Blog négatif (et révolu)

31/05/2005

31/05/05 - 23:48

Top model

Il fallait que nos voisins européens sachent que le débat public en France en est resté au stade anal, euh je veux dire à un état des idées politiques, économiques et sociales correspondant grosso modo aux années 1945 à 1948. Avec notre psychodrame sur la Constitution européenne, c'est chose faite. Alors, pour mes lecteurs non français, je vous confirme qu'en France, la gauche c'est un parti socialiste (rires), un parti communiste (rires), et des mouvements dits d'extrême-gauche, communistes révolutionnaires (rires) et trostkistes (rires). Il y a, pour mémoire, des écologistes, mais personne n'a réussi à en trouver deux d'accord, et ils sont en conclave permanent. Je vous confirme qu'en France, l'ennemi, la bête immonde, la menace absolue, le repoussoir ultime, à gauche comme à droite, comme pendant les années trente, c'est le libéral, et que chez un jeune de 20 ans, on vote non pour éviter la menace libérale. Je vous confirme également que le fin du fin de l'action politique, l'horizon de toute pensée sociale, c'est la défense du modèle français dont on voit mal en quoi il est un modèle, puisqu'il n'a été adopté de fait que par quelques ex-colonies qui en ont gardé un niveau de développement parmi les plus faibles du monde, mais qu'on vous assurer qu'il est bien français.

Au nom de ce modèle, vous êtes assuré que jamais rien ne pourra provoquer un risque de menace de commencement d'ouverture d'une table ronde sur le statut d'un agent d'une entreprise publique, d'un de ses droits officiels ou tacite, même si la modification devait se révéler à son avantage. Vous êtes assuré d'une merveilleuse tolérance du corps social au chômage de masse, à la pauvreté de masse (innovation liée à l'alternance de gauche des années 1980), aux dysfonctionnements des services de base que sont la justice, la santé et l'Ecole, tant que l'on garantit que notre pays pourra conserver ces sept merveilles que sont les grèves préventives ; le racket des cotisations salariales pour le financement des intermittents du spectacle; l'irresponsabilité des magistrats ; les délais de vingt ans de procédure pour un litige civil, le délit d'entrave dès qu'une photocopieuse manque de papier et autres joyeuseté du droit social; les syndicats institués comme représentatifs et rendus omniprésents avec un nombre de syndiqués inférieur au nombre d'acariens dans votre lit ; un niveau moyen de formation de la population parmi les plus faibles du monde occidental, à ce point qu'un économiste a pu calculer que si la population française faisait autant d'études que la population américaine, notre taux de chômage serait voisin du leur ; et je vous laisse trouver la septième, qui peut en contenir des milliers d'autres.

Alors évidemment, l'enjeu du XXIème siècle, ce n'est évidemment pas la résorption de la pauvreté et du chômage en France, la suppression des trappes à exclusion qui en résulteraient, l'amélioration globale du niveau de vie, du niveau d'éducation, de la sécurité juridique et environnementale; non, la priorité c'est de tuer l'hydre libérale, même si nous devons tous en périr. Mais je vous rassure, sur ce point, on peine à trouver quelque chose de libéral en France, qui reste probablement à jamais un pays de petits paysans terriens attachés à la rente et à sa protection.

28/05/2005

28/05/05 - 18:55

Je suis triste et je regrette.

28/05/05 - 18:44

Nothing

Quand viendra le moment de refermer le caveau, ou peut-être plutôt de fermer les yeux à jamais, je sais que je penserai aussi à toutes ces heures que j'ai consumé à ne rien faire, submergé par une absence de volonté, une équivalence de tous les possibles, un goût de déjà vu qui dévalue tout projet. A ces moments si longs pendant lesquels j'ai renoncé à essayer d'obtenir quoi que ce soit, regardant mourir des heures pourtant précieuses.

Mon médecin me dit que ce n'est pas la peine de faire des phrases là-dessus; il y a un mot pour cela, et même des pilules. Je n'aime pas les paradis artificiels, alors je les jette aussitôt arrivé chez moi. Je sais bien que ma volonté reviendra, fatalement; il suffit d'une peau un peu plus belle, d'un sourire un peu plus tendre, et à moi de nouveau les incendies du désir; et si on veut bien de moi, l'anéantissement dans les bras de l'autre. Je préfère le bonheur de ceux que j'aime au mien; je préfère le plaisir de celui que je possède plutôt que le mien et je ne veux me dissoudre dans le vie de celui qui m'aime; et je n'ai construit que pour abriter un autre que moi.

27/05/2005

27/05/05 - 23:22

...

Il y a des crises de l'existence qu'il est impossible de traverser absolument tout seul, et l'expérience, la sensibilité, l'intelligence des meilleurs de ceux qui nous ont précédés est infiniment préférable aux poncifs que vous assènent nombre de vos amis vivants. Aussi, venant de rompre — il faudrait que le mot rompre puisse être comme rouler, à la fois actif et passif, d'ailleurs je n'ai pas rompu, c'est mon couple qui s'est rompu, mais je m'éloigne — venant de rompre, donc, je pense à chercher quelque livre qui pourrait m'aider, dans la grande bibliothèque que j'ai constitué du temps que j'étais malheureux et que j'avais plein de questions.

Helas, je me rend compte que je n'en trouverai aucun, car ils sont tous anciens, et la rupture est une invention récente de l'humanité. Les écrivains que je lis (c'est-à-dire ceux qui sont morts au plus tard le jour de ma naissance, ce qui n'est pas sectaire, finalement) n'en parlent pas, car ils ne connaissent pas. L'amour, oui. Aimer qui ne vous aime pas, oui. Mais ne plus aimer ? ne plus être aimé ? Il y a l'éternité dans l'amour de ce temps là, l'éternité que même la vie ne vous promet pas. Ce qui s'interrompt, ce qui se corrompt, ce qui se rompt, c'est autre chose : le badinage, la bagatelle, la possession. La répudiation n'est pas une rupture, car le mariage n'est pas l'amour, il faut des pédés pour le croire. On pourrait remplir la très grande bibliothèque, comme disent les français avec une boursouflure qui désopile, avec des romans anciens où le drame, c'est qu'on ne trouve pas l'amour, qu'on ne parvient pas à l'établir ; mais comment imaginer, ou raconter de manière vraisemblable, qu'on puisse le perdre, alors qu'on l'a trouvé ?

En cherchant bien, cependant, je trouve dans un livre des années cinquante, cette phrase toute simple : seule la mort a le droit de nous séparer de ceux qu'on aime. Mais maintenant que tout le monde rompt, peut-être que seule la mort réunit à jnamais ceux qui s'aiment.

26/05/2005

26/05/05 - 19:39

Facile

Vous venez de perdre des heures que personne ne vous rendra jamais, devant un film français d'auteur (le singulier est mérité, car c'est la même personne, le plus souvent, qui signe à la fois le scénario, la mise en scène, et qui assure le rôle principal), où forcément il y a une pute, une scène de miction, des couleurs invraisemblables et une maîtrise de la caméra proche de celle de votre petit cousin ;

Ou devant une pièce d'auteur (le singulier est mérité, car le plus souvent, il n'y a qu'une seule personne sur scène, qui n'est pas l'auteur car elle a repris les textes d'un autre qui n'avaient pas été prévus pour la scène, mais elle a cependant inscrit en lettres énormes son nom sur l'affiche, de sorte qu'elle s'en reconnaît en réalité la paternité) où, forcément, vous avez baillé en vous demandant pourquoi le théâtre contemporain exigeait tellement de cris, d'exagération, de postillons et de nudité ;

Ou encore, vous venez de terminer la lecture d'une fiction d'auteur contemporain (le singulier est mérité, car le plus souvent il n'y a qu'une seule personne qui confond l'auteur et le personnage, et bien souvent une seule idée et finalement, un même livre qui recommence sans cesse) et vous avez lutté contre une incompréhensible narcolepsie devant tant de trouvailles de style par l'abandon simultané de la ponctuation, des verbes du deuxième et troisième groupe, des propositions subordonnées conjonctives et des pronoms personnels de la deuxième et troisième personne,

Et on vous demande d'en dire deux ou trois mots intelligents ?

Je vous propose la solution unaniment adoptée par les critiques professionnels français afin de ne pas froisser un ex, un hôte, un patron ou un ami de vacances : vous parlerez d'une oeuvre exigeante, qui traite sans complaisance un sujet difficile en adoptant un point de vue très personnel, avec de vraies inventions formelles.

26/05/05 - 17:55

Un message de Marcel



"La beauté, en étant particulière, multiplie les possibilités de bonheur. Chaque être est comme un idéal encore inconnu qui s'offre à nous. Et de voir passer un visage désirable que nous ne connaissions pas nous ouvre de nouvelles vies que nous désirons vivre. Ils disparaissent au coin de la rue, mais nous espérons les revoir, nous restons avec l'idée qu'il y a bien plus de vies que nous ne pensions à vivre, et cela donne plus de valeur à notre personne. Un nouveau visage qui a passé, c'est comme le charme d'un nouveau pays qui s'est révélé à nous par un livre. Nous lisons son nom, le train va partir. Qu'importe si nous ne partons pas, nous savons qu'il existe, nous avons une raison de plus pour vivre."

Contre Sainte-Beuve

25/05/2005

25/05/05 - 23:53

OUI

Il y a plein de bonnes objections à faire au traité qu'on soumet à nos suffrages dans quelques jours ; mais au moment de choisir, force est de constater que le non est absolument intenable. On peut toujours faire l'esprit fier, jouer la dramatisation ou l'élan des peuples, il n'en reste pas moins qu'au bout du non, il n'y a rien. Parce que c'est chez les partisans du non que le fameux plan B fait défaut, et qu'on les imagine mal s'entendre autour d'une table sur autre chose que les trois lettres qu'ils scandent avec satisfaction depuis quelques semaines.

Si le non l'emporte, au lieu de l'élan populaire qu'on nous promet, on verra la France transformée en assemblée de copropriétaires aigris, défendant qui son balcon, qui son store vénitien, qui son antenne parabolique. Comment espérer rallier d'autres européens à cette cacophonie, alors que le débat français est déjà inaudible chez nos voisins ?
Comment voter non, alors que le débat n'a en réalité eu comme seul effet, pour le moment, que de ramener à la vie des fantômes que l'on croyait conjurés, toute cette réaction anti-libérale de gauche ou de droite qui a meurtri le vingtième siècle et n'a su proposer qu'une société de camps ou de caserne ; de blanchir des idéologies usées qui essayent de dissimuler leur réfutation sous le lyrisme messianique d'une vieille fille bigote; et, enfin, de fédérer des minoritaires dans de stimulants groupes de parole pour aigris de tout ?
Alors, malgré les défauts du traité, malgré les échecs de l'Europe, et parce qu'il y aura un 30 mai et un mois de juin, je voterai oui le 29 mai.

23/05/2005

23/05/05 - 21:44

Je l'ai trompée.

C'est hier matin que j'ai craqué. Elle avait fini par me lasser, avec ses mêmes histoires sans intérêt, tournant sans cesse autour d'elle et de ses petits problèmes quotidiens minuscules. Elle n'a plus aucune ambition; elle ne vit que dans le ressassement infini des mêmes pauvres idées. Elle n'a plus comme originalité que le refus de se faire belle pour plaire à mes sens.
Je l'ai trompée, presque trois heures durant. Trois heures où la seule chose que je puisse reprocher à ma maîtresse, ce sont des mots un peu bêtes. Pour le reste, quel feu d'artifice ! Quel paradis pour mes sens, quelle splendeur pour mes yeux embués ; nous avons fait l'amour, nous avons pleuré un monde qui s'achève, nous avons souffert des malheurs sublimes.
Et je n'ai aucun regret. Oh, je crois bien que je vais recommencer à te tromper, ma pauvre Exception-Culturelle. Eh oui, comme dirait ma maîtresse, Sith Happens.

21/05/2005

21/05/05 - 20:24

En lisant (I)

Je veux un trésor qui les contient tous,
Je veux la jeunesse

Faust à Satan

21/05/05 - 17:46

Que vaut votre vie sexuelle ?

Il ne s'agit pas là du dossier du numéro spécial été de TETU ou de Femme actuelle (dont les sommaires sont étrangement semblables, ce qui accréditerait l'idée que la différence des sexes est inexistante). Il s'agit d'une évaluation très sérieuse, que j'ai trouvé dans une décision de justice récente (d'une cour d'appel, c'est plus classe). Le préjudice lié à l'incapacité physiologique de s'adonner aux joies du sexe, associée avec le maintien du désir sexuel, le tout attesté par un expert près les tribunaux dont le métier n'est pas le plus déplaisant du monde, a été évalué par nos bien aimés magistrats du siège à 15 000 euros et des broutilles (on se demande à quoi correspondent les broutilles), pour quelqu'un du même âge que moi. Voilà, ce qui me reste à vivre d'orgasmes et de positions, d'éjaculations et de fellations (j'empile les mots pour amplifier mon référencement et décevoir ceux qui seront venus ici par moteurs de recherche), cela [ne] vaut [que] 15 000 euros (100 000 francs). Je cherche un matheux pour déterminer la valeur judiciaire unitaire d'un plan cul, et je relève que ce qui donne le prix à un orgasme, c'est qu'on l'ait subi contre sa volonté, car le dédommagement pour un rapport non consenti est incroyablement plus élevé.

19/05/2005

19/05/05 - 20:24

Le grand soir

Je suis le dernier communiste.

Qui d'autre que moi répète qu'en matière intellectuelle, la propriété, c'est le vol; qu'il faut en finir avec le grand capital de la production audiovisuelle, et arrêter la justice bourgeoise qui prend les intérêts de quelques patrons pour l'intérêt général ? Ce discours est devenu inaudible, et les clercs (lisez, les intellectuels) au prix d'une nouvelle trahison, sont venus légitimer ce capitalisme insupportable et inéfficient.

Des groupuscules sectaires qui s'appellent associations d'artistes se chargent de prélever partout une rente indue qui, après l'inévitable évaporation au profit de quelques oligarques qui les contrôlent , arrosent d'un profit injustifiable quelques happy fews. Vous organisez un mariage ? Vous payez. Vous achetez un disque optique vierge ? Vous payez. Vous achetez un disque dur, et bientôt tout ce qui peut contenir un fichier numérique ? Vous payez. Je crois qu'ils ne se sont pas encore rendus compte que votre bouche pouvait reproduire illégalement, dans un sifflement matinal, une mélopée déposée. On attend une redevance buccale qui permettrait à nos auteurs compositeurs de se voir justement rétribués pour cette utilisation trop libre de leur travail.

Il faudrait que l'on raconte un jour le travail fabuleux de désinformation qui a pu faire passer ce comportement de racket pour un acte de gauche, une défense de la musique et de la survie de l'exception culturelle. La musique, et toutes les autres activités créatrices, ont vécu des siècles sans droits de propriété intellectuelle, et je ne sache pas que les cent dernières années — celles qui ont vu la mise en place de ce dispositif de droits — ont éclipsé par leur fertilité les milliers précédentes, qui étaient libres. L'existence de droits de propriété intellectuelle est intenable, que l'on soit communiste ou libéral. Il ne s'agit guère de protéger la création ; il s'agit de figer dans l'éternité des rentes de situation, acquises à un instant donné de développement des techniques, où le disque, remplaçant le concert, a objectivé la musique et l'a faite entrer dans la marchandisation. Mais puisque le disque est devenu inutile, grâce à internet, les maisons de disque le sont également devenues : rien ne justifie leur survie, ni le maintien de leurs rémunérations. Soyons francs : les millions gagnés par les stars du disque correspondaient à un temps qui a disparu, et le plus grand bienfait du capitalisme consiste précisément, grâce au progrès technique, de sans cesse renverser des rentiers toujours plus affamés et exigeants.

Que deviennent les artistes, gémissent tous les français amoureux de musique ? Faudra-t-il organiser une collecte publique, pour maintenir le train de vie de Jean-jacques Goldmann ou Mylène Farmer ? Instaurer un RMC, revenu minimum de chanteur, à 1 million d'euros par an ? Eh bien, il leur restera bien assez avec les concerts, les ventes régulières de disques, pour vivre de leur musique.

19/05/05 - 15:03

La passion de n'être rien

Au moment où le débat sur la réponse au référendum du 29 mai s'est fossilisé sur la question de savoir si oui ou non l'Europe est à même de défendre la fabrication française de chaussette contre le péril chinois (sans doute, là encore, au nom de la fameuse exception culturelle : que deviendra la France si les français ont les pieds qui sentent dans des tissus est-asiatiques ?), je prétends que la question a une génération de retard, car je ne connais plus un seul choupinou (terme consacré ici pour désigner quelqu'un qui n'a pas encore complétement échappé à l'acné et aux pollutions nocturnes), plus un seul choupinou, tappais-je, qui ne désire devenir une star, de sorte que la chaussette française risque de périr bientôt faute de bras (ce qui est quand même paradoxal).

Voilà un de mes choupinous de msn qui m'implore une séance de photos pour le book qui le propulsera vers la célébrité, et nous avons tous dans l'oeil les images de ces files d'attente pour le casting de ce produit frais très périssable qu'est une nouvelle star. huuu. Les héros des français sont les acteurs, les chanteurs et les mannequins. Qu'y a-t-il de commun entre tous ces gens là ? C'est qu'ils ont choisi, comme vie, de ne plus être rien. Un acteur dit le texte d'un autre, obéit aux consignes d'un autre ; le mannequin est un être qui ne parle pas, qui n'a aucune personnalité propre, qui n'excite que pour autant que le suivant du défilé n'est pas encore apparu; enfin, le chanteur nous charme avec des choses qui ne sont pas de lui.

Nous ne les rencontrons jamais, ils ne seront jamais rien pour nous, et nous comprenons ainsi pourquoi nous n'avons jamais, avec eux, qu'au mieux envie de les baiser. Leur pouvoir, grand, d'être entendu, à quoi l'utilisent-ils ? à nous dire que si, des culs, ils en ont eu, c'est quand même le Q.I. qui leur a plu (je cite). Jamais un mot plus haut que l'autre (d'ailleurs, jamais plus d'une dizaine de mots par intervention, ils ont retenu de leur cours de français que notre littérature repose sur la litote); les plus téméraires osent se laisser pousser les cheveux ou la barbe. Leur goût d'être un produit de grande consommation est aussi fort que celui de ressembler à leur voisin; et, enfin devenus des objets, ils partagent la plénitude existentielle d'un karaoké electronique (note aux puissances de l'au delà : si je dois aussi me transformer en objet, puis choisir la selle d'un vélo de garçon ?)

Voilà une passion française, celle de n'être rien. Nous sommes les meilleurs du monde pour cela.

12/05/2005

12/05/05 - 21:45

Culte

Ils ont la peau pas très nette. Ils ont la nuque pas très nette, le pantalon pas très net, les ongles pas toujours très nets, les idées pas très nettes, les nuits pas très nettes. Et pourtant, ce sont les dieux que je vénère.

07/05/2005

07/05/05 - 12:29

éloge des bisous

Pour beaucoup de pédés, je pense, le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué. Contrairement à nos amis hétéros-dominants-normatifs, le début de notre vie sentimentale coïncide avec le début de notre vie sexuelle. Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme. N'ayant jamais connu que des package 3 en 1, j'embrasse, je suce, j'encule, toute prestation partielle leur paraît insuffisante. "Et tu l'as niqué ?" est la question qui vient immédiatement quand on raconte une rencontre, et je parie que vous faites défiler rapidement toutes les histoires de blog jusqu'au moment où l'on se prend.

Evidemment, je suis comme tout le monde. Mais j'ai parfois comme un regret de n'avoir pas connu avec les garçons les joies vives de mes flirts avec des jeunes filles. Le rapport sexuel entre deux mecs n'a aucun intérêt, sauf pour les deux mecs en question. En revanche, deux mecs qui s'embrassent, il y a là pour moi comme une distorsion de l'univers (pour parler comme dans Star Trek), une grande perturbation de la Force (pour parler comme après le 18 mai) ou un événement (pour parler comme un commentateur sportif lorsque la France arrive seconde dans un match de football). La meilleure preuve, c'est que je tiens qu'il est toujours possible, avec un peu d'astuce et de chance, de coucher avec un mec hétéro; mais lui rouler un patin, c'est un bonheur qui ne vous sera donné que par miracle.

De là que certains de mes souvenirs les plus merveilleux sont ceux de simples bisous. Le bisou de Nicolas, qui m'avait tourné la tête, à la Nuit de XXXX, lorsque sa copine me l'avait présenté. J'avais murmuré un presque inaudible : "est-ce que tu te mets à genoux tous les matins, femme de peu de foi, pour remercier le seigneur qui t'a fait le don d'une telle créature ?" et j'aurais dû passer une nuit de souffrance, si mon amie M. ne m'avait pas entraîné dans une virvoltante alacrité. Et la chaleur, les lumières, l'ambiance, les corps, la musique, l'énergie ont fini par me transformer en quelqu'un à qui on ne resiste pas, et je me souviens ou je rêve d'avoir alors attrappé Nicolas dans une danse presque nuptiale, à laquelle il s'est prêté de bon coeur, sans doute pour me ravir l'attention des jeunes filles. Jeunes filles bientôt oubliées, comme le petit millier de personnes qui s'amusaient contre nous. Il n'y avait plus que les yeux de Nicolas, le visage de Nicolas, la bouche de Nicolas, le corps de Nicolas. Et pour le final, nos deux visages face à face qui se touchaient presque, et cet acte insensé qui m'a fait l'embrasser et lui de ne pas me le refuser. Et la bousculade, aussitôt après , provoquée par sa copine pour nous séparer. Et ce millième de seconde d'hésitation, avant, pendant lequel vous pesez si lentement le pour et le contre; les risques, la révélation à votre école et à tous vos amis, le regard des autres à jamais, la possibilité d'un refus, d'une honte, la dissolution de toute votre personnalité chez les autres sous la simple qualité de pédé, et tout cela n'étant rien contre un baiser dont vous savez bien que vous l'aurez à jamais sur vos lèvres.

Heureusement, nous n'avons pas eu le temps d'épiloguer, ni de discuter, car au moment du retour sur terre (sous terre, en l'espèce), l'organisateur de la soirée a très opportunément choisi de lancer le défilé de tendrons en maillots de bain, parmi lesquelles une de nos camarades. Nous avons donc pu reprendre nos esprits devant ce spectacle rare. J'avais sa nuque devant moi et je ne pourrai vous écrire ce que cela produisait en moi. Je me suis approché, un tout petit peu, et j'ai posé ma tête sur son épaule, de sorte que nous avons regardé ensemble le défilé nos deux joues comme siamoises. Je m'arrête là, car c'est sans doute un de mes souvenirs les plus violents, et je ne veux pas me montrer si sensible devant vous (et vous retenir plus longtemps sans un bon coup de bite à vous raconter, sa copine y a veillé).

Il y a quelques semaines. M., au téléphone : "
—Tu sais que j'ai retrouvé une photo de la nuit XXX ?
— (moi) Nooon ? une photo avec nous dessus ?
— Oui, le photographe du défilé me l'avait offerte peu de temps après.
— Et, euh, il n'y a que nous dessus, ou les autres aussi ?
(une seconde interminable)
— Oui, il y a aussi l'autre cake qui t'a dragué toute la nuit.

05/05/2005

05/05/05 - 18:08

Le roi est nu

Le débat sur la Constitution européenne nous aura apporté des frissons dont on ne sait pas très bien s'ils sont d'hilarité ou de desespoir. Ce sont ceux que nous avons ressenti, chaque fois que nous avons vu un européen non français, convié à l'un des débats télévisés, ouvrir une bouche immense et des yeux incrédules devant la teneur des arguments échangés. Des hommes politiques, dont certains ont été ministres, s'échignant à démontrer que la Constitution n'est pas libérale, ou au contraire qu'elle l'est trop, comme si c'était un si vilain mot ; fondant le criterium absolu sur la compatibilité avec nos services publics, qui sont les meilleurs du monde en jours de grêve et en inefficacité coûteuse, jamais en bénéfice pour les usagers (ce qui explique qu'ils n'ont jamais été exportés, à part dans deux ou trois ex-colonies dont le recul économique est navrant); et sur d'autres alternatives dont les autres pays sont si heureux d'être à jamais débarassés.

Il est un fait que l'insertion dans le libre échange est le plus puissant des moteurs de développement ; que le libéralisme est un rêve de gauche, car il accroît considérablement les richesses disponibles par individu et a réduit massivement les inégalités sociales depuis la révolution industrielle ; qu'il ne s'effondrera pas, car il n'est nulle part (peut-on parler de "libre jeu des marchés" quand près de la moitié de la richesse nationale est redistribuée); que la disparition d'emplois, que ce soit des emplois de fonctionnaires, d'ouvriers ou d'agriculteurs, n'est pas nécessairement mauvaise, car il y a un processus de destruction créatrice à l'oeuvre, grâce à la croissance de la productivité (et non de la concurrence des pays à bas salaires) qui permet de créer de nouveaux emplois là où il y a de nouveaux besoins tout en augmentant la richesse disponible totale; que s'il y a un problème de croissance et d'emploi en France, c'est un problème avant tout français ; qu'avec un tel taux de prélèvement obligatoire, il est parfaitement concevable de supprimer la pauvreté, et que si cela n'est pas le cas, c'est sans doute qu'il y a un problème non de ressources, mais de choix de dépenses; que défendre l'implantation de la poste dans un village d'une cinquantaine d'habitants, c'est brûler des ressources inutiles là où l'on aurait pu les employer bien plus utilement.

Il faudrait que, comme dans le conte, un enfant vienne dire ce que plus personne n'ose voir, que le Roi est nu, que les vieux raisonnements ont été démentis, que les vieilles idoles sont tombées car elles étaient muettes et trompeuses; que la seule éthique valable, pour un homme politique, c'est celle de l'efficacité, et non celle de la conviction; et que l'on a commis tant de crimes, ruiné tant de pays, fait crever de faim et de morbidité tant de peuples parce qu'on s'est contenté de lever des drapeaux rouges et de déclamer des formules qu'on n'a jamais vérifié, que l'on ferait mieux d'aller tous voir ailleurs ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui se fait, plutôt que se fonder sur la sinistre indifférence aux autres et aux faits que permet la nostalgie des idéologies.

 

Résumé des épisodes précédents

...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008


J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau. Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007


Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006


Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre

11 février


Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues. 21 janvier 2006


Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006


La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes. 12 novembre 2005


des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre. 29 octobre 2005


Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance. 16 octobre 2005


Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005


…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005


Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort 21 avril


La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005


Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.
18 février 2005


Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération. 12 novembre 2004


Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004


Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004


Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004


Ils n'aiment pas

Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage Sorty

C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur
Elizabethtessier

Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk

Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie.
Ma Josiane d'amour

Ce qu'on peut lire comme conneries....
Ronans

Et vive les donneurs de leçon
Fantin