apparaît liftée, vulgaire et rajeunie comme une première dame de France dans un album qui rassemble des morceaux adaptés à la disparition de sa voix, qui ne peuvent faire oublier la déchirante beauté de son Du Bist Die Ruh, que Y. m’avait passé quelques jours avant.
3. Minuit à Paris, de Woody allen
Vu longtemps après sa sortie en salle ce film de Woody Allen. Autour de moi, il avait déçu unanimement. Ainsi, la première partie était trop cliché — peut-être, mais à ce compte-là, pourquoi les mêmes ne jugent pas ainsi le début de Manhattan, qui tient de la carte postale pour jeune fille pré-baccalauréat ou du film de vacances sonorisé sur imovie ? Je vis à Paris, et n'était la couleur, forcée comme sur ces photos de téléphones sursaturées par des applications payantes, je vis la même chose que dans le film, et ce cliché est vrai et beau.
Le scénario, qui ressemble aux sujets de nos rédactions à l'époque où l'école avait l'ambition de nous apprendre à écrire (comme de nous donner un peu de cette culture générale qu'il est venu aujourd'hui comme novateur de supprimer), est aussi bien agréable, pour nous qui sommes un peu fatigués de notre époque, et assez tenté de regretter les autres (autre sujet de rédaction : vaut-il mieux les époques d'injustice, comme avant, ou de bêtise, comme aujourd'hui ?) Le propos pourrait passer pour facile, puisqu'il prétend réfuter la nostalgie en la montrant sévissant même aux temps que nous regrettons (un peu comme les simples d'esprit qui entendent réfuter toute possibilité de décadence en montrant qu'elle a déjà été dénoncée dans des temps anciens, comme si le temps ne pouvait pas être circulaire), mais on n'observe pas assez, je crois, que la fin du film dément en fait cette pâteuse morale qu'il affirme : le héros, qui reste aujourd'hui, n'y a trouvé, contrairement à toutes les autres époques qu'il a visitées, aucun contemporain intéressant, à part une vendeuse de souvenirs elle-même tournée vers le passé. Il reste donc, mais en se coupant du monde d'où il vient, vulgaire comme ses ex-beaux parents, et juste parce qu'il peut revenir à volonté dans ce monde disparu où seul il trouve la possibilité de conversations et de relecteurs. D'ailleurs, il y a une autre idée qui court le film et qui est profondément juste, que la création ne repose pas sur des individus isolés, qui créent dans la solitude, mais dans des relations entre plusieurs créateurs, qui se stimulent et se critiquent, se nourrissent et se contredisent. Le personnage principal est stérile, mais il est stérile comme son milieu ; il ne se met vraiment à écrire que relié à d'autres, que baigné dans un milieu créateur, éclairé non par une seule, mais par une abondance de rencontres. Cela nous excuse presque de ne pas faire d'oeuvre, aux temps de Valérie Pécresse et de Guillaume Musso. Il y autre une dernière chose, qui est particulièrement bien montrée dans ce film : le néant Carla Bruni, celui de la femme tirée et mondaine de plus de quarante ans.
M., qui m’avait rejoint après 22 h, me quitte avant 5 h. Nous fêtons Noël ensemble autour d’une copieuse bûche au chocolat, en discutant de musique, de danse, de physique fondamentale et de poésie. Sa conversation ne me lasse jamais : si nous sommes en désaccord sur le fond, il ne parle jamais que de ce qu’il connait, et il le fait toujours avec précision et exactitude. Froid, coupant, mais sans approximation, sans idée de seconde main, sans argument flou, même après avoir consommé la moitié d’une bouteille de whisky. M. est un classique; il aime l’ordre, la symétrie, le beau absolu ; la musique et le ballet le comblent, la poésie lui est incompréhensible (pourquoi ajouter des mots à l’expérience de la beauté ? me demande-t-il) Dans telle musique que nous adorons tous les deux et qui pourrait nous rassembler, nous aimons des parties différentes.
La contrepartie de son classicisme, c’est que son univers est clos ; il le purge petit à petit de tout à peu près, il le perfectionne, mais il ne l’étend pas. Et pourtant, il ne cesse de me relancer de questions dont il ne peut entendre aucune des réponses. Il me demande ce qu’il doit faire de sa vie, et comme je n’ai pas de réponse, si je suis satisfait de la mienne. Comment ne voit-il pas que ce moment avec lui est de ceux dont on cherche le souvenir juste avant d’être anéanti ?
Hier soir, il était encore à peine vêtu. Ses bras, son visage, ses lèvres, son sourire sont enfantins à un point qui n’est pas possible; sa froide perfection fait presque obstacle au désir. Chez moi (puisqu’il vient chez moi presque chaque soir) il tient presque de l’objet de décoration ou du bibelot précieux ; le visage impeccablement proportionné qui sertit deux yeux turquoises, une posture parfaite, il est exquis, il est raffiné, sa vénusté rehausse considérablement mon intérieur et mon existence. J’ai d’ailleurs instinctivement commencé à remplacer tout ce qui n’était pas à son niveau, parmi mes objets qui l’entourent lors de ses visites. Les meubles étaient déjà faits pour lui, il restait à changer les accessoires. Pour nos dîners, j’ai choisi les plus fins des ingrédients, les plus belles assiettes, les verres les plus purs, des champagnes rares et des vins profonds ; je me suis fait conseiller les interprétations les plus intenses des musiques les plus merveilleuses pour habiller nos conversations sur la beauté, ses formes et sa possession. J’ai aussi acheté les éditions originales des livres que je voulais partager avec lui, choisis dans son siècle qui n’est pas le nôtre. C’était ruineux, mais nécessaire. Comme le disaient les Goncourt : «la distinction des choses autour d’un être est la mesure de la distinction de cet être»
Lui-même m’a suivi dans cette ambition somptuaire quand il faisait les courses pour nous deux ou s’occupait de composer notre décor musical. Il a également supprimé de sa vie l’amollissement qu’il commençait de connaître lorsque nous nous sommes rencontrés. Je l’ai rendu à lui-même, en quelque sorte.
Il reste que cela ne règle pas votre seule question ; couchons-nous ensemble ? mais qui n’a de sens à mes yeux que réécrite en : comment coucher avec lui ? *** revenu un soir à la maison, j’ai ressenti immédiatement un désir sûr de lui et de ce qu’il faut faire pour le contenter; les lèvres et les fesses de *** indiquent d’elles-mêmes comment en jouir. Pas celles d’une sorte d’apollon classique, à moins de risquer le ridicule d’un moustique. Mon lecteur m’aura sans doute abandonné à ce point parce qu’il est de son temps, qui est celui du plaisir en quelques minutes et de la performance et parce que l’amour qui lui importe est l’amour-propre, qui aime à avoir possédé plutôt que posséder. Mais enfin, sur un tel garçon, on ne se livre pas sans composition préalable aux actes grotesques qui mènent à la jouissance, d’autant qu’il faut de surcroît arriver à s’empêcher d’y mettre trop de contemplation, trop de langueurs, trop de minutie, trop de vagabondage dans toutes les parties de son corps, pour leur donner l’intensité qu’il recherche.
Ceci ne valant que les soirs pendant lesquels il ne porte pas cet invraisemblable pantalon en velours qui nous rend toute notre lubricité (...)
J'apprends avec une grande satisfaction que Richard Descoings a réalisé le rêve de sa vie : supprimer l'épreuve de culture générale du concours d'entrée à l'Institut d'études politiques de Paris. J'y suis évidemment favorable : la maintenir eut été entretenir une fausse idée dans l'esprit des employeurs, qu'un élève issu de Sciences-Po, aujourd'hui, a une vague culture générale. Le problème n'est en effet pas que les étudiants qui y entraient à 17 ou 18 ans n'en avaient pas encore, comme l'indique un représentant de la scolarité, mais plutôt qu'ils n'en ont plus du tout à leur sortie. Au moins, il n'y a plus d'illusion. A ce compte-là, convenons qu'il faudrait également supprimer l'orthographe et la ponctuation de l'évaluation, puisqu'elles ne seront pas davantage pratiquées lors de ces études prestigieuses (après tout, nous l'avons fait nous-mêmes ur ce blog comme nous le reprochent certains de nos commentateurs).
J'aime beaucoup aussi l'idée de recruter sur la personnalité. C'est très lol, et le signe très sûr d'une civilisation qui progresse sur l'absence de discrimination. Comment voulez-vous discriminer, quand vous utilisez un critère aussi objectif pour retenir des candidats ? On se gardera ainsi d'avoir en classes de fâcheux esprits rétifs au bon esprit de Richard Descoings lui-même.
Je regrette sincèrement d'être si loin alors que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont si brillamment troussé leur seizième plan historique de sauvetage de la zone euro, mais croyez bien que je serai là pour le dix-septième.
Court séjour en Australie, pour affaires. J'arrive à dénicher une place pour le ballet donné au Sydney Opera House, Romeo et Juliette choregraphié par Grahem Murphy. Le décor inquiète : est-ce une bonne grosse comédie musicale française, échouée dans le harbour ? Après un début laborieux, la chorégraphie s’envole ; elle est, à défaut de génie, redoutablement efficace pour raconter et peindre (le moment interminable pendant lequel Roméo et Juliette essayent de s'embrasser est à pleurer) et il y a les jeux incessants et tendres de Mercutio et Benvolio par deux jeunes danseurs qui seraient interdits de diffusion en France tant ils invitent à la caresse. Un spectateur assis pas très loin de moi manifeste semble-t-il son contentement par des roulements sonores de sa morve dans le nez, effets qui assombrissent un peu mon plaisir je dois dire. Lorsque le rideau se baisse sur la première partie, ma voisine s'inquiète auprès de moi : this is not the end, is it ? Je lui réponds que non, car personne n'est mort, mais est-ce vraiment à moi, dans cette salle d’anglo-saxons, de connaître Shakespeare ?
Lors de la seconde partie, je dois me rendre à l'évidence : les danseurs de l’Australian Ballet sont tous très beaux. Pas un seul visage grotesque, alors qu'ils abondent, hélas, a l'Opéra de Paris, et pas de quadragénaire visible non plus, le fascisme du casting est très excitant. Combien de fois n'ai-je pas regretté dans d’autres ballets que le prétendu jeune premier ressemblât à un trentenaire de site de rencontres homosexuelles ? J’ajoute que l’on est dans un pays anglo-saxon, il y a donc des seconds rôles et ils sont excellents.
La morve de mon voisin à dû s'approcher dangereusement de l'air libre car il l'aspire puissamment alors même que Juliette se lamente en tournant sur elle-même, ce qui est également notre façon de nous lamenter. Un ballet, avouons-le, donne l'occasion de comparer des fesses (et des jambes) masculines parfaites : celles de Benvolio sont celles de ***, comme celles de Romeo sont celles de M. Il n'y a pas d'autre modèle acceptable, et mes deux derniers amoureux, danseurs, m'auront donc enflammé des deux seules manières possibles dans l'univers. Un frisson parcourt la salle ; Roméo est-il vraiment en train d’enlever son collant, pour faire l’amour à Juliette ? Mais oui ; on regrette que la distribution n’ait pas été celle donnée le soir d’avant. Pourtant, le Romeo est un jeune blond d'une stature imposante ; il me rappelle les beaux vers découverts le matin:
A young Apollo, golden-haired,
Stands dreaming on the verge of strife,
Magnificently unprepared
For the long littleness of life
Romeo et Juliette finissent par expirer sur un lit de crânes, mes yeux sont humides comme ce que mon voisin tient tellement à conserver dans son nez, quoique un peu plus clairs.
Les applaudissements sont mérités : on a si gracieusement mis en scène l'amour, et pas seulement entre Romeo et Juliette. Ma voisine elle-même est si émue, qu’elle peine à ramasser son immense sac de plage, son parapluie, son châle et son manteau.
Je dîne dehors, en contrebas de l'Opéra et face au pont, l'esprit encore plein de Bonvolio, quand je m'avise qu'il me fait face, à une rangée à peine, en train de prendre un verre avec un inconnu. Il ne serait pas acceptable de ne pas saisir une chance pareille, je délaisse donc mon federation burger trop cuit et m'apprête à aller le féliciter, quand je m'aperçois que l'inconnu est sa maman.
Finalement, je n'irai pas voir le spectacle de drag queens du Metropole Hotel. La nuit était tiède, une sorte d’éclipse se préparait. Du reste, j'avais eu mon comptant de drags, la veille, en traînant dans les bars d'Oxford Street. Les meilleurs, en principe, garantis sur brochure avec «best djs in town» ce qui signifie qu'ils passaient tous des versions longues des titres de Lady Gaga. Au Stonewall, je m’aperçois que si les australiens sont généralement grands, les australiens gays sont petits. A l’écran, on devine la tour eiffel derrière les corps de rugbymen français recouverts d’acides gras saturés et brillants. J’engage la conversation avec un agréable jeune homme, pretextant que j’écris pour une revue gay française un papier sur la nuit australienne et la qualité des baisers d’australiens. Comme il sourit, je lui rappelle que lors de la construction de l’opéra de Sydney, un concours de baisers fut organisé à la mairie, et que l’architecte lui-même paya cent dollars pour déposer ses lèvres sur la joue d’un tendron (anecdote tirée d’un ouvrage sur le bâtiment lu dans l’après-midi). J’adore cette histoire, je sens que je vais la raconter à tout propos, d’ailleurs, je viens de le faire. La version longue de Lady Gaga n’est pas terminée que j’ai déjà envie de repartir, et je le signale à mon interlocuteur, qui s’étonne que je puisse ne pas attendre la fin.
