Au sujet de la mort de Pavarotti, et de l'offre de souscription d'un coffret hommage en CD proposée par l'Express la semaine dernière, le médiateur du journal revient dans sa chronique sur une malencontrueuse coquille : "nous devons déplorer une erreur de frappe dans cette page de promotion ("certaines croix valent plus encore" au lieu de "certaines voix valent plus encore") (p.34 du N° 2934)
La force de l’habitude et la paresse de notre esprit sont si puissants qu’on finirait par se convaincre, après n’avoir couché qu’avec des garçons ou presque, qu’on est homosexuel. Réveillons-nous donc de ce long sommeil dogmatique, et examinons maintenant s’il n’est pas temps de passer à autre chose.
L’intérêt de l’homosexualité peut résider : a) dans un objet d’affection supérieur aux autres b) dans une relation en soi plus élevée ou c) dans des effets sur soi plus désirables. Or, sur ces trois points, reconnaissons que l’homosexualité nous conduit à une vie inférieure, et peut-être même à pas de vie du tout. Passons rapidement sur le b) : la vie gay consiste à partager son temps entre la recherche d’un partenaire et la consommation du partenaire, éventuellement sous un fond musical et le plus souvent dans des endroits qui sentent la sueur, la différence entre deux pédés consistant, d'une part, dans la proportion de ces deux activités dans leur temps libre, et, d'autre part, dans les modalités d’exercice de ces deux activités (ainsi, les historiens relèvent que la pissotière, qui était au début du XXème le lieu des deux activités, ne sert plus guère, au début du XXIème, qu'à la seconde). Il n'arrive qu'exceptionnellement, au bout d’un tel passage à la limite qu’on se demande s’il est possible ou tenable, que le pédé accède à ce qui est fourni en standard dans les relations hétérosexuelles : la tendresse, le foyer, la passion, etc. Heurk, ai-je écrit : la tendresse, et le foyer ? Il me faudrait des pages pour préciser ce que j’entends par là, mais bon, la vision que vous en avez en donne déjà une bonne approximation.
Du reste, si vous m’accordez que le b) est faux, vous devez en déduire que le c) ne peut être défendu. C’est donc sur le a) que je veux prendre mon temps. Nous autres, littéraires, nous avons appris à aimer les garçons dans les romans et carnets d’écrivains de la première moitié du XXème siècle, et ces garçons morts que d’autres garçons morts ont désiré avant notre naissance étaient ou bien sensibles et intelligents, ou bien beaux et canailles. Aujourd’hui, ils sont fringués mode, ils sont coiffés mode, ils sont caleçonnés mode, ils portent des sacs à main Vuitton dès la puberté et on des pantalons serrés. Je croyais que j’étais frustré d’être éconduit ; je me rends compte que je suis frustré parce que ce que je désire n’existe plus. Attablés au Carré, avec le Sammmy, nous observions une grappe de jolis jeunes gens qui n’ont pas l’âge de voter n’importe comment : tout contre nous, ils vivent depuis leur première éjaculation dans la satisfaction d'être un trou pour d'autres, ce qui a malheureusement fait le vide en eux —et moi, j'étais écrasé par l'idée que ces garçons-là, qui sont notre soif, ne pourront jamais l’apaiser. “tout ce qui est atteint est détruit” écrivait un auteur qui vous a sans doute échappé ; je crains que tout soit aujourd’hui détruit avant que d’être atteint.
Mais je me trompe : s’il en était absolument ainsi, nous ne serions pas aussi tristes. Notre malheur serait plus simple, plus supportable, si le monde était désormais vide de garçons-dieux. Non, il y en a encore, mais plus aucun n’est pédé. L’autre soir, au dîner de ****, il y avait Julien, la vingtaine bien passée, des yeux de gamin, un corps de tendron et la voix grave. L’esprit vif, la répartie brillante ; un autre Pierre, un autre Edouard, un autre sur la longue liste de ces garçons hétérosexuels ou bisexuels, qu’une minute de conversation n’épuise pas, qu’une heure de contemplation n’épuise pas, qu’une sodomie n’épuise pas.
***, un des pédés les plus influents du gay Paris, les plus riches aussi, m’avait un jour confié qu’il n’avait jamais couché avec un garçon homosexuel; la question ne se posait pas jusqu’à la fin des années soixante-dix, avant le début de l’apartheid sexuel et de la communauté obligatoire ; quand elle s’est posée, son choix a été évident. Alors, pourquoi cette mauvaise qualité, ou plutôt, cette absence de qualité des pédés ? Au fond, la prédiction ancienne d’une vieille folle, depuis entrée à l’Académie française, est sans doute la plus convaincante : l’homosexualité ne vaut que dans les barrières qu’on lui met, les interdictions qu’on lui oppose, la réprobation qu’on lui attache. Sans cela, les fiottes sont comme ces rats de laboratoire, à qui on donne un bouton qui déclenche l’orgasme : ils meurent en quelques heures de faim, de soif, après des milliers de coïts artificiels.
