I. Remue-ménage inédit dans l’appartement d’à côté. Le palier est encombré de meubles hors d’âge, sales, de lampes poussiéreuses, d'articles de décoration, qui finissent engloutis dans le minuscule ascenseur. Par la porte, entr’ouverte, on peut apercevoir des murs nus, dont certaines zones, plus claires, indiquent où figuraient hier encore des tentures verdâtres. Des femmes élégantes se donnent des consignes avec une voix forte. Je m’enquiers auprès d’un cinquantenaire ému de ce qui se passe : "Nous déménageons l’appartement, me confie-t-il, sans doute connaissiez-vous votre voisine, notre mère. Elle a dépassé les quatre-vingt dix-huit ans, nous avons été obligés de l’installer dans une maison de retraite. C’est très émouvant, de tout enlever : elle vivait ici depuis quarante ans, au moins.". Sous la lumière drue d'une lampe dont on vient de retirer l'abat-jour, ses yeux paraissent humides.
Un peu plus tard, la dame en question viendra voir l’avancement du déménagement. Sa voix ne transmet aucune émotion. Elle finira avec d'autres vieux, dans un endroit où l'on ne fait que finir.
II. Jeudi soir, concert de ***. Malgré le froid, malgré la nuit, mal gré, j’y vais, dans la curieuse ambiance des jours de grève. Je n’avais jamais mis les pieds dans l’église de ***. Après celles de Rome, la semaine dernière, on suffoque sous cette absence de sublime, absence monumentale il est vrai. La puissance invitante est l'un des choristes, le plus dissipé sans doute. A côté de lui, un jeune homme aux cheveux longs chante comme s'il passait une épreuve du baccalauréat. J'essaye de ne plus regarder les chanteurs pour les entendre : mes yeux, dans la pénombre, croisent un voisin aux yeux immenses, qui dénote par son adolescence. La bouche ouverte, tous les deux, nous écoutons les chants d'une foi morte comme notre enfance, entouré de symboles que nous ne savons plus lire ; lui a sans doute l'avantage d'une culture musicale, qui lui permet de goûter un plaisir formel, refusé à nous qui n'avons fréquenté que le collège et le lycée publics.
Les autres choristes, installés sur les côtés de l’église, plongés dans une semi-pénombre, se mettent soudain à joindre leurs voix au chant, qui devient presque solide; ma voisine, sous le coup de la même émotion que moi, se met à tapoter le barreau qui relie les deux jambes de ma chaise, puis donne un grand coup de pied qui fait vibrer mes vertèbres. Le jeune homme a toujours ses yeux immensément ouverts, mais sur un monde où je ne suis pas.
La seconde partie est un requiem, dont il est convenu de dire qu'il est doux comme une berçeuse. Je me range à cette formule, et j'ai donc pleuré sur une douce berçeuse, une berçeuse de la mort quand même (NDLR), entre deux coups de pied de la jeune femme de derrière. Devant moi, à quelques rangs à peine, un violoncelliste au regard dur et au visage doux (comme la mort ?) joue comme s'il baisait son instrument, privé de béquille pour des raisons de conformité à l'oeuvre originale. Je crois qu'il ne sait pas sourire (le violoncelliste, je ne suis pas compétent pour me prononcer sur l'instrument), mais ne sommes-nous pas saturés de sourires ?
La fin est glaciale, car on a grand ouvert les portes de l'église ; les feux des voitures forment des cierges post-modernes dans une nuit sans étoile; sans doute, ceux qui rentrent chez eux pourraient demander, avec nos jeunes chanteurs, Libera me, Domine, de morte aeterna; ma voisine, elle, demande à son voisin ce qu'ils vont dîner ensuite.
Dîner d'affaires à Hong Kong. Je pense à ses fesses, dénudées dans la pénombre de notre chambre d'hôtel, à Budapest, il y a trois jours. Ma tête est encombrée de son prénom. Mon estomac est encombré de la soupe de porc et des méduses du déjeuner.13 mars 2009
Et me voilà tout seul dans un décor de partouze, ce qui est le plus juste résumé de mes dernières années d'existence"15 août d'une année bien révolue
...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008
J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau.
Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007
Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006
Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre 11 février
Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues.21 janvier 2006
Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir
leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006
La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes.12 novembre 2005
des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre.29 octobre 2005
Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance.16 octobre 2005
Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005
…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005
Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort21 avril
La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005
Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.18 février 2005
Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération.12 novembre 2004
Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004
Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004
Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage
Sorty
C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur Elizabethtessier
Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk
Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie. Ma Josiane d'amour
19/11/07 - 01:33
Dénote ou détonne ?
amarcord