Non, je ne parlerai pas de la lamentable prostitution du candidat PS auprès d'une vieille bique stupide qu'on appelle par contresens Joly et de sa troupe de tristes sires qui ne représentent même pas eux-mêmes vu qu'ils ne savent pas très bien ce qu'ils veulent ; les plus convaincus par le projet socialiste de mes amis ont quand même du mal à souhaiter confier des responsabilités à un flambi capable d'une telle veulerie pour un amas aussi négligeable de voix (car en dehors d'un millier de personnes, qui a jamais voté pour ces peine-à-jouir autrement que par simple envie de râler ?). Tout cela sent tellement mauvais, qu'on craint en fait d'en laisser l'odeur sur ce blog s"il devait en parler.
Réjouissons-nous plutôt de l'ampleur de vue d'autres hommes politiques. Je lis dans Le Monde une phrase prononcée par Laurent Wauquiez sur BFM-TV : "Si jamais, quand vous tombez malade, cela n'a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n'est pas très responsabilisant." En effet, être payé quand on est malade, ce n'est pas très responsabilisant. Ce qu'on aime, chez Laurent Wauquiez, c'est l'étendue de sa pensée, qui embrasse dans peu de mots et un heureux néologisme à la fois une puissante théorie économique et une weltanshauung morale convaincante et particulièrement adaptée à notre temps. D'ailleurs, je vous propose de l'appliquer avec moi à d'autres aspects de notre vie, en choisissant à chaque fois la phrase que pourrait prononcer Laurent Wauquiez
- Être soigné quand on est tombé malade :
a) C'est bath
b) C'est lol
c) Ce n'est pas très responsabilisant
- Être payé quand on est au chômage ou ministre de l'emploi alors que le chômage flambe et qu'on ...euh...passe son temps à la radio
a) C'est cool
b) C'est mdr
c) ce n'est pas très responsabilisant
- Être pris dans les bras par un ami quand on se rend compte que M* vous échappe
a) C'est peu hygiénique
b) C'est tout doux
c) Ce n'est pas très responsabilisant
- Si la mort est l'anéantissement définitif de tout être
a) Niquons rapidement ensemble
b) C'est ptdr
c) Ce n'est pas très responsabilisant
C'est au tour de Bruno Lemaire d'être frappé par la Jouyetomanie. Voilà que ce bien transparent ministre, dont le seul éclat dans l'existence a jusqu'à présent consisté à trahir la confiance de ceux qui l'ont nourri en caftant, est maintenant convaincu qu'il est en guerre. Contre qui ? les marchés. Le prochain plan de sauvetage de l'hyperPrésident Sarkozyste sera donc communiste ? Le bras armé Jouyetiste s'abattant sur ceux qui osent douter de la qualité de la dette française, il ne restait en effet plus qu'à lancer des frappes ciblées sur ceux qui ne veulent pas acheter des OAT. L'ensemble de l'interview est si consternante que l'absence de démission de Bruno Lemaire dans les quarante-huit heures dira assez l'état de notre vie politique.
Il plaira sans doute à mes lecteurs qui trouvent que je daube un peu facilement le Fond de stabilité Merkel-Sarkozy, qui correspond à leurs XXIV à XXXIIIèmes plans hebdomadaires historiques de sauvetage définitif, de savoir qu'en fait de 1000 milliards d'euros, celui-ci n'a pas même réussi à emprunter trois milliards d'euros sans ...se les prêter àlui-même. Ambiance.
Vivement que l'infanterie commandée par Bruno Lemaire vienne occuper chaque investisseur pour s'assurer qu'il achète de l'OAT.
Romps là, l'ami, avec tes coquetteries de vieille tapette obsolète, et cesse de te la péter: tu n'es qu'une merde, banale, malodorante et putride qui s'ignore encore. Griffin
La façon inimitable qu'a la personne-à-laquelle-je-pense [lisez : Netromain] de se rendre odieuse par sa morgue et sa pompeuse prétention, tout en ne cessant de se plaindre qu'on la trouve peu aimable (du coup, il est à craindre que le processus n'ait pas de fin)...
Ronan
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour
Ce qu'on peut lire comme conneries.... Ronans
Et vive les donneurs de leçon Fantin
Résumé des épisodes précédents
C'est sûr, nous sommes plus malins que ce vieux Von Aschenbach, puisque nous avons goûté à Tadzio, nous l'avons mis dans notre lit et nous savons, nous, ce qu'il y a sous son maillot à rayures (...)6 janvier 2011
Dîner d'affaires à Hong Kong. Je pense à ses fesses, dénudées dans la pénombre de notre chambre d'hôtel, à Budapest, il y a trois jours. Ma tête est encombrée de son prénom. Mon estomac est encombré de la soupe de porc et des méduses du déjeuner.13 mars 2009
Et me voilà tout seul dans un décor de partouze, ce qui est le plus juste résumé de mes dernières années d'existence"15 août d'une année bien révolue
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004