Arriva donc le dernier jour. La seule constante de l'univers c'est qu'à toute chose il y a un dernier jour. Vous le voulez comment, vous, votre dernier jour ? Nous, au moins, nous savions sa date depuis le début. Damien devait quitter Paris, la France, cet hémisphère et le rédacteur de ces lignes à la fin du mois d'août. Je l'avais serré un peu plus fort la dernière nuit, caressé un peu plus tristement le dernier matin, regardé un peu plus fixement lors de notre dernier déjeuner. Je savais que dans quelques heures, je serais comme ces personnages de Tolstoï, qui à vingt-cinq ans, après avoir vécu une aventure extraordinaire, se demandent comment ils vont pouvoir occuper le reste de leur interminable existence.
Vers la fin de l'après-midi, nous sommes sortis sous un orage effrayant chercher un distributeur pour qu'il puisse disposer d'un peu d'argent. Nous courions, je le laissai me distancer, je ne croyais plus pouvoir le tenir dans mes bras. Il était joyeux, il partait vivre ailleurs, il quittait l'atmosphère pesante de cette petite sous-prefecture du monde qu'est Paris. Je n'étais pas absolument triste; je savais ce qu'il y avait sous cette paire de jeans bleu nuit, sous ce mince t-shirt blanc. J'avais encore la consolation de la vanité — même dans la compétition pour les beaux gosses, j'avais eu le meilleur.
C'est au moment où je refermai la porte du taxi que son visage se troubla un tout petit peu, ce qui me fait penser que je pleurais vraiment. Les nuages se séparaient, le ciel redevint clair et une mercedes grise l'emmena à Orly. Je rentrai chez moi, marchant dos tourné aux Invalides, à l'Ecole militaire, à la Tour Eiffel, me demandant ce que j'allais faire de moi et de cette histoire. La réalité peut être plus puissante que nos rêves, que nos désirs, que nos racontars et que notre capacité d'en parler. Nous la dégradons un peu dans des contes et des romans, parce qu'on ne peut pas admettre que tout cela ait existé pour nous seulement; mais c'est bien sûr inutile. Le sort des monuments est que les chiens viennent pisser dessus, et qu'on finisse par les raser pour construire un supermarché ou un parking.
Et, quoi? On aime, on baise, on se quitte, la belle affaire, faut-il vraiment en faire état ? N'importe lequel de mes lecteurs, s'il y en a, ne peut-il en dire autant ? Est-ce Damien qui change tout ? Est-ce ce moment de Damien, ses dix-huit ans, son corps, son ambiguïté, ou bien est-ce l'histoire elle-même, parfaite, mi-sucrée mi-amère ? Je laisse ce problème aux autres. Le propre de ce genre d'histoire, c'est précisément qu'elle vous sépare des autres, qu'elle relègue toute l'humanité dans les autres. "moi, je suis seul, et eux, ils sont tous"
Etrange, Romain.
D'ordinaire il me semble capter à peu près bien ta pensée. Là, bien que ta conclusion laisse à penser que cet épisode n'est qu'un simple souvenir, j'ai l'impression d'y lire quelqu'amertume, en filigrane...
Quelle qu'en soit la véritable lecture, un joli texte en tout cas. Et cette volonté affichée de ne pas vivre séparé du monde et de ses occupants, cette idée me séduit.
Tout aussi d'accord sur la réserve qu'il est probablement utile d'adopter dans nos lignes ouvertes... Comme je l'écrivais pas plus tard que ce matin, pas étonnant peut-être que je n'emploie pas le terme de blog me concernant, mais de journal...
J'ai lu tes histoires. Tu as quitté Damien ??? Comment est-ce possible???
Tu es fou, va le rejoindre, bas-toi crève-en, mord la poussière, la terre entière pour retrouver celui pour lequel tu naquis!
Voilà, et moi, pauvre imbécile, j'ai demandé à celui que j'aimais tant, dont l'histoire que tu contes me boulverse tant, de me laisser. Je lui ai demandé adieu... Aujourd'hui, jamais plus je ne pourrai revivre ça, cette première fois, perdre la tête sans compter le temps qui s'arrête.
Je me sens déchiré. Oserai-je m'appliquer les conseils que je te prodigue?
vad (visiteur)
21/03/05 - 12:13
Ne prends pas trop mon msg au sérieux. Je lis ton blog depuis tout à l'heure, et je ne comprends pas bien ton histoire, ni celle de toi et damien, ni celle de toi et vincent.
Pour tout dire, il y a toujours des raisons. Toi et Damien, c'eut été récent, je t'aurai encouragé à te battre. A me battre. Mais si l'eau a coulé, c'est que tu as fais le bon choix, même s'il y a encore des regrets.
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour
17/03/05 - 08:32
Vous êtes-vous revus, depuis ce jour-là ?
jeuneparisien1978