Blog négatif (et révolu)

31/08/2005

31/08/05 - 22:05

Il est bien établi depuis quelques siècles qu'en France, on ne lit guère que pour pouvoir en parler. La littérature n'est jamais un besoin personnel, c'est un besoin social — de sorte que l'on préfère infiniment lire les commentateurs, les résumés, les critiques, les introductions que les oeuvres elles-mêmes. D'ailleurs, ne vous risquez jamais à des lectures de première main : vous en reviendrez incapable de parler à vos compatriotes, car ce qu'on dit d'un roman ou d'un auteur est le plus souvent l'exact opposé de ce qu'on peut y lire. Lors de la sortie des Particules élémentaires, j'avoue avoir donné dans le panneau : répêtant à l'envi ce qui se disait sur Houellebecq, j'en avais déduis toute une série de jugements aussi définitifs que ceux que l'on lit aujourd'hui. Que n'en suis-je resté là ! Je n'aurais que des amis. Mais j'ai, plus tard, pris le livre, et je l'ai lu. Patatras: ce que je lisais était l'exact contraire de ce que l'on m'avait mis dans la tête. Il y a bien quelques fortes têtes qui osaient, dans les contreverses, dire ce qui se trouvait dans ce livre, mais on les prenait pour des amoureux du contre pied, de la contradiction, quand ils ne faisaient que dire l'évidence. Mais comme il ne faut pas se couper de la majorité de ceux qui ont fait des études supérieures littéraires, nous répéterons donc que Nietzsche est un nihiliste, que Balzac est un réaliste, que Proust a inventé la madeleine, ou que Houellebecq est obsédé de la branlette.

31/08/05 - 21:08

Retour de vacances (I)

Entre un hétéro beauf et un homo beauf, je préfère de loin le premier. Si tous deux ne sont vraiment pas baisables, l'hétéro beauf a au moins l'élégance d'avoir un fils qui l'est merveilleusement.

31/08/05 - 21:06

N'empêche que

Si je meurs demain, je sais bien que c'est lui que j'appelerai, et je sais aussi qu'il ne sera pas là pour me tenir la main dans ce moment pénible, ni pour, ensuite, fermer les yeux de mon cadavre.

23/08/2005

23/08/05 - 22:44

Ce qui a commencé doit finir

J'arrive à un point où il m'est devenu impossible de me battre pour obtenir un garçon, et impossible également de me battre pour le conserver. Ma douloureuse rupture, presque aussi longue que la grande guerre, ne m'a laissé en vie que parce que j'ai admis que jamais ne reviennent ceux qui nous laissent — pour vous expliquer ma seconde affirmation. Et pour la première, euh, je crois qu'en fait je n'ai pas assez confiance en mon goût pour lui sacrifier mon énergie. Bon, et alors, en quoi suis-je bon, moi qui ne dit, comme un autre, ne savoir qu'aimer ? Eh bien, en dehors des extrémités de l'amour, les commencements comme la fin, je suis vraiment bien, je pense. Quand mes mecs me prenaient d'assaut, je n'étais que resistance et inertie. Quand mes mecs me laissaient, repus, je n'étais qu'une pauvre ombre. Mais qu'ils viennent donc témoigner ici de ce que je sais faire entre les deux.

23/08/05 - 22:30

Mot d'ordre pour la rentrée

Premiers mots de la première Lettre à Lucilius, dans la bonne traduction.

23/08/05 - 22:28

Redistribbution sociale

Notre société serait plus juste si mes voisins du dessus étaient vos voisins du dessus.

21/08/2005

21/08/05 - 14:26

A l'ombre du Z.

J'ai l'impression que nous sommes divorcés tous les deux, alors même que nous n'avons jamais été ensemble. Je connais assez bien les divorces, j'en vis un depuis un mois, sans compter celui qui fait le fond de ma vie depuis trois ans ; et c'est bien là avec Z. la même mélasse d'envie, de détestation, de mépris, d'amour résiduel, de désir brimé, de jalousie, de manoeuvres, de liquidation judiciaire, de nostalgie, de rêves éveillés, de tentation, de refus, d'attente, de nouveau-mec-avec-lequel-tout-va-pour-le-mieux.