Dimanche, dernière de l’Elixir d’Amour, à l’Opera Bastille, à l’invitation du même jeune homme que pour Madame Butterfly. Ceux qui me lisaient à l’époque se souviennent de mon avertissement, toujours valable : je ne connais rien à l’Opéra, et vous ne lirez ici rien de ces commentaires techniques et définitifs que les amateurs apprécient. De fait, regarder un opéra, quand on y connaît rien, c’est comme regarder un porno quand on n’est pas excité : les personnages sont superficiels, l’intrigue idiote, les dialogues pauvres, le maquillage outrancier, les postures grotesques et le son (et les cris) un peu trop forts. Du reste, la plupart de nos voisins de balcon avaient l’air d’être de grands consommateurs de porno, et n’étaient pas moins fardés que ceux qui chantaient sur scène. Qu’allons-nous goûter, alors, nous qui n’avons reçu comme éducation à l’opéra que les cours de collège et de lycée, c’est-à-dire : rien ? Le bonheur de la musique, de quelques situations, et parfois de la concordance miraculeuse entre la musique et les situations, qui nous arrache des larmes et nous prouve qu’il nous reste un peu de cœur. Je ne peux que comparer mes impressions avec celles produites par Madame Butterfly ; certes, l’Elixir est une farce, mais si Madame Butterfly n’en est pas une, malgré…ahem…l’ouverture, et la trame, c’est qu’on n’y rit guère ; la musique de l’Elixir, pleine de facilités selon mon généreux compagnon, évite les cruelles déceptions de certains morceaux de l’autre opéra, qui vous gâchent des larmes naissantes par quelques mesures finales ratées. Bref, L’Elixir est un flirt d’été, quand Madame Butterfly est une rupture en hiver. Mais surtout, l’heureuse surprise de l’Elixir, c’est sa mise en scène ; enfin, je veux dire, c’est qu’il y ait une mise en scène — de même qu'on est toujours épaté, lorsqu'on lit un roman français contemporain, quand il y a un autre temps que le présent et un thème qui n'est pas la vie de l'auteur.
Je croise Lulu dans le grand escalier ; je ne suis pas sûr que c’est lui. Je le laisse venir : il ne vient pas.
La force de l’habitude et la paresse de notre esprit sont si puissants qu’on finirait par se convaincre, après n’avoir couché qu’avec des garçons ou presque, qu’on est homosexuel. Réveillons-nous donc de ce long sommeil dogmatique, et examinons maintenant s’il n’est pas nécessaire de passer enfin à autre chose...
Souffrez que je vous raconte un peu ma vie, et que je le fasse sans talent : après tout, nous sommes sur un blog. Ce soir, c'était ma fête d'anniversaire (modérée, il est trois heures, tout le monde est reparti). Données sociales : 40% d'ex, 20 % de femmes, 80% de pédés. J'avais fixé comme dress code Roselyne Bachelot : ceux qui avaient relevé le défi sont tous venus en rose, pourquoi Roseline devrait être en rose ? L'anis, le violet ou l'indigo lui conviennent tout autant. J'étais parti pour célébrer la fin de ma jeunesse, et me voilà peut-être libéré de la faim de la jeunesse : J'ai connu V. quand il avait quinze ans, F. quinze ans et demi, E. peut-être dix-huit ; tous sont bien plus désirables, bien plus intéressants aujourd'hui. Pauvre lecteur, fuis l'adolescent ; le meilleur est après (juste après). Tenez, E., très en retard, superbement moulé dans un haut étroit et rose que lui a préparé sa maman, elle aussi convaincue que Roselyne = rose — E. donc, j'échangerais bien mes débuts avec lui contre son maintenant avec un autre. Et pourquoi n'ai-je donc pris aucune photo de ce moment de lui? A. me câline, et quand nous bandons, me dit : je pense aux raisons pour lesquelles nous ne sommes plus ensemble. *** et *** s'embrassent dans l'entrée : cela doit faire six ans qu'ils s'embrassent dès qu'ils se voient. Un soir, ils s'étaient embrassés dans mon lit, et nous avions fini par jouir tous les trois. Diana Ross, Donna Summer et Isabelle Adjani nous enchantent. Ah oui, j'oubliais : 40% de ruptures récentes.
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour