You cannot reason a person out of something he hasn't been reasoned into
A quoi cela sert de faire des études jusqu'à vingt quatre ans (au moins) comme farkas, pour pondre la phrase la plus réactionnaire de l'histoire de l'humanité ("c'est tellement nase que cela ne se réfute pas"). J'aime l'humanité entière, les gens de toutes conditions, de tous horizons. Mais les mecs qui refusent le débat, cela me fait peur. Ceux qui ne forment leurs idées ni par l'étude, ni par le raisonnement, ni par la confrontation, mais par la pétition de principe et l'anathème contre ceux qui pensent différemment, ceux là doivent être inlassablement combattus.
La meilleure façon de savoir ce que quelqu'un a dans le ventre, c'est de prendre le point de vue opposé au sien. On est assez vite fixé. Je me souviens de ce mec sur le chat. Je lui demande s'il va bien. il me dit que oui, malgré l'enfer capitaliste. je lui rappelle qu'il doit sûrement à cet enfer capitaliste son espérance de vie, sa subsistance, son état de santé, son toit et sa nourriture. Et que les quelques milliards de personnes qui essayent de survivre sans tout cela avec un euro par jour seraient bien aise de subir elles aussi cet enfer capitaliste. Il me répond que s'il vit si bien, c'est en raison de l'exploitation de ces milliards de personnes. J'évoque deux ou trois données solidement établies qui ruinent cette thèse de l'exploitation du tiers monde ou de l'échange inégal. Cela sert à cela, la discussion, non ? Et là il s'énerve en me disant qu'il n'aime pas les donneurs de leçon. Trois minutes avant, il me faisait le nouveau Marx (enfin, la version de Marx que soutiennent ceux qui ne l'ont jamais lu, car ce qu'il écrit est exactement opposé) alors que je ne demandais rien, et parce que je ne faisais pas le beni oui oui devant sa thèse idiote que tout lycéen de seconde moyennement attentif peut réfuter avec son cours d'histoire géo, et me voilà un abominable donneur de leçon. Mais si tu as la passion de la justice, coco, pourquoi détestes-tu tant la recherche de la vérité ?
Pfff je suis tellement nase que personne ne va venir me réfuter.
Depuis trois ans, j'ai vécu mille vies. j'ai tout changé autour de moi; j'ai exploré toutes les voies possibles. J'ai réalisé mes ambitions passées, et quand je suis forcé de détailler tout ce que je fais, pour des raisons administratives, par exemple, on me regarde stupéfait, en me demandant où je trouve tout le temps pour faire cela. Je suis obligé de choisir ce que je vais raconter de moi, pour éviter qu'on ne me prenne pour un mythomane. Mais tout cela n'est rien. Je suis étranger à ma vie. Je ne suis pas chez moi dans ma vie. Parce que ma vie, c'est son nouveau copain qui la vit.
Pierre me parle de sa copine. Est-ce que cette fille l'a un jour regardé comme moi je le regarde ? Est-ce qu'elle connaît comme moi par coeur la courbe de ses sourcils, la position de ses lèvres quand il est heureux, la cartographie de ses grains de beauté ? Au fond, je sais pourquoi il n'est pas avec moi. Cela aurait fait trop de bonheur pour un seul être.
...continuent leur blog. On va me dire que c'est une idée fixe, que j'attaque sans cesse le même blog. Mais je ne l'attaque pas, je veux juste vous faire partager mes grands moments d'hilarité. Un peu comme les perles des administrations ou des copies du bac. Et puis, c'est de votre faute. Vous écrivez tous que c'est un grand styliste. Souffrez que je défende mon point de vue minoritaire ici. Et il ne s'agit d'ailleurs que de lire, et de résumer pour ceux qui auraient du mal à lire une prose aussi exigeante. NDLR : tout ce qui est en italique a été écrit par un grand styliste contemporain.
"Jeter. Oui, parfois, c’est simplement une question de nécessité."
" remplacez la première lettre par un P pour comprendre (lecture lacanienne).
"Se jeter sur le mot parce que c’est un salut, plus qu’un mode d’expression. Parce qu’il se fait désir d’être lu, au-delà du sens commun. Attention donc aux mots qui se font désir d'être lus (pas au sens commun; beurk le sens commun, non, au délà). Les gens vont se jeter sur eux. Enfin, c'est bien cela ?
"C’est une douce illusion que de vouloir s’éteindre à l’ombre d’un point." peut-être s'agit-il plutôt de s'étendre à l'ombre d'un point. Mais enfin, dans tous les cas, on peine à imaginer ce que cette ombre d'un point peut bien être. C'est dommage, on aurait tant aimé partager la douceur de cette illusion promise. Mais enfin, si vous n'êtes pas encore éteint, je peux vous proposer de vous fondre. Dans quoi? Dans du chocolat ? Dans de l'or? dans la nature ? dans la foule ? Non, voyons. Dans un défilement. "Se fondre dans le défilement, dans le sens qu’on lui donne." Pas d'autre suggestion pour les prochaines vingt-quatre heures ? si si. Vous pourriez partager quelque chose. "Partager le plus intime de soi puisque cela vient du Moi " (vous noterez la logique implacable. Si cela vient du Moi, c'est forcément le plus intime de soi. On se demande comment on ne l'avait pas vu avant. Desormais, vous demanderez toujours si ce qu'on vous dit vient bien du Lui. Sinon, attention. Ce n'est pas le plus intime de l'autre).
Jusqu'ici, tout se passe bien. On aurait espéré un couronnement, du genre : "Vivre dans le salut du mot qui se fait plus qu'un mode d'expression, un défilement dans l'ombre du point, au fond du plus intime de soi qui vient du Moi, désir d'être lu " mais non, car il faut une intensité dramatique. C'est là qu'arrive, sponsorisée par Miko, une "prison de glace" fort rafraîchissante en cette saison. On se "confronte souvent aux barreaux." mais ce n'est pas vraiment une prison. Prison est métaphorique ici. Car en fait, il s'agit d'un zoo. Quel retournement. Oui, un zoo. D'ailleurs, on y est gouverné par l'instinct, et l'instinct grégaire. On ne peut plus douter. "Aux prisons d’un zoo où l’instinct grégaire l’emporte sans cesse."
continuez à nous lire. Dans le prochain épisode, vous apprendrez à fendre une image. C'est simple, il suffit de fracasser deux sens, et hop, elle est alors explusée de son cocon. Mais ce n'est pas encore assez. Vous casserez le cloisonnement, et ça, c'est vraiment formidable.
Shopenhauer distinguait le talent (qui consiste à réussir à atteindre un but que tout le monde connaît) du génie (qui consiste à réussir à atteindre un but que personne n'imaginait avant, ou ne croyait possible). S'il était vivant, il pourrait créer une catégorie supplémentaire, le Philippe Starck, qui consiste à réussir à atteindre un but que la moitié de l'univers a déjà atteint avant soi.
Chaque nouvel objet designé par Philippe Stark est annoncé par la presse, principalement celle qui se destine à l'humanité pourvue d'ovaires, comme étant un événement, quelque chose de jamais vu, une révolution complète de notre façon de penser cet objet.
Un esprit non prévenu, découvrant le même objet, se rappelera avoir déjà vu le même dans les années quatre vingt dans ces boutiques de gadgets qui faisaient alors fureur, ou un an avant comme cadeau lié à l'abonnement à un magazine. Après avoir fait dans le rond, quand c'était devenu un poncif du design, il fait désormais dans le cube, nouveau lieu commun du design, après avoir été copié mille fois, avant lui, par les concepteurs de gadgets chinois.
Il y a une chose dans laquelle Philippe Starck n'a jamais varié, ne s'est jamais compromis : c'est la qualité. vous reconnaissez tout de suite sa touche personnelle dans le caractère chiqué, pauvre, bon marché, de toutes ses créations. D'ailleurs, c'est simple ; quand, pris par le temps avant d'aller à une soirée, je suis obligé d'acheter une merde à la papeterie du coin, en mauvais plastique argenté, j'annonce toujours fièrement à celui à qui je remets le cadeau, qu'il s'agit d'un objet designé par Philippe Starck; et croyez-moi, personne ne m'a jamais démenti.
Alors, je veux le remercier publiquement. grâce à lui, mon budget cadeau a été divisé par mille, et le plus petit porte clefs devient une marque de munificence, quand il est offert recouvert de son nom. Malheureusement, je crains que cela ne soit efficace qu'en France, grâce à l'absence totale de goût et de culture des français, et leur instinct grégaire si puissant.
Les anciens plaçaient dans leurs salons des images de crânes humains ou de cadavres, pour leur rappeler au milieu de leurs trésors le néant de l'existence. Moi, j'ai adopté le même principe. De temps en temps, je redîne avec mon ex. Cela me rappelle que j'ai raté la chose la plus importante de ma vie. Et moi qui ne sait qu'aimer, je suis seul désormais.
Prolétaires de tous les pays, je n'ai pas de conseils à vous donner.
Un de mes amis s'est fait jeter d'une réunion de LO dans un duplex du 6ème pour avoir dit cela à ses amis fils de rentiers. On en rigole encore.
Je crois que je pue l'amour de la vie, comme dirait Sixte. J'empeste la nostalgie de ces moments féériques qu'elle m'a donnés, la garce, sans encore m'en demander le prix, meme si cela me coupe du monde des tapettes qui lui en veulent de n'avoir jamais réussi qu'à se faire sauter. Et tous les pores de ma peaux exhalent la pestilentielle odeur de la foi en elle, la certitude qu'un jour, à nouveau, je serai deux.
Je dois à X, cette jeune fille épatante avec laquelle je suis resté deux années, à partir de mes 16 ans, d'avoir subi le racisme, comme peu de gens ici, et d'avoir libéré mon homosexualité, d'une jolie façon.
Nous étions inséparables, alors que nos caractères étaient très opposés. Nous avions été élus couple de l'année du lycée, les professeurs ne savaient comment nous faire revenir à la raison, nos parents s'arrachaient les cheveux en voyant les notes de téléphone. Chacun était un mystère et une fierté pour l'autre. Elle raillait mes manies, je me moquais de ses habitudes. Nous riions tout le temps, et nous nous amusions comme deux gosses. Quand j'y repense, je me dis que c'est exactement cela que je vivais avec Vincent.
Elle était juive, je ne l'étais pas. Elle s'en fichait, mais à chaque fois que son père me présentait à quelqu'un, c'était toujours : Romain, le copain de X, il n'est pas juif, mais c'est tout comme, premier de la classe, etc.Surtout, c'est avec ses copines que j'ai tout subi. Judith me répétait que son père la tuerait si jamais elle devait sortir avec un goy (=non-juif) comme moi. Vanessa venant m'interdire d'aller à telle ou telle soirée parce que je risquais d'y compromettre la pureté ethnique. Et combien de fois ai-je du prétendre que j'avais la bite circoncise, pour avoir la paix ! Je pense que la pression a dû devenir intolérable. Et X... n'est plus ensuite sortie qu'avec des juifs. J'ai parlé de cela un jour avec un vieux rabbin, car de fait, l'essentiel de mes relations sont de confession juive. Il m'a dit des choses très profondes, qui ne s'écrivent pas dans le monde dans lequel nous vivons. Mais disons que cette idée que les identités sont de pures conventions sociales ou des âneries pour pauvres d'esprit, et que nous sommes tous simplement humains, née à Nazareth il y a deux mille ans, ne sera peut être qu'une parenthèse bientôt refermée.
La prise de conscience de mon désir homosexuel, c'est aussi à elle que je le dois. Tant qu'il s'agissait de fleureter, les filles me convenaient parfaitement. Mais ... avait plus de tempérament. Grandie avec un père psychanaliste lacanien, elle n'avait aucune gène vis à vis du sexe, en parlait crûment, et avait une grande envie de le pratiquer. Je n'y étais pas opposé, mais euh...je n'étais pas trop sûr d'être à la hauteur de ses grandes espérances, parceque mon désir n'était nullement pressant.
Or voilà qu'un beau jour de printemps, comme nous étions en train de chercher mollement la traduction d'un texte grec, son frère entre dans la pièce, avec un petit slip foncé, en demandant à sa soeur s'il peut s'allonger sur le canapé pendant que nous travaillons. Je crois que la foudre en me frappant ne m'aurait pas plus brûlé que la vue de son corps. Je crois que trois jours sans boisson n'auraient pas plus desseché ma bouche que la vue de son corps. C'est là que j'ai senti que le désir était un animal violent tapi au fond de nous. Et que le mien venait de se réveiller, et ne me laisserait plus jamais tranquille. Et qu'aucune fille ne me produirait jamais l'impression de ce corps de garçon.
C'est ainsi que Sainte Thérèse (dont on voudrait lire les textes) définit l'Enfer. Et Chamfort, qui nous l'apprend, d'écrire que l'on pourrait "appliquer à la ville de Paris ces propres termes".
Valery considérait que le roman était une forme littéraire dépassée, parce qu'on pouvait y écrire des phrases aussi arbitraires que "La marquise sortit à cinq heures."
Je commençais à penser, suite à mon texte sur les nouvelles précieuses ridicules, que le blog est une forme littéraire qui s'auto-détruit, en lisant sur celui de Sixte des phrases comme "Ils étaient là, acteurs malgré eux d’une Histoire qui ne s’écrit que d’encre pailletée, se mouvant dans une pénombre essoufflée par les murmures de la gloire."
J'avais bien commencé à réviser mon jugement, en lisant tous les jours le blog de MisterPatate, plein d'idées et si magnifiquement mené, entre photos et apopthegmes hilarants et profonds. Helas, le dit-blog est fermé, pour cause de déblocage de sa vie sexuelle, je crois.
Et depuis quelques semaines, je suis jaloux (mais ce n'est pas le principal sentiment) de la plume si belle de chapichapo. Ce qui lui arrive est épouvantable, je ne vais pas vous en parler , que pourrais-je en dire qui ne soit pas des mots ? Epouvantable, et pourtant, d'un point de vue littéraire, la mort d'un frère, d'un parent, d'un ami, est un des thèmes les plus éculés, qu'on ne croit plus que les mots seuls puissent à ce point nous toucher encore. Voilà cependant que tout ce qu'il a écrit dessus apporte une lumière nouvelle, pure et juste sur ce malheur que nous viv(r)ons tous. il nous parle de lui, mais ce qu'il dit est universel. Quand on me questionnera sur mes deuils, à l'avenir, grâce à Chapichapo, en le citant, je pourrai essayer de faire comprendre aux autres ce que j'ai vécu.
Il manquait à la littérature, pas celle qui finit au pilon ou ensevelie dans la glose des impuissants de la Sorbonne, mais celle qui forme notre patrimoine collectif, le récit juste d'un deuil. Il est sur gayattitude.
Après la stupide pause de cet été, les affaires vont reprendre, enfin, dans quelques jours.
Peut-être reverrai-je P. aux grands yeux doux, le beau sportif/musicien (excellent dans les deux domaines) qui après six mois à travailler ensemble, m'a annoncé en même temps qu'il avait une copine et qu'il avait été changé par ce que je lui avais dit. C'était à la fin juin, et il est parti sur sa moto, cachant son sourire sous son casque.
Peut-être reverrai-je M., rencontré sur un autre réseau et qui m'a rendu tous les autres mecs depuis fades et oubliables. Je me souviens d'avoir perdu ma respiration en voyant les photos de lui sur citegay. Je me souviens de notre pemière discussion, très serrée (me sentant un crapaud, j'essayais de le séduire par mes propos, et le bonhomme a une intelligence vive et déroutante). je me souviens de nos échanges de mails, les siens rares mais toujours chaleureux. Et je me souviens de cette phrase de lui, après un paragraphe qui parlait d'autre chose : "nous nous rencontrerons". Et je me souviens de notre rendez-vous au Louvre, de ces deux heures passées avec lui, à ne pas comprendre comment un garçon si beau pouvait avoir une intelligence aussi étendue dans ses connaissances que fine dans son raisonnement. Jamais, ni pendant mes années de prépa, ni même pendant mes années à normale sup auprès de petits génies, je n'avais ressenti cela. Il pouvait réfléchir silencieusement un instant, puis bouleverser une de mes convictions les plus profondes en quelques mots cruels et imparables.
J'en suis sorti épuisé et grandi, comme après un concours. J'avais rencontré un vrai talent, j'étais ivre d'admiration, et je rigolais en pensant aux intellos-queen qui écrivent d'"une encre pailletée" tandis que "les rayons du soleil chatouillent l'écritoire."
Une des lois d'airain de l'homosexualité (à part celle qui veut que, depuis qu'ils sont acceptés, les pédés detestent désormais tout ce qui original, différent, recherché, et n'aiment rien tant que la marque, le signe de reconnaissance, la ressemblance, le même univers et les mêmes codes dans tous les endroits de l'univers), est que celui qui est très maigre peut toujours se faire sauter, il est toujours un bon trou, quelque soit son visage, sa beauté, sa conversation, son âge, la douceur de sa peau ; tu n'as que des os ? on va au lit. Sinon, il faut négocier.
Je ne m'étais pas replongé dans le journal de Sixte puisque aujourd'hui toute critique argumentée est dissoute dans le reproche d'être mauvaise foi, de ressembler à je ne sais qui, etc. ce qui dispense de toute réfutation. J'y remets le nez aujourd'hui (je ne crois pas si bien dire) et je vais encore me faire tapper dessus, alors même que je ne critique que des idées (leur auteur m'est profondément indifférent).
Or donc Sixte nous informe qu' "Il n'y a rien de plus nauséabond que ceux qui prétendent aimer la vie". Vous remarquerez qu'une idée, chez Sixte, cela ne se débat pas, cela ne se contredit pas, cela ne se réfute pas. Non, une idée, cela se renifle. Voilà le nez de Sixte promu au rang d'organe de l'intelligence. Or le verdict de son tarin est sans ambiguïté : prétendre aimer la vie, ça pue. N'ayant pas l'odorat aussi développé, je ne peux pas vraiment me prononcer, et je me contente d'hausser les sourcils en signe d'incompétence.
Cette prétention, outre qu'elle se traduit par une gène olfactive pour votre entourage, serait en outre le signe "d'une platitude confondante, d'un manque d'ambition intellectuel et d'un contentement de l'existant." Bigre. Dans le concert presque unanime de gémissements, pleurnicheries, appels à la pitié publique, victimisation générale, complainte universelle et lamentation assistée par ordinateur qui fait la bande originale du film de nos sociétés occidentales, j'aurais plutôt pensé que c'est l'attitude inverse qui forme l'idée préconçue. Qui n'a pas son malheur, et besoin de son psy ? Qui n'a pas toute les raisons de faire pleurer son voisin, et ne sommes nous pas entrés dans les jeux olympiques du malheur ? puisque tout le monde est malheureux, il faut à présent se distinguer dans le malheur, et entrer dans des distinctions sur la spécificité de tel ou tel malheur, qui donnerait sans contestation possible la médaille d'or à ses victimes.
La vraie originalité, le défi intellectuel, le moment où quelqu'un commence à susciter mon intérêt, c'est bien quand il m'explique pourquoi il faut aimer la vie. Certes pas en niant le malheur, car comment oublier le cri de l'Ecclesiaste, cet ouvrage fameux de la Bible qui ruine tout l'ancien testament : j'aurai le même sort que l'insensé, pourquoi donc ai-je été si sage ? mais je crois bien que l'amour de la vie est proprement l'apport essentiel de l'art, et du génie; point un peu perdu de vue depuis que l'art n'a plus comme vocation, dans nos sociétés, que de fournir des sujets d'articles et de faire vivre des commentateurs. Je n'en dis pas plus, il suffit de relire Schopenhauer, Nietszche, ou plus simplement Maupassant, Baudelaire, que sais-je encore ?
Et d'un point de vue plus personnel, je vais bientôt fêter l'anniversaire de ma relation avec la vie. Et franchement, comme cet auteur, j'ai envie de me mettre à genoux et de la remercier, pour ce qu'elle est, pour ce qu'elle ne cesse de m'apporter.
Je crains surtout que l'amour de la vie ne soit dangereux que pour les mamans psy, en compromettant un fond de commerce bien lucratif. Comme disait mon prof de philo : si vous n'êtes pas convaincu par l'existence, personne ne vous retient.
Diabolito répond à mon précédent post : Le plaisir de communiquer . J'objecte que communiquer, c'est la fonction d'une fibre optique, d'un cable téléphonique, d'une antenne gsm. Eux "communiquent". Mais des êtres humains ? En principe, ils parlent de quelque chose, ils débattent d'une idée, ils causent d'un livre. Quand cela devient intransitif, que l'on parle pour parler, pour occuper le temps, en se fichant 1) de ce qu'on va se dire et 2) d'à qui on le dit, (ce qui est bien le propre du dial), j'ai du mal à voir où est le plaisir, si ce n'est peut-être de s'oublier.
Celui qui ne connaitrait pas les tapettes et se connecterait à un réseau gay en retirerait l'idée, d'une part, que les pédés sont des gens romantiques qui ne prisent rien tant que l'amour unique et la fidélité et, dautre part, que les fiottes ont la même propension que les vieilles filles à vouloir papoter sur tout.
En effet, ce soir, sur tel réseau bien fréquenté, plus des trois quarts des mecs sont en couple pas très libre, ils onttrouvé leur bonheur avec un mec qu'ils adorent et ne viennent sur le réseau que pour dialoguer.
Admettons que ces idées soient vraies (une bonne bouteille de mauvais pinard et vingt minutes de lecture du blog de sixte devraient suffire à baisser suffisamment vos facultés intellectuelles pour obtenir ce résultat). il n'en reste pas moins qu'on se demande bien quel besoin irrépressible pousse tous ces gens qui aiment et sont aimés à venir échanger des heures durant des phrases sans subordonnées avec des mecs inconnus, jamais vus, sans aucune finalité, et à reprendre toujours de zéro la même conversation, les soirs, avec n mecs interchangeables ?
Les blogs sont comme les livres, et comme les mecs. Il y a ceux qui, parce qu'ils vous ont donné un instant de bonheur, vous volent des heures et des heures parce qu'ils sont trop stériles, et qu'ils essaient d'enfouir cette stérilité sous cette barbante "encre pailletée", cette bechamel de mots lourde et périmée; mais vous vous dites que c'est le prix, et qu'après tout, les instants de bonheur valent bien ce prix.
Et puis vous tombez sur ceux dont chaque ligne, chaque idée, chaque notation vous stupéfie et vous convainc; dont chaque page est une surprise, un univers entier, une remise à plat de toutes vos opinions. Vous n'y croyez pas vraiment, alors vous partez à l'aventure, cherchant la page vide, la page de transition, celle qui ne vous nourrit pas, mais vous occupe. Mais vous ne la trouvez pas. C'est une expérience fabuleuse, franchement, de ne plus lacher un blog ou un livre, de le lire et le relire, et de grandir à chaque page, à chaque lecture, et de s'arrêter au bas de chaque paragraphe, un peu incrédule : comment ai-je pu changer autant depuis le début de ce paragraphe ? Pourquoi ces mots vont-ils si loin en moi? Pourquoi ce miracle est permanent ?
Quand on a connu cela, malheureusement, on devient immunodéprimé face à l'ennui, on a perdu tous ses anticorps contre la lourdeur et les demi-talents, et on surréagit sans doute à ce qui est moyen, à ce qui ne tient que par le jargon ou le clinquant, à la rhétorique des pauvres d'idées. Ce n'est pas qu'on n'admire rien, c'est qu'on ne sait plus admirer le rien.
Je parcours par hasard le blog d'un mec. La plus longue de ses contributions devait faire une douzaine de mots et le triple en fautes, avec un pathétique appel à fêter tous ensemble son anniversaire. On se dit que c'est mignon, que ce doit être un tout jeune gay, on maudit un peu le système public d'enseignement qui engloutit des milliards tout en laissant dans cet état de quasi demeuré ceux qui y passent aujourd'hui. Et puis on lit sur la fiche : "jeune gay de 30 ans".
Si un jour vous passez à la maison, prenez le temps de jeter un oeil à la cheminée du salon. Au dessus, vous trouverez une rangée de photos. Prenez celle du milieu, n'ayez pas peur, elle est juste posée. Oui, celle là, avec le fond si sombre. Et maintenant, regardez la quelques instants. Laissez ce moment perdu vous réchauffer, comme il m'a réchauffé pour l'éternité.
Il y a quelques années, je ne me voyais sortir qu'avec ces "minous choupinous" dont parle Nico_paris12. Outre toute la difficulté (apparente) de les approcher, ils me séduisaient par leur peau satinée, leur énergie, l'absence des effets de la vieillesse. Je buvais à leur visage (comme dit le poète) et je me sentais moi même rajeunir.
Aujourd'hui, j'évite toute personne de moins de 24 ans. Et comme, malheureusement, je ne plais guère qu'aux plus jeunes, je dois quand même passer mon temps avec eux. Et faire des efforts surhumains, dans ces moments interminables que je partage avec eux, pour éviter de bailler trop ostensiblement, et maintenir les yeux ouverts. Les pédes sont des gens assommants, il n'y a qu'à parcourir les états d'âmes bloggués de [censuré pour éviter les commentaires] pour s'en convaincre; mais les jeunes pédés sont la chose la plus soporifique de l'univers.
Où sont-ils, les adolescents troubles de nos lectures ? Faut-il croire ce méchant commentateur qui disait que "dans la civilisation de l'avenir, l'âge de l'inquiétude et de la révolte se situera aux alentours de la soixantaine ?" Moi, je crois qu'ils sont tellement angoissés à l'idée de ne pas se faire sauter à la sortir du Vogue Club, Paris ou du Tropic qu'ils finissent par ne plus être bons qu'à cela.
Nouvelle discussion avec Sebastien, aujourd'hui. Il est amoureux de son futur ex et malgré tout ce que j'ai pu lui dire, il me condamne sans appel à ne rester pour lui qu'un partenaire de galipettes (très très X, les galipettes, d'ailleurs). Je ne reverrai donc pas ses yeux turquoises, sa bouche pincée, son sloggy blanc, son pantacourt, son petit air Gaêl Morel dans les roseaux sauvages. A vous qui coucherez avec lui dans les prochaines semaines, transmettez lui mon meilleur souvenir. Je repars, contraint, à l'aventure.
S'il y a une chose à laquelle je crois maintenant profondément, et qui est un acquis de la maturité, c'est l'idée selon laquelle on réussit toujours à obtenir ce que l'on veut. Maintenant que Madonna le chante, cela va devenir un lieu commun: mais c'est pour moi une loi générale, qui s'est toujours vérifiée.
Dernier exemple : ma quête de cet été. J'avais entrepris l'été avec une idée assez précise de ce que je recherchais. Mais comme la vie gay est une vie de compromis, de renoncement, d'approximations, d'accumulation de caricatures de nos désirs (ainsi que je le répète au long de ce blog), j'ai multiplié les contacts/rencontres même lorsque tout montrait qu'il n'y avait guère dans le contacté/rencontré une personnalité suffisante pour motiver la perte de temps que constitue un tchat avec un imbécile. Je vous ai déjà parlé de quelques uns, qui, par une chance insolente, ont bien voulu m'épargner le calvaire d'une relation : J. et son intelligence qui serait remarquable chez quelqu'un d'environ dix ans de moins, qui place sa fierté dans ses abdos, la chose qu'il a le plus souvent sous les yeux tant il aime son nombril; et dans sa capacité à sucer, alors que chacun de ses ex doit hésiter à lui offrir de nouvelles dents; M. dont le blog, le plus génial de GA, a disparu, avec vraisemblablement son génie, le jour où il a trouvé quelqu'un qui puisse l'enculer; M2, le débordé, dont il faut négocier la moindre minute d'attention, et qui est en train de rejouer sans s'en rendre compte le fameux vaudeville gay avec vieux mec collectionneur de jeunes mecs; bref, des histoires qui n'ont pas eu lieu, et heureusement, car elles n'auraient laissé aucun souvenir.
Et voilà que Seb fait irruption dans ma vie, avant le week end, sans prévenir, après une discussion d'une dizaine de minutes, et il me donne la soirée dont je rêvais. Et ce qui est prodigieux, c'est qu'il était conforme à mon rêve dans tous les détails (disponibles sur simple demande, mais par tchat, please, c'est très personnel) jusqu'à la couleur du sous-vêtement ;-)
Et que, pendant ces quelques heures ensemble, il a déroulé toutes les étapes de mon rêve, de sorte que si je n'avais pas son numéro de téléphone, et quelques emballages ouverts au pied du lit, je pourrais me demander si tout cela a bien existé.
Maintenant, si vous avez un Dieu, une foi, un truc, un talent pour la magie noire, faîtes moi plaisir : faites le revenir. Je suis à lui.
Dïner avec une vieille connaissance du net, hier soir. Conversation plaisante, car X maîtrise parfaitement le seul sujet dont il veut bien parler : lui. Il me raconte son boulot, son copain, ses coucheries avec un petit mec rencontré en pleine rue, ses ex qui, tous, l'aiment encore, mais qui sont vraiment trop différents de lui; son malheur de toujours susciter un amour fou chez les jeunes mâles français passant le baccalauréat, ses morpions en train de mourir noyés dans du spraypax. Cela me fait penser à ce que Hugo disait du lit de Louis XIV, à Versailles : "C'est magnifique, et il y a des punaises dedans"
Nous voilà chez moi. Il faut vous rappeler dans quel état j'étais. Quelque génie mystérieux avait exaucé mon rêve d'adolescent, en me faisant rencontrer exactement celui que j'avais désiré si longtemps. La ressemblance était tellement stupéfiante, que je ne savais plus trop où j'étais, et s'il y avait bien quelque chose de réel dans tout cela. la nuit était bien avancée, et je savais qu'elle allait changer ma vie.
Comment réagit-on dans ces cas là? moi, je réagis comme un imbécile. Je proposai à Damien de s'installer dans le grand canapé, tout en lui proposant à boire. J'aurais fait la même chose si cela avait été ma grande tante ou un cousin. P..., romain, c'est ton fantasme, qui est là. Regarde ces yeux, regarde ce visage, regarde ces jambes, regarde ces lèvres. Rappelle toi tout ce qu'il t'a dit de lui. Ton fantasme, crétin.
Après être resté dans la cuisine le plus longtemps possible, il me fallut revenir près de lui. je m'assis, devinez où ? le plus loin possible de lui. Nous commençâmes une conversation anodine, puis il me demanda s'il pouvait fumer chez moi. Je me souviens très bien de la suite : il me dit qu'il n'aimait pas fumer, que les fumeurs ont toujours dans la bouche ce goût si particulier, si insupportable pour les non-fumeurs. Quelqu'un en moi lui répondit : "Je peux goûter ?" et Damien : "Oui".
Ce que nous fîmes alors, je ne vous le raconterai pas. On ne compte pas son argent devant les pauvres comme l'écrit joliment Vallejo. Puisquez vous soupirez, et que nous sommes ici entre nous, je vous livre juste deux trois petites choses qui m'ont marqué : d'abord, ses baisers. Comment un hétéro pouvait embrasser comme cela un autre mec ? Ensuite, le moment que j'ai passé la tête contre son coup, à regarder l'étiquette Quicksilver de sa chemisette; nous étions juste enlacés, nous n'avions encore rien commencé, et je n'avais aucune hâte, j'aurais voulu passer mille ans comme cela, je craignais la suite, que je sois trop troublé pour l'honorer suffisamment. Enfin, euh, comment dire cela ? les trois ou quatre hypothèses que je fis, ma main farfouillant sous son ventre, avant de devoir me rendre à l'évidence : ce que je touchais, malgré des dimensions stupéfiantes, était bien son outil du plaisir.
Nous avons dû quitter le bar vers deux heures, lors de la fermeture légale; il a du éteindre sa cigarette vers les deux heures quarante ; à sept heures, nous songions à dormir enfin, après plusieurs extases. Sommeil de courte durée, puisque je me souviens d'un petit déjeuner très matinal. je le voyais pour la première fois de jour, et je n'en croyais pas mes yeux.
Et c'est là que je commis une des plus grandes bêtises de mon existence, qui faillit me la ruiner, et m'emporter à jamais dans le plus sinistre désespoir.
Stendhal s'excuse, au début de La Chartreuse de Parme d'avoir choisi des personnages au caractère si peu français : "A quoi bon leur donner leur donner la haute moralité et les grâces des caractères français, lesquels aiment l'argent par dessus tout et ne font guère de péchés par haine ou par amour ?".
Relisant cela, je me disais que j'avais l'explication lumineuse de nos passions nationales; de gauche, de droite, il ne s'agit au fond, dans tout débat, que d'une histoire de gros sous. Pour ramener les plus hypocrites à la vérité, citons José Bové et le revenu sacré de ses agriculteurs bedonnants, sans un regard pour les paysans sacrifiés du tiers-monde; olivier besancenot et la défense du service public, pour justifier le maintien de l'exploitation d'Etat au service de privilèges des nouveaux rentiers, au prix d'un chômage de masse ; les syndicats enseignants, hurlant "du pognon pour l'éducation" parce que le gâchis scolaire ne peut évidemment être imputable à tout, sauf aux enseignants , les magistrats réclamant au mépris de l'effondrement avéré de leur charge de travail depuis vingt ans, toujours plus de moyens, 60 millions de personnes eixgeant des subventions, des allocations, de la redistribution toujours à leur profit, dans un pays où il n'y a plus que des backrooms et des violeurs, et plus jamais de crime passionnel.
Mon précédent post était un peu crépusculaire. J'y pleurais des plaisirs et des histoires révolues, sans savoir qu'en les décrivant, c'était mon programme de la soirée que j'écrivais.
Merci au petit et tonique Sebastien pour cette contre-démonstration si agréable.
Je suis brûlé à chaque fois que je lis les récits de coucheries et d'amours entre garçons du temps où les mots homosexuel et gay n'existaient pas. Sachs, Hebert, Fraigneau, Gide, Martin du Gard, et tant d'autres nous ont laissé des témoignages qui nous arrachent d'épouvantables regrets d'être trop jeune, ce qui est quand même un exploit.
En ces temps là, les garçons étaient forts et sauvages; mystérieux et câlins; vigoureux et imprévisibles. Vous vous attiriez leur faveur par un bon mot, de l'esprit, une taquinerie, une promesse de plaisir; les galipettes étaient pleines de joyeuseté et d'alacrité; les plaisirs de la bouche étaient infiniment plus développés, et on s'enculait de manière religieuse, même pour ceux qui préféraient les femmes.
Personne n'était figé dans une identité. Se dire homosexuel, actif, passif, n'aurait eu aucun sens. On ne choisissait pas les gens sur des catalogues illustrés, comme sur les réseaux modernes ; vous n'aviez pas ces produits calibrés comme les fruits d'aujourd'hui, qui vous condamnent à ces mêmes corps de déportés, ces mêmes sourcils de vieille femme, ces mêmes boxers dim.
La séduction reposait sur des qualités qui honorent ou justifient qu'on les cultive, et non sur l'ingestion de créatine, la consommation de masse chez pradaguccidior. Il n'y avait pas ce grand écart permanent, qui vous force à cacher ce pour quoi les non-gays vous admirent et à simuler le garçon coiffeur qui seul recueille aujourd'hui les suffrages.
Il n'y avait pas de partenaires sexuels, de fuck buddy. Il n'y avait que des garçons qui vous hantent, même après l'amour. Et dont le prénom, des générations plus tard, suffit encore à faire dresser la vertu de lecteurs nostalgiques.
Suite à deux demandes laissées sur un post précédent, je vais commencer à vous raconter cet été 1999. On hésite toujours un peu à se lancer là dedans ; grand lecteur de blogs moi-même, combien de fois n'ai-je pas arrêté de lire quand le propos devenait trop personnel, parce que la vie des autres nous est en général profondément étrangère, sauf à ces trop rares moments où elle devient presque un conte. or là, il y a bien un conte. un conte de fées presque. C'est l'histoire de quelqu'un qui va rencontrer son rêve. En langage pédé, cela donne : je vous raconte mon été avec mon pur fantasme, le mec que je croyais avoir construit dans mes nuits solitaires d'adolescents, et qui un jour est entré dans ma vie.
C'étaitdonc l'été 1999. j'étais seul, après une rupture pour un motif très futile. Un peu énervé aussi, j'avais envie de mesures de rétorsions contre mon ex. Cela consistait à jouer à me trouver un mec. Pas vraiment à en rencontrer un, mais me prouver que je pourrais le faire. Je me connecte donc sur quelque chose que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (un minitel) et après des conversations que cette faculté merveilleuse qu'est l'oubli m'empêche de vous détailler, je tombe sur une personne plus séduisante. Reste à savoir ce qu'il pouvait y avoir de séduisant dans ces gros caractères jaunes qu'elle inscrivait sur mon écran.
Nous passons au téléphone. hum. Damien, tout juste dix-huit ans, les yeux bleus, la conversation vive et amusante. Presque voisin, dans le 7eme. Assez vite, il me propose d'aller prendre un verre dans le seul bar du 7eme où l'on peut avoir des érections. Et là, romain négocie. romain est fatigué. romain hésite. romain tergiverse. mais finalement, romain accepte.
Voilà donc romain en retard pour son rendez-vous, qui arrive devant le bar en question. Un petit coup de fil (le portable existait déjà à cette époque, NDLR) reçu de Damien, qui traverse. Comme dirait le bon gustave : Ce fut une apparition .
Quand j'avais seize ans, et que, tout en sortant avec une jeune fille, je rêvais aux garçons, et que je me racontais tous les soirs la même histoire, j'avais donné à mon rêve une apparence. Il serait un peu plus grand que moi; il aurait les cheveux très noirs (n'est pas comme cela qu'Emma Bovary rêve de son fils); il aurait de grands yeux bleus presque turquoises (c'est-à-dire, pas les yeux bleus de monsieur tout le monde); il aurait la peau douce, du charisme, il serait fin, et il m'envelopperait dans son parfum. Bref, me croyant seul au monde dans mon vice, j'avais en fait les goûts d'une midinette.
Et là, paf, je vous le donne en mille : le damien en question était exactement le garçon dont j'avais rêvé (comme dans le poème :
Et maintenant, pour ma récompense,
Sois celui que j'avais rêvé
Qu'est-ce qui se passe dans ces cas là ? Rien. Vous vous asseyez au bar. Vous essayez de maintenir la conversation, et de garder un peu de votre sens de la répartie. En réalité, vous êtes un peu sonné. Alors donc, il existe, votre fantasme. Et en plus, il n'est pas contre coucher avec un garçon. Il a de plus jolies lèvres que dans votre rêve. Il est plus drôle que dans votre rêve. il a les mêmes jambes que dans votre rêve. Tiens, la petite chemisette, cela lui va bien, je ne l'avais rêvé qu'en pull. Ah et dans les rêves, les peaux n'ont pas ce même pouvoir.
Je crois que deux heures ont bien dû s'écouler, comme cela, avec une partie de mon cerveau en pilotage automatique (celle qui soutenait la conversation) et l'autre en plein délire éveillé. Et je me disais : il va y avoir des mecs qui vont un jour caresser ce corps là. Il va y avoir des mecs qui vont baiser cette bouche là. Je n'avais pas de jalousie, car ils seraient nécessairement bien mieux que moi, et on n'a de jalousie que pour des égaux.
Enfin, le serveur est venu me délivrer.
- Je peux vous encaisser, nous fermons
Tout en réglant, je lui demande machinalement ce que nous faisons maintenant. Et là, contre toute attente, je l'entends me dire :
- On va chez toi ?
Je dis oui, et puis je ne dis plus rien. Je me souviens juste de l'éclairage blafard de l'Ecole militaire. je me souviens de la pénombre inquiétante du champ de mars. je me souviens du scintillement de la flèche de la tour eiffel. Et je me souviens que pendant que nous marchions jusqu'à chez moi, je me répétais en boucle : "ce n'est pas possible que cela m'arrive à moi". Et je me souviens m'être dit qu'il fallait que je profite de ces dernières minutes, parce que demain, et pour le restant de mes jours, tout cela ne sera plus qu'un souvenir.
Bon maintenant les mecs, si vous voulez la suite, il faut le dire, parce que je ne vais pas écrire pour moi tout seul ;-)
Le net ne me réussit vraiment pas. Je viens de changer mon "annonce d'accueil" sur un autre réseau, pour le texte suivant :
Tu es bogosse ? bf ? Désolé, on me l'a déjà faite cent fois ici. Si tu étais bogosse, bf voire bg, tu crois vraiment que tu perdrais ton temps sur un réseau de tapettes frustrées ? Mais c'est pas grave d'être un mec normal; un bogosse bf, une fois enculé, on le rappelle plus, on en cherche un autre.
Je vais adopter une démarche marketing grande école de commerce où l'on sait faire des multiplications et des divisions. on va voir si ce texte est plus porteur ou trop segmentant. Dans le précédent, je souhaitais la bienvenue à tout le monde, sauf "si tu es mon voisin du dessus, je t'emmerde et je te pisse à la raie " ce qui m'a valu de belles expressions de solidarité.
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour