Blog négatif (et révolu)

30/06/2007

30/06/07 - 16:50

Lectures bareback

Lire une page de Christophe Barbier, c'est comme baiser bareback; il faut un traitement d'urgence pour ne pas être définitivement contaminé. La posologie pour ne pas devenir au contact du Barbier aussi mauvais styliste est d'ailleurs lourde : au moins une dizaine de pages de Rousseau, une oraison de Bossuet, un recueil d'articles de Rochefort, à pratiquer immédiatement après la lecture de lignes du rédacteur en chef à l'écharpe rouge. Dans l'éditorial du numéro 2920 de l'Express, qu'il a intitulé : "Savoir, dire, taire", sans doute les trois choses qu'il n'a jamais réussies, il nous fait un de ces barbierismes™ dont il a le secret : "avant de publier une information, il la faut passer par cette trémie au grain serré, par l'intraitable alambic de la déontologie dont sortent l'élixir du scoop ou les vapeurs du silence". Le barbierisme consiste à choisir une image idiote et à la dilater de manière grotesque dans le plus grand nombre de lignes possibles. J'ai longtemps gardé dans mes toilettes un sien éditorial (j'ose sien éditorial, pour ne pas apparaître un peu faible après le remarquable il la faut passer), un sien éditorial, donc, où il filait ainsi une métaphore agricole (une de ses préférées) sur toute la page, ce qui engendrait des rapprochements encore plus cocasses que l'alambic de la déontologie.
Christine Angot et Bernard-Henri Lévy, les deux autres stylopositifs, ont eux disséminé des formes virales différentes : chez la grande Christine, cela consiste à recycler des conversations de salon de coiffure pour dame en les expurgeant des virgules, des temps autres que le présent, et des mots qui ne sont pas dans une méthode élémentaire d'apprentissage du français langue étrangère ; chez BHL, cela consiste à se limiter à quelques mots, d'abord ("François. Ségolène"), suivies de quelques phrases nominales ("La campagne présidentielle. Dure. Les débats. Animés") , pour culminer par une promesse qu'on ne tiendra pas ("Je sais ce que je pourrais en écrire" "Ce n'est pas ici le lieu d'en dire davantage").

24/06/2007

24/06/07 - 13:18

Où il s'agit de ne plus aller au Luxembourg

Il y a des quartiers de Paris où rien ne nous appelle, il y a des quartiers de Paris qui sont trop loin de nous, dans tous les sens de cette expression ; et il y a un quartier de Paris que j'évite par angoisse métaphysique. La Place du Panthéon, le jardin du Luxembourg, la rue Mouffetard, vous voyez ? Par pitié, ne m'y faites pas revenir. J'y ai étudié, en prépa, les deux années où je me suis construit ; j'y ai vécu, étudiant, ensuite, cherchant toutes les bonnes raisons d'aller voir ailleurs.

L'Ecole n'est bonne que lorsqu'on la désire et que l'on travaille pour y entrer. A l'intérieur, je n'ai trouvé que des doctrinaires malhabiles, des amoureux malhabiles, des amants malhabiles, des hommes malhabiles, en somme; de l'ennui et des mots. Nous traînions dans le cinquième arrondissement, le haut de la montagne Sainte-Geneviève est un désert froid et venteux ; nous étions de gauche car il fallait que le monde ait besoin de nous ; nous voyions des films que nous avons oubliés, nous dansions dans des soirées que nous avons oubliées, nous tenions des conversations très oubliables ; rien de tout cela ne me soutenait.

Après avoir, en prépa, lu tant de merveilles, avoir senti tant de beautés (je parle de ceux qui lisaient les oeuvres, et non les critiques), il fallait les vivre, et non plus les gloser dans d'interminables commentaires. Et la vie, en tout cas, l'espoir de cette vie, était de l'autre côté de la Seine, dans la lumière intermittente de sous-sols bondés, dans la pénombre d'appartements sans parents, sous des porches inquiets, dans des bars pas très nets. Il y a bien eu Vincent, à cette époque, à qui je dois d'avoir commencé à exister ; mais nous ne sortions pas dans le cinquième, où nous risquions d'être démasqués ; nous nous cachions chez moi, ou nous sortions ailleurs. Aussi, quand je reviens au Panthéon, au Luxembourg, et jusqu'à l'Odéon, je suis toujours écrasé par une anti-nostalgie, qui s'effraie du retour possible du vide et me fait sentir à quel point nous sommes peu vivants.

(PS : ce soir, ironie-du-sort, je retrouve Y. à la sortie du métro Odéon. Nous dînons dans une crêperie par laquelle tous les étudiants parisiens ont dû passer, un soir ou un autre. Au retour, nous marchons dans une nuit enfin tiède. Il me prend dans ses bras, et je ne dis rien.)

23/06/2007

23/06/07 - 01:18

1. Encore une journée où elle n'est pas. Encore une journée où je lui ai survécu pour rien.

2. Il a joui sur son t-shirt, "le seul de propre qui [lui] restait."

3. Je suis seule ce soir, avec mes rêves. Je suis seule ce soir, sans ton amour. Le jour tombe, ma joie s'achève, tout se brise dans mon coeur lourd. Je suis seule ce soir, avec ma peine. J'ai perdu l'espoir de ton retour. Et pourtant, je t'aime encore et pour toujours, ne me laisse pas seule sans ton amour.

23/06/07 - 00:08

Où l'on commence par les moeurs grecques et l'on finit Royalement.

Un auteur grec raconte qu'à la fin du siège de Troie, assez long comme on sait, "les assaillants avaient le cul ouvert comme les portes de la ville"; à présent, on peut reconnaître les militants socialistes à la taille de leur bouche, car il faut une sacrée envergure buccale pour avoir avaler les couleuvres démesurées que leur sert le Parti en général et la Royale en particulier. Ainsi donc, après avoir accusé tous les autres sauf elle, de sa défaite, ce qui, dans un pays où subsisterait, même très atténué, un certain sens de l'honneur, aurait dû suffire à la supprimer du champ politique, voilà que dans une confondante naïveté (pense-t-elle qu'il n'y a que des thomas hollande parmi ses électeurs ?), Madame Je-ne-m'énerve-pas-je-ne-m'enerve-jamais-j'ai-beaucoup-de-sang-froid-et-il-y-a-des-colères-saines,-Monsieur-Sarkozy, annonce qu'elle ne croyait pas à deux mesures phares de son programme. Ai-je vraiment besoin d'insister sur ce que cela signifie ? J'admets que son ex, dans ce qui n'est, hélas, pas son ultime bêtise, avait verrouillé le programme avant le choix du candidat, disant assez que le parti dont il assume le secrétariat général n'envisageait pas autre chose, comme président, qu'un homme sandwich ou jean piat. Mais enfin, Segochou, comment veux-tu avoir d'autres suffrages que ceux des grosses passives qui ont choisi leur camp pour qu'il ne jure pas avec leur t-shirt, comment veux-tu que cette "chose qui s'est levée" ne se rabougrisse pas demain si tu répands dans les médias le message qu'il ne faut pas t'écouter, car tu ne penses pas ce que tu dis ? A moins que tu nous donnes un code, qui nous permettra de savoir que cela (un clignement de l'oeil gauche) tu y crois, et que cela (un clignement de l'oeil droit) tu n'y crois pas et que tu le reprends juste pour ne pas désespérer Solferino.
Du reste, je t'accorde, ma Ségichonne, que la question du Smic à 1500 euros brut est le type même de la réforme sur laquelle il n'y a pas grand chose à penser. Les coups de pouce au Smic ont beaucoup moins d'effet favorable sur le pouvoir d'achat que les délocalisations, et il serait quand même plus simple de détaxer les importations des pays à bas coût de main d'oeuvre pour améliorer encore le niveau de vie des smicards. Probablement, une suppression des entraves à la concurrence dans la distribution serait également plus utile qu'une augmentation nominale du Smic. Si quelqu'un avait eu le cran d'imposer au PS de supprimer tous les mots d'ordres incompatibles avec le niveau attendu d'un bachelier en sciences économiques, tu n'aurais pas eu à te parjurer ainsi, et je n'aurais pas à te demander, si le bon ordre, pardon, l'ordre juste pour donner son avis, ce n'est pas de le donner avant l'élection à laquelle on se présente.

18/06/2007

18/06/07 - 23:24

Où ce blogue essaye de retrouver des couleurs

Bande bleue sur fond blanc, Netromain (2007 déjà)


Au milieu du malheur, ne me reste-t-il que lui ? (et Donna Summer, bien sûr).

18/06/07 - 22:39

Pédéblogosphère

Un des signes irréfragables qu'on est devenu un vieux pédé est la lecture de blogues de jeunes pédés. Rien de moins intéressant, en soi, que la vie d'un tendron parisien du début du vingt-et-unième siècle, et pour peu que le tendron en question ait fréquenté les établissements de l'Education nationale, on ne pourra pas même faire croire qu'on le lit pour le style : nous autres, les vieux, nous n'aimons dans ces blogues pleins de boutons et de photos que la jeunesse qu'on a perdue, ou la jeunesse que l'on convoite. Tout cela pour vous dire que j'ai le mien, de blogue juvénile, et je m'en inflige la lecture tous les jours, ou presque ; je me console en me disant que j'ai sans doute moins que l'âge moyen de ses lecteurs, à en juger par ses commentateurs. Ce blogue a pour lui d'avoir des photos, ce qui est un plus dans cette catégorie ; et contre lui que son auteur n'est pas très beau, ce qui lui vaut des lecteurs moins exigeants, ou plus âgés — On aime dans ces blogues pleins de boutons et de photos que la jeunesse qu'on a perdue, ou la jeunesse que l'on convoite disais-je, ce journal appartient donc à la première catégorie.

C'est ce que j'ai prisé, au début, il y a quelques années déjà : comme tous les provinciaux montés à Paris, *** s'émerveille de tout, et consomme sans se poser de question toutes les animations parisiennes qui divertissent ses habitants depuis qu'on n'y crée plus et qu'on y enseigne à peine. Je le suis donc à l'expo truc, au concert en plein air machin, à l'opération chose, aux journées bidules ou aux nuits tartempion ; il écrit ce qu'il faut en dire, cela me sert à ne pas rester muet quand il faut à mon tour en dire quelque chose (c'est fou à quel point les parisiens peuvent vous ennuyer jusqu'à ce que vous leur ayiez enfin dit exactement ce qu'ils pensent pour l'avoir eux-mêmes exactement lu ainsi).

Finalement, ce n'est donc pas cela que j'ai prisé, au début, il y a quelques années déjà. Je crois plutôt que c'est de revivre, dans le récit de l'emménagement avec son copain, mon propre emménagement avec Vincent, et cette douceur de vivre quand on s'installe pour la première fois chez soi, et que ce chez soi est avec quelqu'un. Jusqu'au premier arbre de Noël, le premier qui n'est pas celui de ses parents, mais celui de son couple, de son foyer, enfin. Celui qui n'a pas connu le 1, rue de ***, au tournant du millénaire, ne peut pas savoir ce que c'est que la douceur de vivre ; et je connais de simples connaissances, qui pour y être venu trois ou quatre fois, en ont retiré des tremblements à chaque fois qu'ils passent devant l'immeuble.

Aujourd'hui, c'est différent : *** n'a plus vingt ans, il a vingt-quatre ans ; il vit en célibataire dans son appartement; et j'observe avec un sourire glacé ce qu'il ne voit pas dans ce qu'il écrit : qu'il est en train de passer ; que la jeunesse est ailleurs, désormais, et qu'elle ne masque plus son visage qui porte yeux de taille différente et pas très bien alignés, très Kociusko-Morizet; qu'on commence à l'avoir trop vu, dans le milieu, et qu'on ne s'excite plus que pour les petits nouveaux de dix-huit ans, que la nature si prodigue nous renouvelle chaque saison. Et, comme pour nous autres avant lui, c'est la même stratégie pour se cacher la réalité : se moquer des vieux qui viennent vous draguer, sans dire qu'il n'y a guère plus qu'eux pour venir vous draguer ; remplacer la cohorte de beaux soupirants, qui n'existe plus, par une cohorte d'amis laids, qui occupent et contrastent heureusement ; chercher la popularité dans le milieu, devenir une icone, pour qu'on vous saute non parce que vous êtes désirable, mais pour pouvoir en parler.

10/06/2007

10/06/07 - 12:34

Trop rare lecteur, quitte ce billet sans délai : il n'y a rien de bon pour toi, ici. On y parle de la mort, et depuis quatre-vingt milliards d'êtres qui ont été portés en terre, ou brûlés, l'espèce humaine a sans doute assez répété le peu qu'il y a à dire sur la mort.

Elle avait dit : je ne veux pas aller dan le trou, mais aucun de nous n'a réussi à l'exaucer. Nous nous sommes retrouvés pour l'y conduire, et y jeter quelques fleurs. La chambre funéraire se tient dans un petit bâtiment récent, réservé à cet usage. Le vestibule mène à trois chambres; nous y croisons d'autres endeuillés, mais curieusement leur peine nous est plus éloignée que si nous ne pleurions personne. La chambre est réfrigérée pour conserver la dépouille (qu'une impropriété qualifie de mortelle, car précisément, mortelle, elle ne l'est plus) ; la pièce n'a pas de fenêtre : pourquoi ne pas laisser entrer le jour, avant de fermer le cercueil ? Que sa peau, avant de tomber en poussière, prenne encore un peu le soleil. J'avoue une faiblesse, à ce moment là. Je m'assois sans savoir comment je pourrai me relever, et puis je me redresse, et j'enlève le drap de son visage (...) J'aurais aimé t'exaucer, tu sais.

Nous savons ce que c'est, qu'une cérémonie d'enterrement : un sermon vide et pompeux comme des posts de Sixte, de la musique de niveau comédie musicale française, et autour de nous, des êtres transparents comme des bluecosmics. Quelle surprise alors d'entendre des mots justes et profonds et, ahem, pardonnons la musique. *** lit un texte doux, joyeux et majestueux de Saint Augustin (je ne comprends pas pourquoi tous les extraits de Saint Augustin qu'on porte à ma connaissance sont magnifiques, et que je n'ai jamais pu ni les retrouver ni dépasser la dizaine de pages dans ses volumes). J'observe mes parents, dont je suis sans nul doute le fils : gauche comme ce n'est pas possible, à la façon de mon père ; obsédé par la mort et la nostalgie, et incapable de m'imaginer survivre à ma maman, comme ma mère. Il y a beaucoup de monde à l'église, et du monde manifestement très malheureux, comme pour l'enterrement de mon grand-père. Il fallait qu'elle soit aimée ! (...) Heureusement qu'elle ne savait pas que je ne le suis pas.

Mon cousin se tient à ma droite. C'est le plus bel être que la terre a portée, et, pas très loin, un italien insurpassable, de vingt ans lui aussi, le caresse de ses yeux fiers et humides. Ma cousine joue un morceau triste, à côté du cadavre. (...) Le prêtre nous invite à demander pardon, et à pardonner : je me dis qu'il est juste que je paye pour toutes les négligences que m'aura fait commettre la passion des garçons.

Nous sortons de l'Eglise, il reste à l'emmurer dans le cimetière pour qu'elle se décompose en paix. Comme pour un mariage, tout le monde se demande : qui sera le prochain ?

04/06/2007

04/06/07 - 23:07

Où netromain est aussi prolixe que ses commentateurs

1. Je lui ai dit : Surtout, embrasse-la de notre part sans savoir si la désigne encore quelqu'un.

2. On lit que la beauté est une promesse de bonheur, et on trouve que c'est une jolie phrase. Et un jour, on couche avec la beauté. On est ébloui, forcément. Et on couche une seconde fois avec la beauté, pour se persuader que c'est bien vrai. Est-on heureux ? Non, car non seulement on toujours aussi faim de ce beau corps, mais qu'on a désormais faim de toute les autres beautés. Et j'ai pu constater, ce soir, sur cette terrasse parisienne, qu'il y a vraiment beaucoup de beauté dans l'univers.

3. Mon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait ? Non : Mon Dieu, qu'est-ce que je n'ai pas fait ?

4. Rendre l'âme. Périr. Décéder. Disparaître. S'éteindre. Succomber. Trépasser. Expirer. N'être plus.

5. Il passe à la maison prendre un verre. Il porte un t-shirt rutilant et un nouveau boxer dont il craint qu'il ne fasse trop salope. Nous parlons de tout et de rien, ce qui est à deux lettres et deux majuscules près ce que fait Heidegger dans son oeuvre, mais Heidegger ne portait pas de boxer salope. L'heure tourne, j'aurais eu envie de baiser tout de suite, mais ma mère m'a appris à me tenir, et il doit maintenant partir. Je lui exprime mes pulsions. Ca m'embête, il va falloir que je me recoiffe, ou alors on fait un truc sans enlever mon t-shirt. Je fais la moue, il m'embrasse. Il part pour une soirée où il sucera un inconnu dans les toilettes. Je ne suis pas jaloux : je l'aime parce qu'il n'est pas à moi.

6. Ceux dont la vie est un roman ne peuvent raconter leur vie que dans des romans : sur un blogue, on les moquerait ou on les traînerait devant les tribunaux.

03/06/2007

03/06/07 - 18:41

Instantanés

1. J'ai su qu'il commençait à jouir par cette sensation de salé, subite dans ma bouche.

Je l'ai installé correctement dans mon lit, pour qu'il se repose. Il m'a dit : Ne le prends pas pour toi, mais je ne suis pas du tout tendre après. Je lui ai demandé si je pouvais prendre quelques photos de lui, il a fermé les paupières comme s'il acceptait le caprice d'un enfant. Tu vois, tu n'avais pas besoin de stresser me sourit-il en ramassant son calvin klein blanc et bleu.

2. Résumons-nous. En janvier, je vivais de nouveau chez mes parents, après avoir passé une seule nuit dans l'appartement que je venais d'acheter ; j'étais criblé de dettes par cette folie, les sommes que je remboursais chaque mois excédaient largement mes revenus, alors que je ne vis pas de peu ; je devais subir une chirurgie anodine, mais qui peut dire qu'une chirurgie est jamais anodine ? J'avais épuisé mon énergie dans mon travail, éprouvant chaque jour que la solitude du chef n'est pas une formule aussi vide que la refondation du parti socialiste : donnez-moi un collaborateur qui sache écrire, par pitié. Ma vie sentimentalo-sensuelle se ressentait de mon salariat et de mes déjeûners ; le tout ne me rendait pas malheureux, mais presque éteint, comme si je n'étais plus là; et seuls les signes de mon passé arrivaient encore à m'animer.

L'opération s'est bien déroulée, même si elle m'a laissé un goût de mort dans la bouche. La revente rapide de cet appartement mal aimé m'a permis d'effacer mes dettes et de disposer d'une trésorie rassurante, que n'a pas suffit à syphonner un train de vie Royal (autrement dit "qui n'exclut rien et ne s'interdit rien"). Je suis relogé dans un endroit qui vous plairait et je n'ai à maudire mes voisins que quelques heures par semaine, ce qui est raisonnable. Depuis que je n'avance plus masqué sur internet, mon lit refuse du monde — il faut croire que les beaux garçons ne cherchent pas forcément un beau garçon, si on a d'autres talents. J'ai ainsi un voisin, étudiant, qui est de loin le plus beau garçon que j'ai tenu dans mes bras. Il suffit que je le touche pour qu'il bande, et chaque fois que j'arrive chez lui, je dois me pincer pour arriver à croire que c'est bien moi qui le déshabille. Sur ce, il y a Nicolas, dont je ne saurai jamais le temps qui lui reste avant d'avoir vingt ans, qui vient avec sa tignasse brune épaisse, ses jeans très bas, et, reconnaissons-le, quelques boutons, pour me faire l'amour sur de la musique de jeunes. Je n'ai même pas le temps de rappeler Vincent (un autre Vincent) qui m'assure être le meilleur suceur de Paris, et voudrait tant passer après ses séances de piscine. J'écris cela, tout cela est la vérité, tout cela me semble magnifique écrit, et pourant, personne ne me voit soulagé, heureux, ou même simplement revenu. Je crois que j'en vois bien la raison.

3. Parmi les rares choses qui m'atteignent encore, et curieusement, plus que les livres, il y a certaines formes d'art contemporain. Je trouve des artistes de mon âge qui font échapper, enfin, l'art à cette fermeture stérile et purement décorative des derniers avatars de l'art abstrait, conceptuel ou je ne sais quoi, qui n'a existé dans l'histoire que pour donner l'occasion de cocktails. Du coup, je cours les galeries, soupire devant les prix, cherche des billets pour aller voir telle pièce qui m'étonne et me séduit (l'amateur d'art parisien doit aimer voyager, s'il a besoin d'autre chose que des catalogues ou des étudiants en médiation culturelle). A l'occasion, je mettrais ici quelques découvertes.

4. Je suis peut-être arrivé au bout des choses racontables (par écrit). Chaque jour qui passe, la part de ce que nous pouvons raconter de nos vies se réduit, la proportion des conversations que nous pouvons relater décline, le nombre des pensées que nous pouvons communiquer s'amenuise. Nous les gardons pour le jour où nous aurons un pied dans le tombeau, mais nous savons bien qu'on nous enterrera avec. Dans la France de l'avenir, la vraie vie sera orale, et l'on n'écrira plus que des chèques et des programmes politiques.

 

Résumé des épisodes précédents

...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008


J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau. Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007


Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006


Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre

11 février


Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues. 21 janvier 2006


Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006


La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes. 12 novembre 2005


des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre. 29 octobre 2005


Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance. 16 octobre 2005


Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005


…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005


Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort 21 avril


La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005


Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.
18 février 2005


Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération. 12 novembre 2004


Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004


Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004


Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004


Ils n'aiment pas

Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage Sorty

C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur
Elizabethtessier

Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk

Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie.
Ma Josiane d'amour

Ce qu'on peut lire comme conneries....
Ronans

Et vive les donneurs de leçon
Fantin