Après notre rendez-vous raté des journées du patrimoine, il y a eu quelques mois pendant lesquels sa seule réponse était : loin de toi. Plût à qui joue avec nos vies qu'il restât toujours loin de moi (quelqu'un peut m'aider pour la concordance des temps, pleaaaaaaase). Mais visiter ensemble le Panthéon, ce n'est pas précisément rester loin de moi. Me donner assez de lui pour que mon imagination puisse donner à cette histoire qui n'a qu'une fin un début rêvé (il faudra que je vous le raconte, d'ailleurs), ce n'est pas exactement rester loin de moi.

C'est assez troublant, cette situation : car, finalement, qu'ai-je de plus, aujourd'hui, de ceux dont j'ai divorcé après les avoir eus, que de lui, avec lequel je suis séparé sans avoir jamais l'avoir eu ? (j'adorerais une suggestion pour rendre cette phrase plus claire). A treize/quatorze ans, je souhaitais plus que tout pouvoir un jour rappeler des souvenirs ardents plutôt que de fabriquer de fantasmer des histoires sophistiquées; pouvoir lire tranquillement certaines de mes pages préférées en pensant : ça aussi, je l'ai connu. Tout le fond de la philosophie épicurienne est là : il suffit d'avoir connu, une fois dans sa vie, le bonheur, pour pouvoir resister à jamais au malheur. Mais au temps d'affliction, que m'importe d'avoir été au paradis si souvent ? Et quand il me dit non, que m'importe qu'il m'ait déjà dit oui ?

Aussi, ceux qu'on n'a pas eus sont comme ceux qu'on n'a plus ; et le souvenir des bouches qu'on a baisées, si on ne peut plus les toucher maintenant, n'est rien de plus que le rêve de sa bouche. Et je peux donc bien ranger mes ratages exquis avec mes ex, et leur accorder la même tendresse énervée.



14/08/2005

14/08/05 - 23:03

Souvenir

C'était en 19XX. Je venais d'avoir quatorze ans, je n'avais pas encore été troublé par le slip noir d'Adrien (ceux qui sont des lecteurs assidus connaissent l'histoire). Peu après 22 heures, je crois, on sonna, ce qui me surpris — et ma mère de hurler que c'est pour moi, ce qui m'inquiéta. Je descendis pour trouver devant la porte K. et B., deux jeunes filles qui venaient de rejoindre notre classe. K., mi-française, mi-américaine, nous intimidait par sa sophistication de femme — elle avait tellement plus vécu que nous, pensez, elle avait vécu à New York. Elle cachait dans une boîte à chaussure tabernacle des effets de Madonna, oubliés chez son père par celle qui n'était encore qu'une choriste effrontée lors de son passage à Paris. Elle habitait dans une maison pas très loin de celle de mes parents, où se tenaient souvent des fêtes fameuses. B., mi-française mi-anglaise, était la discrétion même; on ne savait trop qu'en penser, elle n'était même pas détestable. K. m'invitait donc au cocktail du soir ; j'étais un peu surpris, mais j'avais encore la vanité qui l'emportait sur la paresse, et j'acceptai avec un air désabusé et un regard de mâle triomphant. Nous fîmes les quelques mètres qui séparaient les deux maisons bras-dessus, bras dessous.

Je fis ce soir là mon entrée dans le monde, au bras de deux blondes. Les femmes portaient des robes du soir et des mèches colorées; on buvait du champagne et on riait fort; on se succédait au piano et beaucoup ne parlaient pas français. Un grand canapé nous accueillit, moi et mes deux compagnes; je compris vite que je n'avais pas été selectionné pour ma conversation. Elles me câlinaient, elles me chatouillaient, elles me pinçaient — mais bientôt K. fut appelée, et nous laissa. Je restai avec B., la tête sur son épaule, ses longs cheveux qui faisaient une boucle autour de mon cou — comme si nous sortions ensemble, mais c'était encore un jeu où nous savions que le premier qui succomberait serait le perdant.

Je rentrai chez moi très tard. J'avais senti pour la première fois de ma vie ce que c'est que d'être avec quelqu'un.

Le lendemain matin, B. était morte.

14/08/05 - 15:48

Au commencement

Moi : je te ferais bien un bisou dans le cou, mais cela ferait pédé...
Lui : oh, si peu
Moi : Sur les lèvres, alors ?

14/08/05 - 14:34

Spidermen

Les fils qui nous relient à ceux qu'on a aimés (*) sont très ténus. Certes, il y en a souvent beaucoup, on en tisse au fur et à mesure, on finit par être surpris d'en avoir tant qui nous retiennent. Il m'en restait un avec lui, plus épais que les autres, que j'avais scrupuleusement protégé de toute atteinte. Il vient, à mon grand soulagement, de le trancher. Un mensonge, une ommission, une nuit ou deux, cela suffit. Bientôt septembre, heureusement.

(*) Grâce à la vigilance de M. Népomucène, je corrige l'oubli de l'accord, qui violait la grammaire et trahissait le fait que, derrière cette prétendue règle générale, il n'y avait qu'un seul cas douloureux.

12/08/2005

12/08/05 - 22:20

Concours de la blague la plus courte.


"Gay Games"


hi hi hi hi

12/08/05 - 19:08

Assistance technique

Quelqu'un sait pourquoi, lorsque j'essaye d'importe sur typepad le fichier d'export de blog produit par GA, j'obtiens une erreur disant que certaines notes n'ont aucune date, ce qui annule l'importation ?

12/08/05 - 10:51

Jetlag

Il m'invite à minuit ; je rêve de le voir sous le soleil du matin.

12/08/05 - 10:45

Comparaison

Netromain vu par Elizabethtessier : cliquez ici — et, quelques jours avant, Elizabethtessier vue par Netromain : cliquez là.

11/08/2005

11/08/05 - 22:54

Ouh, la honteuse

— Tu sais, je ne t'ai jamais vu avec une femme…
J'aurais aimé soupirer, mais enfin, c'est ma mère, quand même. Ou lui objecter que mon père utilise un constat inverse pour parvenir à la même conclusion (Netromain, tu as trop de femmes autour de toi ), mais elle m'aurait encore traité de beau parleur. Je me suis contenté de profiter d'un chahut du chien pour l'attirer sur un sujet de conversation plus paisible.

Elle ne voulait pas me coincer pourtant. Je pense qu'elle souhaitait simplement me soulager de ma détresse, ou du moins la partager.

Le problème est que cette conclusion qu'elle n'a pas formulé, je n'en étais pas du tout fier. Au temps de mon adolescence, j'avais transformé ce goût en une élection : puisque je n'étais pas comme les autres, j'étais donc meilleur. La lecture de qui vous savez m'avait conforté dans une sorte d'héroïsme viril, qui n'entendait pas sacrifier au destin de l'espèce, et qui voyait dans l'orgasme à deux garçons un pied de nez hautain à l'univers. J'encule parce que c'est absurde, quoi. Deux amis qui s'aiment, s'embrassent et se donnent du plaisir, c'était beau comme une tragédie classique ou une bande dessinée de l'école belge. Voyez quelle sorte d'idiot j'étais alors.

Aujourd'hui, je peine à voir l'intérêt d'être pédé (même si j'y prends évidemment beaucoup de plaisir). Avec un pédé, tout est en option : le cerveau est en option, la tendresse est en option, la peau douce est en option. Avec une nana, au moins, tous ces équipements sont livrés de série. Et qu'on ne me dise pas qu'il suffit de prendre toutes ces options : elles ne sont jamais disponibles en stock.

Oh, je ne devrais pas me plaindre ainsi, car j'ai eu le meilleur, je crois. De sublimes balades de cinq ans, de deux mois ou de deux heures. Chacune formant un chapitre exquis dans sa composition, ses personnages, ses retournements et ses paysages. Oui, mais aucun qui se suive, et rien pour les relier. Et chacune de ces balades ne menant qu'à un mur ou à un trou.

Dans le temps qui me reste, plaise à Dieu de me faire connaître encore de telles balades, avant de finir calciné dans un crématorium, puisqu'à quoi bon enterrer ceux qui ne seront jamais ancêtres ?

09/08/2005

09/08/05 - 02:10

Iconoclastes

J'ai mis à la poubelle ses photos — il a détruit en lui mon image.

09/08/05 - 01:26

Crépuscule

Helas, il fallait que cela arrive. Voilà que les demi-mondaines de GA ne se contentent plus de se flatter entre elles dans cette vase close, et de se répéter avec force smiley, qu'elles sont bien sages, bien morales, dans un monde qui est devenu si rude et si libéral (un évanouissement dans l'assistance); il faut maintenant qu'elles aillent faire couler leur sirop trop sucré sur mon blog préféré (pas le mien, l'autre), au risque de l'emasculer. Si jeune, aura-t-il des anticorps contre la guimauve, la mièvrerie, la pompe déclamatoire et le clin d'oeil entendu sur un rien, qui ont submergé presque tout GA aujourd'hui ? Pourra-t-il éviter de prendre cette horrible odeur de vieux et de renfermé, quand il sera recouvert de préciosités nonobstantes et conchiantes, et de ces apophtegmes qui sentent le vieux bistrot ? Pourra-t-il écrire autre chose que ses repas de la veille et ses projets d'achats de chaussure du lendemain, quand il sera commenté par son homonyme ?

08/08/2005

08/08/05 - 21:30

Exception culturelle

Mon bouquin (première édition en français) est disponible à Londres et dans la plupart des autres pays européens. On le trouve à New York (en version anglaise) et à Tokyo (en version japonaise), où il se vend apparemment très bien. Mais je vous rassure : si vous le cherchez en France, il est indisponible.
Soyons franc : j'en suis juste le nègre [=en jargon, celui qui tient la plume, pour un autre] (enfin, un nègre qui est remercié dans le coeur de l'ouvrage, est-ce encore un nègre ?). Encore une autre vie que j'ai effleurée,et que j'ai abandonnée sitôt qu'elle commençait à donner.

08/08/05 - 17:19

Le dernier service public

Je me demandais quel exemple je pourrais prendre pour expliquer aux étrangers la-conception-française-du-service-public mais je ne trouvais aucun exemple pur, non dégradé. Et puis, j'ai pensé à MacDo. Cherchez donc en France un autre endroit qui accueille tout le monde sans condition de revenu, de sexe, d'âge ou de couleur de peau ; qui fournit à chacun un repas chaud avec protéines pour moins de deux euros ; qui continue infailliblement à acheter ses matières premières à des agriculteurs franchouillards quand la grande distribution hésite ou tergiverse — et participe ainsi au maintien de nos territoires agricoles ; cherchez en France un autre ascenceur social qui marche, qui donne un emploi à ceux dont on jette habituellement le cv et ceux qui sortent de l'Ecole la plus chère du monde sans diplôme, et leur permet de devenir leur propre employeur parfois ; cherchez enfin le dernier lieu ouvert dans des quartiers où il n'y a plus de services publics autrement que dans des rondes d'automobiles ? vous n'en trouverez pas (je veux dire, en France, ailleurs, ce n'est pas un problème).

Je suppose qu'on va m'objecter qu'on y est mal payé au début et qu'on n'y respecterait pas le droit du travail : mais c'est exactement la même chose dans la fonction publique.

07/08/2005

07/08/05 - 23:01

Problème de physique amoureuse

Est-ce que ce qui n'existe plus a jamais existé ?

07/08/05 - 20:48

Analogie

Je suis exactement l'inverse d'une profiterole : glacé à l'extérieur, chaud et sucré à l'intérieur.

07/08/05 - 20:46

Nettoyage par le vide

Je viens de supprimer son nom dans mon répertoire ; j'ai effacé tous ses sms ; un petit coup de recherche sur mon ordinateur, et paf, tout ce qui le concerne est dans la corbeille, email inclus. Ah, j'allais oublier les photos : anéanties en trois clics. Je n'ai rien pu oublier : là aussi, le numérique simplifie tout. Maintenant, si j'en parle, je ne pourrai plus rien prouver, et on dira que je l'ai rêvé.

Ca a l'air simple, et pourtant je n'y étais jamais parvenu avant. Tourner les talons à celui qu'on disait chérir hier. Mettre à la poubelle de sa petite histoire celui qui l'enchantait la veille encore. Reprendre sa parole. Toutes ces choses horribles que l'on m'a faites et qui m'ont laissé interdit, quand j'ai enfin compris qu'elles étaient réelles. J'ai prétendu que dans un tel cas, c'est celui qui souffre qui est le plus heureux, car on ne souffre pas quand on n'a rien vécu. Aujourd'hui, je prétends qu'on s'en fout. Rien ne cicatrise jamais ? la belle affaire, tant que cela ne nous tue pas vraiment. Il y en aura des autres, il y en a déjà eu des autres, il y en a déjà un autre. Celui qui vous a laissé n'est plus rien pour vous, il vous a rendu votre serment, il vous a rendu la vie. Je vais être encore meilleur amant, maintenant.

07/08/05 - 19:30

Laurent (I)

Le problème des histoires d'amour qui commencent en août, c'est qu'il faut subir les vacances programmées de l'autre, et à peine amoureux, être déjà séparés.

01/08/2005

01/08/05 - 20:35

Medley (III)

Moi qui ai vécu sans scrupules
Je devrais mourir sans remords
J'ai fait mon plein de crépuscules
Je n'devrais pas crier "encore"
Moi le païen, le pauvre diable
Qui prenait Satan pour un Bleu
Je rends mon âme la tête basse
La mort me tire par les cheveux

Vivre, vivre
Même sans soleil, même sans été
Vivre, vivre
C'est ma dernière volonté

(...)

J'avais le blasphème facile
Et j'entends d'ici mes copains
Crier: "le traître, l'imbécile
Il meurt comme un vulgaire chrétien"
Qu'ils m'excusent si je suis lâche
Je veux bien rire autant qu'on veut
Mais quand on se trouve à ma place
On prend quand même un coup de vieux

Vivre, vivre
Même bancal, même à moitié
Vivre, vivre
C'est ma dernière volonté

Je vois de la lumière noire
C'est ce qu'a dit le père Hugo
Moi qui ne pense pas à l'histoire
Je manque d'esprit d'à-propos
Non, je n'ai vraiment plus la force
De faire un dernier jeu de mots
Je sors par la petite porte
J'ai le trouillomètre à zéro

01/08/05 - 19:34

Vu sur le net (III)

Moi : Et tu aimes quoi dans la vie ?
Lui : J'aime me faire entretenir.

01/08/05 - 09:54

Relecture (II)

"Il suit de là que nous nous attachons à nos semblables moins par le sentiment de leurs plaisirs que par celui de leur peines ; car nous y voyons bien mieux l'identité de notre nature et les garants de leur attachement pour nous. Si nos besoins communes nous unissent par intérêt, nos misères communes nous unissent par affection. L'aspect d'un homme heureux inspire aux autres moins d'amour que d'envie ; on l'accuserait volontiers d'usurper un droit qu'il n'a pas en se faisant un bonheur exclusif; et l'amour-propre souffre encore en nous faisant sentir que cet homme n'a nul besoin de nous. Mais qui est-ce qui ne plaint pas le malheureux qu'il voit souffrir ? Qui est-ce qui ne voudrait pas le délivrer de ses maux s'il n'en coûtait qu'un souhait pour cela ? L'imagination nous met à la place du misérable plutôt qu'à celle de l'homme heureux; on sent que l'un de ces états nous touche de plus près que l'autre. La pitié est douce, parce qu'en se mettant à la place de celui qui souffre, on sent pourtant le plaisir de ne pas souffrir comme lui. L'envie est amère, en ce que l'aspect d'un homme heureux, loin de mettre l'envieux à sa place, lui donne le regret de n'y pas être. Il semble que l'un nous exempte des maux qu'il souffre, et que l'autre nous ôte les biens dont il jouit."
Emile, livre IV, p. 287 dans l'édition GF-Flammarion

01/08/05 - 09:39

Relecture

Il y a quelques années, j'avais vu des merveilles dans Le Lys : je ne les retrouve pas aujourd'hui. Tout ce que j'ai souligné à l'époque me paraît sans saveur. La vieillesse est un naufrage.

01/08/05 - 09:31

Aware

Si je voulais passer sans aucuns frais pour un saint laïc, un coeur de gauche, un mec aware et vraiment trop engagé socialement, je vous ferai un petit éditorial comme on en lit des dizaines ce matin, stigmatisant l'avarice des pays riches, l'oubli scandaleux de l'Afrique, je comparerais le coût d'une ration alimentaire pour sauver un enfant du Niger avec l'argent que dépense une grosse passive occidentale en fond de teint, je proposerais une nouvelle taxe (par exemple, sur les éjaculations) pour financer une multiplication par dix, non, disons par cent mille de l'aide au développement afin de résorber enfin les inégalités issues de l'exploitation coloniale. Et pour vous convaincre, je vous prendrais par la peur en vous rappelant cette évidence que la pauvreté est le terreau du terrorisme.

Helas, j'ai des habitudes de rat de bibliothèque, et je n'ai pas pu m'empêcher de sombrer dans cet horrible vice de la lecture et de la documentation, avant de vous faire part de mon avis. Or, je constate que :

1-La famine, quand elle survient dans un pays africain, n'est plus jamais un problème météo, ou le résultat d'une cause externe, mais toujours et avant tout le résultat d'une décision politique (africaine) ou d'un conflit armé.

2- Une famine en Afrique n'est jamais subite, non prévisible, inévitable. S'il y a un scandale absolu, c'est précisément de ne pas agir contre les causes politiques de ces famines avant qu'elles ne prennent cette ampleur catastrophique qui fait en occident le fond de commerce d'hommes politiques et de chanteurs.

3-le développement d'un pays semble être inversement proportionnel à l'aide étrangère qu'il reçoit, ou la rente dont il profite. Dans un bon nombre de cas, les deux n'ont pas manqué à des pays d'Afrique, qui se sont cependant appauvris.

4- le terrorisme islamique est dirigé, armé soit par des occidentaux bien nourris, qui ont au mieux un vieil oncle dans un pays pas très riche, soit par des fils de familles opulentes de pays du moyen-orient.

De tout cela, que conclure ? qu'il est urgent de mettre au placard les vieilles solutions, plutôt que voir dans leur échec le signe qu'on n'a pas été assez loin dans leur application ; — qu'il faut en finir avec la politique de soutien aux régimes africains en place, au nom d'une géostratégie dépassée ; — que s'il doit y avoir ingérence, elle doit être ex ante,politique voire militaire (cf. Ethiopie ou Soudan) ; — qu'il y a toujours mieux à faire pour l'Afrique que d'aller voir un concert en plein air ou de payer une nouvelle taxe.

 

Résumé des épisodes précédents

...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008


J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau. Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007


Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006


Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre

11 février


Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues. 21 janvier 2006


Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006


La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes. 12 novembre 2005


des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre. 29 octobre 2005


Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance. 16 octobre 2005


Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005


…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005


Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort 21 avril


La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005


Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.
18 février 2005


Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération. 12 novembre 2004


Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004


Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004


Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004


Ils n'aiment pas

Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage Sorty

C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur
Elizabethtessier

Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk

Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie.
Ma Josiane d'amour

Ce qu'on peut lire comme conneries....
Ronans

Et vive les donneurs de leçon
Fantin