1. Ma paresse vous a évité une série de billets désespérés, et votre paresse a dû se satisfaire de n’avoir pas à les lire. J’aurais grand besoin, pourtant, de dire ce qui m’obsède en ce moment ; mais j’ai maintenant ici trop de lecteurs amis, et je dois plutôt déverser cela ailleurs. Mettons simplement que j’ai du mal à me faire à l’idée de ma fin. Le décès n’est qu’un mauvais moment à passer, diront les esprits forts, et je sais que vous en êtes tous : certes, mais il dure quand même l’éternité.
Pendant mes années de prépa, j’ai recensé les consolations de la mort les plus convaincantes, et j’ai dilapidé mes dernières vacances à lire les ouvrages qui les réfutent le mieux – en évitant toutefois cette littérature du désespoir qui n’est désespérante que comme littérature. Il n’empêche , je pense à mon tombeau, que rien ne pourra m’éviter, et j’imagine toutes sortes de stratégies pour durer un peu plus, ce qui est absurde : ce ne sera que pour pleurer plus de gens qui seront allés en terre avant moi.
2. . "Depuis que j'ai dix-sept ans, il n'y a que deux sujets qui m'importent : la mort, et les garçons" vous il n’y a qu’une façon valable d’attendre le néant, qui est de coucher avec l’absolu. Pardonnez-moi de me citer à nouveau : « En réalité, c'est facile d'apprendre à mourir : il suffit de trouver celui qui vous fermera les yeux quand ils seront devenus vitreux. Et dire que j'ai vécu cinq années et demi dans la tranquillité de l’avoir trouvé, et que j'aurai bientôt vécu la même durée sans personne dont j'aurai pu raisonnablement espérer cela. Et je pourrai faire autant de plans avec des jeunes garçons qu'il me reste de jours à vivre, j'aurai toujours ce poignard dans le ventre au moment de m'endormir dans mes draps souillés." (ici)
3. Ce n’est d’ailleurs pas que pour cela que j’ai revu, ces dernières semaines, tous mes ex encore parisiens. La dépression a le pouvoir infernal de vous faire oublier que vous avez eu un passé. Incapable de séduire, vous croyez n’avoir jamais séduit. Tenu à distance de ce que vous chérissez, vous croyez que vous n’avez jamais possédé. Je suis donc parti, comme un amnésique, sur les traces de mon ancienne vie, qui ne m’a pas déplu.
Tenez, j’avais écrit cela autrement : Trou noir de six mois. Depuis D., sûrement. Je soigne le dégoût de moi-même en convoquant mes amours passées. J’en suis arrivé à un point où je suis même stupéfait qu’il y ait eu des amours passées. Je me promène dans un cimetière, et je suis étonné par le nombre de tombes, par les jolis visages sur les pierres, par le souvenir que dans un temps révolu, chacun de ces noms était un corps qui partageait mon lit et me donnait du plaisir.
4. F. a la gentillesse de passer du temps avec moi, et de me couvrir de compliments. Nos retrouvailles ont été organisées par Vincent. Les deux m’attendaient place de l’Odéon, l’air rigolard : « On s’est rendus compte qu’on avait un point en communs, Vincent et moi » me dit F. « on est tous les deux sortis avec toi quand on avait seize ans. » Tellement pas Ordre juste.
5. Ils auraient pu inclure Olivier. Le hasard me l’a redonné un soir de chaleur. Si je savais écrire, je vous écrirais ce que cela m’a fait. Olivier, c’est 2002, la plus belle année de ma vie, de ma vie d’après Vincent, sans doute. Antoine qui danse sous ma douche, Nicolas qui me jouit sur la joue, Florent qui me ne libère pas la bouche de toute une soirée, et puis Olivier, qui me saute dessus, sur le champ de Mars, en me demandant si je ne suis pas trop déçu. Et bien, non, je n’ai pas été trop déçu. Pendant que la France se mobilisait, moi, j’étais sauvé par une bande de moins de vingt ans. Alors, quand j’ai revu Olivier, me surplombant sur une estrade, se penchant contre moi, je me suis senti collégienne, et j’aurais bien pleurniché dans ses bras, enfin protégé, s’il n’y avait pas eu Kylie Minogue à plus de 96 décibels, et quelques pédés en sueur agités à côté de moi.
Bloqué chez moi hier en fin de matinée, j'en ai profité pour regarder le débat Royal Bayrou, enfin, le terme "débat" n'étant pas le plus approprié. D'ailleurs, comment débattre avec Ségolène ? On sent, à l'écouter, qu'elle n'a jamais réfléchi à un problème, et qu'elle ne propose jamais une solution, mais toujours une discussion, un comité, une méthode pour la susciter ; elle se voit en gentille organisatrice d'une France Club méditerrannée, où le chômage sera réglé par un bon débat participatif entre vacanciers autour du café; où les partenaires sociaux se réuniront au spectacle d'après dîner pour mettre en scène une comédie de protection sociale pailletée et remixée, et où les repas seront servis par des emplois-jeunes peu coûteux. Face à elle, j'ai failli m'évanouir en entendant Bayrou, seul candidat français à la présidence de la République, oser réfuter en public le faux problème de la valeur de l'euro et le faux problème des délocalisations (j'ai peut-être manqué le moment où il aurait pu ruiner l'ânerie de la tva sociale), réfutations dont on doit reconnaître pourtant qu'elles exigent trois mois d'initiation à la macro-économie. J'ai cru rêver lorsqu'il a utilisé un peu d'arithmétique pour dauber le programme de Ségo, et qu'il s'est entendu répondre une objection qui garantit qu'elle ne comprend pas la notion de dette publique.
J'ai vu Florent le soir de l'annonce du Parti Démocrate. Florent, vingt ans, réfléchit à militer, comme sa mère, au Parti socialiste. Dans l'ascenceur, il se moque de moi : "Alors, Netromain, tu vas devenir PD?" Eh bien, sur le moment, non. Mais là, j'avoue que j'hésite.
La campagne du second tour va commencer, et, au moment où quelques personnes m'appellent pour me demander mon avis, je dois concéder qu'il est troublé. La partie sombre de mon être s'est réveillée en voyant Ségolène qualifiée (comme on dit aujourd'hui), et me torture en me disant : Voyons, Netromain, pourquoi ne souhaites-tu pas la victoire socialiste ? Ne vois-tu pas à quel point elle sert tes intérêts ? Depuis 1981, comme les français les plus favorisés, tu n'as eu qu'à te louer de la gauche, qui a sécurisé le modèle social français à ton profit. Comme enfant de classes supérieures, tu as bénéficié d'un enseignement supérieur de grande qualité, quasiment gratuit, épuré de tout élément de banlieue par la sectorisation, quand tes camarades de lycée issus de milieux défavorisés échouaient ou devaient bosser pour financer leurs études courtes, très coûteuses ; fonctionnaire précoce, tu as joui très vite d'une rémunération généreuse pour un travail très léger et tu peux désormais pantoufler dans le privé, avec un merveilleux filet de sécurité ; comme cadre supérieur, tu as béni les trente-cinq heures, qui n'ont rien ôté à ton pouvoir d'achat tout en augmentant considérablement la qualité de ta vie ; comme assuré social fortuné et disposant d'un bon carnet d'adresses, tu as pu, quand c'était nécessaire, te faire opérer par le meilleur spécialiste de ta pathologie, pour une facture nette de quarante-quatre euros, quand les pauvres doivent attendre quelques mois, risquent leur vie sur le billot et ont une espérance de vie très sensiblement plus faible que la tienne; et, habitant dans le quartier le plus socialiste de Paris, tu es assuré d'une protection vigilante des forces de l'ordre, et de la disposition immédiate de tous les services publics.
Mais je n'arrive pas à étouffer complètement une autre voix, qui pense aux autres plus qu'à elle-même, et qui me dit : Est-ce qu'enfin l'histoire nous comblera d'une nouvelle révolution française ? Trouvera-t-on un homme courageux, épris de justice sociale et soucieux des plus faibles, qui mènera le peuple à la prise de la rue de Solférino, où se concoctent depuis plus de vingt ans les politiques de domination des classes populaires et de protection d'une ploutocratie qui n'a jamais rien produit que des romans périssables et des monuments en forme de centres commerciaux ? A chaque fois qu'un socialiste a une idée, il s'agit toujours d'une nouvelle chaîne, d'un nouveau mur pour figer les pauvres parmi les pauvres, et laisser les riches parmi les riches. Puisqu'ils aiment que les smicards se contentent de perpétuer dans leur être, ils préconisent d'augmenter le smic. Puisqu'ils aiment que leurs enfants ne sachent jamais ce que c'est qu'une minorité visible, ils conservent la carte scolaire. Puisqu'ils ne veulent pas que n'importe qui puissent s'installer près d'eux, ils demandent toujours plus de logements sociaux (ceux du septième arrondissement leur étant réservés). Puisqu'ils haïssent la banlieue, ils proposent toujours plus d'ingénieuses trouvailles pour déséspérer ceux qui voudraient la quitter autrement qu'en se faisant tabasser dans les transports en commun. Puisqu'ils veulent la réussite professionnelle de leurs enfants, ils ont baissé le niveau du bac jusqu'à ce qu'aucun gosse de riche ne puisse plus le rater, quelle que soit sa bêtise, laissé l'Université gratuite et sans sélection pour que leur fiston le plus dégénéré puisse s'enorgueillir d'une licence au frais de la société, après quelques années d'agréable nonchalance. Puisqu'ils ont peur des jeunes non issus de la bourgeoisie, ils les avilissent dans le servage des emplois-jeunes et de leur futurs avatars; puisqu'ils ont horreur de la justice, ils n'ont pas un mot quand elle brise les plus pauvres, à Outreau, et ne sortent avec leur bandeau bleu blanc rouge que pour protéger un multi-assassin qui a, comme seule justification, d'écrire aussi mal que Christine Angot. Que le peuple, enfin debout contre ceux qui ne l'aiment que consolé par des pourboires sociaux, prononce enfin la dissolution du parti socialiste, et levant l'hypothèque réactionnaire des notables à la rose, promulgue aussitôt les vraies réformes de gauche, pas celles qui aident les pauvres, celles qui abolissent la pauvreté, comme disait Hugo.
J'écoute en même temps que j'écris ce billet la déclaration de Ségolène, et je ne peux que souscrire à tout ce qu'elle dit. Mais cela, avec qui le fera-t-elle ? Il faudrait qu'elle répudie son parti, son état-major, son mari, toute la notabilité suffisante du PS, pour fonder enfin la gauche. Et là, nous serions en effet surpris. Pour la première fois, nous aurions un homme à la tête de l'Etat.
Vendredi soir, c'était l'anniversaire de ***. Heureux de constater que mon déguisement de l'an passé est resté dans les mémoires (cf. un billet daté d'il y a un an). Une soixantaine de gens de vingt ans, dans un immense appartement parisien. A peine arrivé, je suis assailli par T* : "Tu me reconnais ? Je suis T*, je t'ai bloqué sur internet, c'est trop génial de te rencontrer en vrai, je ne te lâche plus maintenant. "
F* et moi retrouvons un autre T*, qui décidément fréquente les mêmes soirées que nous. Une jeune fille lui demande ce qu'il fait dans la vie : "j'écris des romans, à mi-temps" — F., toujours odieux, lui lance : "Des romans, tu parles, encore des biographies où les seuls temps utilisés sont le présent et le passé composé". T* est venu avec ***, un blond suave de sciences-po. P* est surexcitée : "vous ne trouvez pas que je ressemble à Madonna ?" Je lui réponds : oui, celle d'avant la couleur blonde et l'épilation de la chatte.Tout le monde se prétend normalien, il faut croire que c'est hype mais il n'y a que des gens de Cachan. P* me demande ce que je fais dans la vie. J'invente un de la finance.
— Ah ouais ? tu penses quoi du film Wall Street ?
— Les montants sont beaucoup trop faibles, ce n'est pas crédible.
J'invite T* à ma pendaison de crémaillère, il y fera une causerie sur le roman contemporain. J* et moi râlons de ce que F* nous tienne éloignés. Une brune vient nous chercher : il faut danser, maintenant, c'est Madonna. Les seuls temps utilisés dans ce billet sont le présent et le passé composé.
Peut-être qu’un jour, la vie politique française aura enfin une gauche, et on mesurera à quel point elle nous a manqué. En attendant, rigolons de la mauvaise soupe que l’on nous sert à la place, et moquons les imbéciles ou les fripons qui veulent vous la faire passer pour le nec plus ultra de l’espérance.
Donc notre Ségo est partie en visite dans un supermarché parisien, et une dépêche Reuters de 17 h 41 reprise intégralement dans le Monde nous en livre une hilarante relation (dans notre exception culturelle, une dépêche Reuters lue dans le Monde, cela vous coûte 1 euro 30 de plus que lue dans Metro). « Je suis surtout venu voir les caissières» déclare Ségo. Et pourquoi ? Pour déplorer qu’au XXIème siècle, en France, malgré la société de la connaissance et du progrès technique, il y ait encore des hommes et des femmes qui soient forcés d’exercer un métier pénible, répétitif, à la chaîne, et non pas comme un boulot d’été ou une étape professionnelle, mais en y étant coincé, toute sa vie durant ? Ah, non, mais pour dénoncer la « logique de répression» de la grande distribution qui «mécanise les postes de travail ». Arf, on se demande bien qui est « réprimé », ainsi, et on s'étonne que le retour à la manufacture du XXème siècle soit donc cet avenir qu’il faut désirer. Je serai la candidate du travail à la chaîne, pourrait-elle ainsi déclarer, celle qui ramènera tous les réprimés, forcés au travail intellectuel, enchaînés dans cette société de la connaissance, au paradis perdu des tâches mécaniques. Remarquez, intellectuellement, cela a du sens. Puisque le monde ne correspond plus à la vision socialiste, changeons le monde et abrogeons une cinquantaine d’années d’histoire.
Mais vous n’y êtes pas : si Ségo prône la défense de l’exploitation, un conservatisme de petit boutiquier, une ânerie réactionnaire, ce n'est pas uniquement par fond de commerce socialiste, c’est au nom de l’humanisme : [ Ségolène s’inquiète d’une société où] « on enlève de la présence humaine» . Elle veut «incarner» (forcément) une société de la présence humaine (sic et bis) et conclut par un émouvant « c’est un vrai choix de société qui est là». Alors fort bien, la messe est dite : ce n’est définitivement pas cette société d'humanisme de valets que je veux, et je ne voterai donc pas Marie-Antoinette.
Je tire d'un excellent papier de P.A. Taguieff, dans le Figaro Magazine de cette semaine (pardon pour cette référence), une mine de Ségonneries. Le 17 octobre 2006 : "Mon souhait, c'est d'incarner un désir d'avenir". Deux semaines plus tard : "Je crois que j'incarne le changement." Le 19 janvier 2007 : "Je serai la candidate des gens sans voix". Point commun de toutes ces phrases ? Elles ne veulent strictement rien dire. On s'excuserait de le rappeler, si on n'était en France. Mais enfin, incarner un désir d'avenir, uuuuuhuuuh et gniiiiiii ? Etre un homme politique, aujourd'hui, cela signifie être, et puis c'est tout. Ne leur demandez pas de faire, quelle horreur, ni même de penser — sans doute un travail pour un sous-secrétaire d'Etat. Nous sommes au temps de l'essentialisme, qui ne s'abîme pas dans d'inutiles épithètes, qui ne corrompt pas sa pureté dans de sacrilèges propositions subordonnées, dans de détestables détails. Ramassons tout dans un mot, annonçons que nous sommes cette substance impensable, cette chose en soi et pour soi, et prônons la généralisation de la majuscule, que ni l'occupation allemande ni Jack Lang n'avaient réussi à implanter dans notre pays. Bon, évidemment, la surenchère fait qu'après un seul substantif, j'incarne le changement il a fallu en créer deux pour se faire entendre, j'incarne le désir d'avenir; gageons qu'avant la fin de la semaine, nous aurons droit à un j'incarne le désir d'avenir du changement et que, la veille du premier tour, elle nous donnera du je serai la candidate de gauche du désir de gauche d'avenir de gauche du changement de gauche.
Oh oui, Ségo est la candidate de la modernité. Elle incarne le tchat gay, désir d'une foule trop parfumée et trop impuissante qui ne cherche, comme elle, que du dial, à condition qu'il soit vide, interchangeable, dénué de tout événement, et qui bloque la conversation dès qu'il s'agit d'envisager de passer à l'action.
Je voudrais tirer ici de l’oubli un fabuleux « appel des intellectuels en faveur de Ségolène Royal ». Non pas parce que son titre contient autant de contradictions que de substantifs, mais parce que sa lecture, rapide, a la vertu de nous dispenser de jamais lire une autre ligne de ses signataires. Du temps de gagné pour la bagatelle, qui fera l'objet d'un prochain billet.
Permettez que je saute pour l’instant les trois premiers paragraphes. A vrai dire, ils sont si accablants que vous risqueriez de ne pas même prendre la peine de lire la critique des suivants. Le développement est construit en deux temps I. Nicolas Sarkozy : Non et II. Ségolène Royal : Oui. On admire à quel point les intellectuels français se sont rapidement faits à l’abandon de la troisième partie dans les dissertations, et à la généralisation de la forme sermonnante dans les discours politiques. Commençons donc par le Diable. « Jamais candidat de droite n’aura symbolisé à ce point la régression sociale ». Sic et Ahem. Je m’étonne. Voilà donc tout ce qu’une grosse poignée d’intellectuels a réussi à produire contre Nicolas Sarkozy ? Car enfin, il n’est pas écrit : Le programme de Nicolas Sarkozy repose sur des mesures dont nous allons vous montrer qu’elles sont de nature à entraîner une régression sociale (j’admets, pour les besoins de la cause, que régression sociale soit une notion qui ait un sens). Ni même un raccourci de tribune : si vous votez Nicolas Sarkozy, vous allez subir une régression sociale. Non, il s’agit uniquement de symbole. Pourquoi des intellectuels français appellent à ne pas voter Nicolas Sarkozy ? Car il est un symbole. Maintenant, demandez vous pourquoi des intellectuels ne peuvent pas écrire une réfutation de programme, des considérations de fait et de droit de nature à justifier une appréciation aussi grandiloquente que «régression sociale», pourquoi ni Marlène Coullomb, universitaire, ni André Brugière, historien, ni Cynthia Fleury, philosophe, ne peuvent au moins proposer un avant-propos aux prolégomènes d’une préface à la réfutation des thèses de Nicolas Sarkozy ? Notez qu’il y a même un économiste, Thomas Piketty, dont le Tout-Paris disait déjà qu’il est une cocotte ombrageuse, mais qui pensait encore qu’il avait des idées.
Accordons le bénéfice du doute, supposons que le choix de Ségo contre Sarko n’est pas celui de la réfutation, mais celui de l’adhésion. Je poursuis donc la lecture : «Contre ce danger, Ségolène est la candidate de l’espérance ». Je réprime un fou rire, et je vous commente. Nos intellectuels ont la circonspection reposante de ne nous faire aucune promesse, ni aucune prévision : non Ségolène ne résoudra pas « le présidentialisme étouffant pour un parlementarisme vivant»(sic) ; Ségolène ne mettra pas fin «au pouvoir personnel, avec ses courtisaneries, ses impunités et ses privilèges» (re-sic), Ségolène ne réconciliera pas la France «avec son peuple, ses quartiers (lol), ses travailleurs et sa jeunesse» (re-re-sic) , mais Ségolène est la candidate de l’espérance de tout cela. On dirait un texte de publicitaire retoqué par le Bureau de vérification de la publicité. Mon dentifrice ne résoud pas le problème d’haleine dentaire, mais il est le dentifrice de l’espérance des gens qui puent de la gueule. Avant, on nourrissait les électeurs de promesses, mais ils avaient la grossièreté, non-intellectuelle, de vérifier leur exécution ; avec l’espérance, on n’est plus obligé à rien, il ne s’agit jamais de choisir un logo, pardon, un symbole.
Après cela, j’ai particulièrement savouré le « nous affirmons qu’il n’est de soutien entier que critique» dont on suppose que la critique sera fournie dans une quarantaine d’années, ce qui est le rythme habituel des penseurs français pour se désiller, et la défense de la «démocratie participative où les citoyens sont reconnus experts de leurs problèmes», très émouvante déclaration de suicide de nos intellectuels.
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour