L'avantage de l'homosexualité, c'est que nos relations nous consomment assez peu de ressources intellectuelles, particulièrement si nous les choisissons dans la capitale. On s'attend bien, lors d'une rencontre, à être subjugué, à être desséché, à être excité, mais on sait bien qu'il faudra en passer par des conversations sottes, sur des sujets indifférents, comme Sabrina, ma meilleure amie, elle est trop cool, ou bien J'adore le dernière Mylène, il est trop bien, ou bien encore Tu as vu le nouveau cuir Gucci, il est trop classe, et pour ceux qui ont fait l'institut d'études politiques, il fait peur Sarkozy, il est trop libéral. On a beau clamer qu'on ne désire que les mecs intelligents, on finit bien par croire intelligents les mecs qu'on désire, et en toute mauvaise foi on parle de sensibilité pour quelqu'un qui collectionne les remix de Mylène, de goût pour celui qui n'achète que chez Dior, de style pour celui qu'on peine à reconnaître dans le Marais, et de conscience sociale pour celui qui vous affirme que le gouvernement actuel n'en fait que pour les riches.
Songez alors à mon pessimisme quand il m'a dit qu'il écrivait. Je m'apprêtais à lui servir un de ces commentaires flagorneurs qu'on lit parfois sur GA, dès qu'un bloggeur a utilisé un mot de plus de quatre syllabes ou trois subordonnées dans sa phrase, quand j'ai commencé à le lire. Une minute après avoir fini ce premier texte, je n'arrivais toujours pas à lui répondre. Il avait fait une chose si incroyable, si parfaite, si puissante, avec très peu de mots, que d'un coup j'eus l'impression de ne jamais avoir su parler. Où était le truc, l'illusion, qui lui permettait avec des phrases apparemment anodines, de nous mettre un monde, un drame, un malheur dans le sang et dans la tête ? Si encore, il n'y avait eu qu'un seul texte comme cela, mais son site en comportait des dizaines ! Les poèmes seulement, car sa prose, plus faible, n'a pas ce pouvoir inquiétant.
J'ai dit à d'autres que l'admiration est le seul ciment durable d'un couple, car je ne vois pas d'autre raison de rester, quand la nature nous prépare des paires de fesses désirables et des peaux apaisantes par milliers chaque année — mais comment envisager quoi que ce soit avec quelqu'un qui vous laisse muet, stupide ? Oh, certes, on peut toujours se reposer sur d'autres qualités, qu'il n'a pas, sur des choses qu'on a accomplies, alors qu'il se cherche, mais enfin, cela n'est rien. Sans doute, il y a quelques années, quand on n'avait de l'homosexualité qu'une connaissance livresque, qu'un bizarre sentiment d'élection nous imposait à réussir des études difficiles, et qu'on croyait que seul le génie ou le talent nous excuseraient d'avoir envie de nous faire enculer, on aurait pu prétendre à soutenir la conversation avec ce jeune homme. Mais puisqu'on a pris l'habitude de se tapper des petites frappes ou de niquer des overkitsch boy, la perte de capital humain est peut-être définitive.
C'est sûr que les petites frappes, à terme sont moins dangereuses.
Le meilleur moyen de remettre en question ce fonctionnement serait peut-être de lui donner à lire ta confession.
RonanS (visiteur)
11/09/05 - 11:26
Tiens, Narcisse ?
Quel lot de clichés accumulés... Mais dans quel monde vis-tu ? Tu parais vivre tout autant au milieu des Gucci, Mylène, Dior... c'est idéal pour se lamenter... et pouvoir dire que toi, tu ES...
... Et finalement être incapable d'assumer devant celui qui aligne quelques phrases sensées.
Oui, l'admiration est le seul ciment durable d'un couple, mais ne faut-il pas être en règle avec soi-même avant de regarder son reflet dans les yeux de l'autre ?
Denys (visiteur)
18/09/05 - 03:04
Au risque d'exagérer, il me semble reconnaître bien les défauts que tu dénonces au premier paragraphe. L'admiration ne nécessite pas la soumission, n'appelle-t-elle pas, au contraire, la critique la plus incisive ? Pourquoi, dès lors, prétendre que l'amour est impossible ? Il naît avec le temps, sur des fondements bien incertains à partir desquels il établit un socle dur comme le roc. Prétends-tu ignorer cela ? Chaque chose en son temps.
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour
10/09/05 - 11:50
"l'admiration est le seul ciment durable d'un couple"
Je suis content de ne pas être le seul à le penser !
theopiscence